PREMIER
Les trois morceaux qui terminent ce Recueil, dont ils forment la seconde partie, n'ajoutent rien au corps de FouTrage qui se trouve complet dans la première. Mais ils peuvent contribuer beaucoup à débrouiller le chaos des opinions vulgaires, et à exercer l'esprit de ceux qui, n'ayant pas étudié à fond toutes les parties de la science économique, en conçoivent néanmoins Timportance, et veulent y consacrer leurs travaux.
Plus on approfondit cette étude immense qui embrasse tout ce qui peut multiplier ou détruire les richesses, étendre ou diminuer le bonheur du genre humain, et plus on y rencood'e de cas problématiques à résoudre par le calcul. Il ne suffit pas alors de savoir calculer en général et de posséder même la formule du Tableau économique ; il faut encore être fort attentif à la manière de poser son problème et d'en rassembler les dominées. Car sans l'attention la plus scrupuleuse aux données qu'on adopte, et sans la recherche sévère de toutes les autres données qui sont ou peuvent être mséparablement liées aux premières, on ne parviendra jamais, avec tous les calculs possibles, qu'à de faux résultats qui pourraient être des guides très dangereux dans la pratique. Cela vient de ce que les formules arithmétiques ne sont que des moyens de soulager l'esprit en enregistrant à mesure une série de conséquences trop multipliées, pour que la seule réflexion puisse en suivre la marche jusqu'à la dernière, sans le secours de l'enregistrement. Ces formules sont d'excellents instruments pour déduire avec exactitude et facilité les résultats de conditions données ; mais, semblables à l'alambic, elles ne rendent rien qu'en raison de ce qu'on leur confie ; et c'est l'art de découvrir les données, d'en saisir les rapports, de les rassembler dans l'ordre régulier que nous indique la nature, qui constituera toujours la véritable science de l'arithmétique politique, science sublime dont les principes ne dépendent que de leur propre évidence, qui assure celle de leurs conséquences j)ar la fidélité de la déduction.
Afin d'offrir un exemple de la marche qu'on doit suivre dans la solution de questions économiques d'autant plus embarrassantes qu'elles sont entrelacées, si l'on
• Cet avis est de Dupont de Nemours. — Voyez celui qui précède cette nouvelle rditioii.
|)eul ainsi dire , les unes dans les autres, mais qui n'en sont que plus ira|)ortantes à examiner et à développer pour qui veut connaître avec évidence les vérités immuables de Tordre physique le plus avantageux aux hommes réunis en société, Tauteur du Tableau économique a choisi pour objet le prix des producdons , parce que c'est autant par le prix des productions que par leur quantité, qu'on peut juger de la masse des richesses amiuelles que fait naître l'agriculture ; car l'abondance des productions ne suffit pas pour constituer la prospérité des nations ^ ; et de là vient le proverbe : le prix fait tout. L'examen des effets de l'augmentation du prix des productions présente une question déjà très compliquée par elle-même, et il semble que l'auteur a cherché à la compliquer encore davantage par le concours des circonstances dans lesquelles il l'a supposée, afin de rendre l'exemple d'une utilité plus étendue. Peut-être encore, après avoir détalDé dans l'analyse du Tableau économique l'hypothèse d'un royaume dans l'état de prospérité, l'auteur aura-t-il cru qu'il n'était pas inutile de peindre dans son problème le même royaume dans un état plus approchant de la réalité actuelle, et tel que sont aujourd'hui plusieurs empires de l'Europe.
Les deux dialogues suivants ont un autre but, c'est celui de réfuter une multitude d'objections que des préjugés, enracinés depuis trop longtemps, opposent encore aux principes mêmes du Tableau économique. Nous nous réservons à entrer dans de plus grands détails au sujet de ces préjugés qui ont engagé l'auteur à les résumer et à les discuter en forme d'entretiens, lorsque nous en serons à cette partie de notre Recueil.
' Voyez la maxime rN'Ill , page 98.