‹ PhysiocratesChapitre 67 sur 157 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

Cette question peut se rapporter a plusieurs cas différents et difficiles à démêler. La diversité des données y doit produire la différence des résultats; il faut donc commencer par établir ces données et par fixer un cas.

Nous en allons prendre un très compliqué qui pourra rendre plus sensible l'application du calcul et des règles du Tableau économique, et jeter du jour sur plusieurs questions relatives à la question proposée.

Exemple.

Si 1950 millions d'avances annuelles, de la classe productive d'une nation, ne rapportaient que 400 millions de revenu, parce qu'il y aurait des charges indirectes qui retomberaient pour 450 millions sur la classe pro- 'Inctive, et parce que l'agriculture serait fort dégradée faute d'avances primitives suffisantes pour l'exploitation d'une bonne culture; la reproduction totale annuelle considérée dans son état actuel, sans égard aux progrès successifs du dépérissement, ne serait alors que de 5 milliards 100 millions.

\jes 450 millions de charges indirectes seraient une imposition sur la dépense annuelle du travail de la culture, qui ferait monter cette dépense à 1950 millions. Ainsi, pour savoir au vrai quelle serait réellement la dépense annuelle du travail de la culture, il faudrait soustraire de la somme de 1950 millions celle de 450 millions de charges indirectes. Alors les 1950 millions se trouveraient réduits a 1500, qui seraient le fonds réel des avances annuelles de la classe productive.

Los intérêts des avances primitives et annuelles de cette classe, étant

égaux à la moilic des avances annuelles, seraienl de 750 millions \ S'il arrivait alors que, par une pleine liberté et immunité de commerce extérieur admises dans la vente des productions du territoire, le prix de ces productions augmentassent d'un sixième en sus, quel serait Teffet de cette augmentation de prix?

Opération.

Il y a, pour évaluer cet effet, beaucoup de choses k considérer.

Premier objet à conùdérer.

Le renchérissement, dont on parle, ne produirait son effet que sur les productions qui entrent dans le commerce : il faut donc soustraire, du calcul de l'augmentation des prix, la partie de la reproduction totale qui n'entre pas dans le commerce* Telle est en effet une partie des avances annuelles de la culture.

Des 1500 millions à quoi se réduisent dans l'hypothèse donnée les avances annuelles de la classe productive, abstraction faite des 450 millions de charges indirectes qu'elles ont a supporter, il y en a environ la moitié, ou 750 millions^ qui se consomme immédiatement et en nature chez les cultivateurs. On ne peut donc imputer à celte moitié, qui n'est pas commerçable, ni l'augmentation des prix, ni l'augmentation des dépenses causée par le renchérissement. Ainsi elle ne doit pas entrer dans le calcul du changement de prix dont il s'agit ici, puisqu'elle n'entre pas dans le commerce, et que la consommation qui en est faite constamment chez les cultivateurs n'augmente ni ne diminue, dans les changements du prix, les frais d'exploitation de la culture.

* les avances annuelles augmentent au préjudice du produit, à proportion que les avances primitives diminuent, parce qu'on y supplée autant qu*on le peut par des travaux fort dispendieux aux dépens de la reproduction annuelle, qui en fait les frais faute d'avances primitives suffisantes, par lesquelles on peut exécuter annuellement avec le moins de frais possible la culture la plus fructueuse. Les intérêts de ces avances primitives diminuent à proportion que ces avances elles-mêmes dépérissent. Ordinairement même ce dépérissement arrive, parce que les fermiers n'en retirent pas les intérêts nécessaires pour les entretenir. Ainsi, en pareil cas, on ne devrait pas faire entrer complètement les intérêts en compte dans le calcul de la reproduction totale annuelle. On ne s'est point arrêté à cette observation, parce que cela n'a pas paru nécessaire à la solution du problème qui revient toujours à l'état de la base d'une reproduction quelconque ; et parce que cela aurait augmenté la complication du calcul, et varié beaucoup Tordre du Tableau qui n'est pas encore connu assez familièrement pour que l'esprit des lecteurs puisse se prêter avec connaissance aux grandes variations qu'il présenterait. Mais on a dû au moins avertir de se tenir en garde sur la totalilc réelle de la reproduction, qui n'a pas été discutée relativement à l'observation dont il s'agit dans celte note.

PROBLÈME ÉCONOMIQUE. 10<j

Il faut donc diminuer, sur la reproduction totale de 5 milliards 100 mUlionSy les 750 millions formant la valeur des consommations directes de la classe productive. Il restera 2 milliards 530 millions pour la valeur des productions qui entrent dans le commerce, et dont le prix sera, par rhypothëse, accru d'un sixième en sus, ou de 470 millions. La reproduction totale , qui ne valait auparavant que 5 milliards \ 00 millions , vaudra donc 3 milliards 570 millions par le premier effet du renchérissement.

Pour connaître quelle est, dans cette augmentation de valeur de la reproduction totale, celle du revenu à partager entre le souverain, les propriétaires des terres et les décimateurs, il faut soustraire de la reproduction totale les reprises des cultivateurs.

Comme nous Tavons remarqué plus haut, il y a une partie de ces reprises qui participe au renchérissement des prix et des dépenses, et l'autre qui n'y participe pas.

La portion de ces reprises qui participe au renchérissement contient, l"" la moitié des avances annuelles de la classe productive ; les fermiers étant obligés de vendre les productions qui forment cette moitié de leurs avances pour fournir au payement des salaires qu'ils donnent à leurs domestiques et aux autres ouvriers de la culture; 2° les intérêts des avances de leur établissement que les entrepreneurs de culture dépensent annuellement, comme on l'a vu dans l'analyse du Tableau économique.

La portion des reprises, à laquelle le renchérissement n'apporte aucun changement, renferme l"" la moitié des avances annuelles de la classe productive, qui est consommée immédiatement et en nature par les cultivateurs, comme nous l'avons remarqué; 2° les charges indirectes montant à 450 mt//ton5, qui restent pareillement in statu j^uo, parce qu'elles ne consistent pas en productions, et qu'il s'agit d'une augmentation du prix des productions procurée par le rétablissement de la liberté du commerce.

Les reprises des cultivateurs seront donc composées :

lo De leurs avances annuelles.

/ Une moitié consommée en nature, et qui n'a pas renchéri, \

SavoiRv * ■ '.*.' * '. • ux • j» >1650 miWoni.

J l ne moitié qui se commerce, et qui a renchén dun(

'sixième en sus, ce qui la porte à 900/

30 De leurs intérêts qui participent au renchérissement pour un sixième en sus de ce qu'ils étaient, ce qui les fait monter à 900

30 Des 430 millions de charges indirectes qui ne participent point à l'augmentation des prix, comme les productions commerçabtes, et qui restent par conséquent dans le compte des reprises du cultivateur, pour 450

Total général des reprises des ciiltivateui-s 3 miliiardi.

Ces reprises, ôtées de la reproduction totale de 5 milliards 570 mi/lions^ il reste 570 millions pour le revenu à partager entre les propriétaires des terres, le souverain et les décimateurs, qui n'avaient, avant le renchérissement, qu'un revenu de 400 millions.

L'accroissement de leur revenu est donc déjà, et à ne considérer que cet objet, de 170 millions.

Second objet à considérer.

Il est prouvé que la liberté du commerce extérieur, en même temps qu'elle renchérit les productions du pays, leur assure un prix beaucoup moins variable qu'il ne serait sans cette liberté de commerce.

On a calculé que l'établissement de cette plus grande égalité entre le prix de la vente de la première main, et celui du dernier achat, c'est-àdire de l'achat fait par le consommateur, cause aux vendeurs de la première main un profit de plus d'un dixième sans porter aucun préjudice à l'acheteur-consommateur ^

Ce dixième d'accroissement de profil pour les vendeurs de la première main, ne portera, par les raisons que nous avons alléguées ci-dessus, que sur les productions qui entrent dans le commerce et dont la valeur vénale se montait, avant le renchérissement, à 2 milliards 550 millions; mais le dixième en sus de ces 2 milliards 550 millions forme à la vento de la première main un accroissement de 255 milliom^ qui, joint à celui de 170 millions, produit, comme on l'a vu ci-devant, par un sixième d'augmentation du prix des 2 milliards 550 millions de productions commerçables, forment ensemble un accroissement total de 405 millions en addition des revenus ; car on a défalqué ci-devant tout l'accroissement qui doit entrer eu compte dans les reprises des cultivateurs.

Celte addition de revenu, ajoutée aux 400 millions de revenu qu'il y avait avant Taugmenlation des prix procurée par le rétablissement de la liberté et de l'immunité du commerce; cette addition, dis-je, ferait monter le revenu de 400 à 805 millions.

DISTRIBLTION DE l'aCCROISSE:jENT DU REVENL'.

On va représenter dans un lal)leau Tonire de la dislribulion entre la classe productive et la classe stérile, et les résultats de celle distribution. On négligera 5 millions de revenu dans ce tableau, tant pour ne pas cm-

* Voyez V Encyclopédie au mot Grain*; le Traité de V amélioration lU s t€Trcs^\iM' M. Patullo ; celui de l'exportation et de l'importation des (jrninf, par M. Dupont ; (*r les Èphémérides du citoyen, année 17B0, tome VI, page* 55 el siiiv.

barrasser le lecteur par des fractions, que pour rester plutôt au-dessous qu'au-dessus de la vérité.

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