SCIENCE NOUVELLE
Croire toat découvert est une wrmiT profonde • C'est prcodre l'horizon pour Iri bornes du mondt. 1 1 MiKBRr.
Si, d'une extrémité du inonde à Tautre, on promène un œil philosophique sur rhistoire des sciences les plus sublimes; si Ton considère comment elles se sont formées, étendues et perfectionnées, on remorquera avec surprise que c'est au milieu des obstacles les plus grands, des
' Voici lès deux raisons de la prerérence que nous avons donnée à cet ouvrage, sur toutes les autres productions de Dupont de Nemours, pour Tinsérer dans ce volume :
La première , c'est que , parmi tous ses écrits économiques, il n'en est pas qui embrasse mieux le système de Qucsnay dans son ensemble. Nous aurons justifié cette assertion , sans doute, en rappelant que les autres portent exclusivement sur des questions spéciales, telles que la liberté du commerce des grains, la corvée, I& privilège de la compagnie des Indes,|etc.*. On comprendra de Ruitc, et par là même, que Fauteur, malgré toute la complaisance qu'il mettait à vulgariser les principes de la Science Nouvelle^ n'a cependant pu, en traitant de telles questions, y trouver, aussi facilement que dans un cadre ad hoc^ le moyen d'une exposition théorique complète, et ex professa. Or, ce cadre se rencontre précisément dans l'écrit, bref et clair, sur lequel notre choix s'est arrêté.
La seconde, c'est que l'œuvre de Dupont, complétée par nos Observations m nos Noies sur Mercier de la Rivière , suppléera très suffisamment , dans l'édition des Physiocrales^ qui ne contient que la parité économique de l'Ordre naturel et essentiel des sociétés de ce dernier écrivain, toute la partie politique du même ouvrage, dont l'insertion textuelle aurait grossi notre volume fort inutilement. Ce fait s'explique, comme on le verra, par la circonstance que l'écrit sur VOrigine et les progrès d'une Science Nouvelle fut provoqué par Tappariliou du livre de Mercier de la Rivière, et eut pour objet d'en donner au public une analyse très exacte. (E. D.)
V . U Xù,e mbUogruj}hique qui termim' la Solive sur Dupont de Nemotirk.
336 DUPOI^T DE xNEMOURS.
préventions les plus décidées, des contradictions les plus amères^ des op positions les plus redoutables. On verra Confucius poursuivi et menacé de la mort à la Chine, Pythagore obligé de couvrir sa doctrine d'un voile mystérieux, et de cacher la vérité aux peuples pour conserver la liberté de la développer à quelques adeptes, Démocrite cru fou et traité comme tel par les Abdéritains, Socrate buvant la cigué, Galilée dans les fers àt rinquisition, Descartes contraint de chercher une retraite dans le Nord, Wolff banni et sacriGé pendant dix-huit ans aux intrigues des Lange et des Strahler, etc.
Tout est dit.,, tout est connu... prétendrons-nous être plus habiles que nos pères?... phrases triviales que la paresse, Tignorance, la vanité de tous les siècles et de tous les pays ont opposées par acclamation à qui*conque a eu Taudaee, le génie, le talent, le bonheur de chercher, de dé* couvrir et de manifester des vérités utiles.
On a beaucoup répété que fhon^me est un animal crédule. On s*est trompé : il fallait dire que l'enfant est crédule, et que Chomme est opi^ niàtre. Vous ne trouverez aucun homme qui croie légèrement ^ et sans raisons suffisantes, autre chose que ce qu'on lui apprit dans sa tendre enfance. Alors, comme je le dis, ce n'est pas crédulité, c'est routine et opiniâtreté. Examinez Thomme fait, vous ne pourrez vous empêcher de voir que, loin d'être crédule Jl tomberait plutôt dans l'extrémité opposée. Son âme est fermée aux idées nouvelles. Il est porté à nier tout ce qu'il ignore. Erreur, vérité, il combat également tout ce dont il n'a jamais entendu parler. Il y a quelques exceptions a faire en faveur des hommes très supérieurs; mais la nature même de ces exceptions indique combien elles sont rares.
il ne faut donc pas être surpris, il faut encore moins se f&cher quand on rencontre des personnes, je dis même des personnes illustres et studieuses, qui, entraînées par l'évidence de ce qu'elles savent, et ne se formant que des idées confuses de ce qu'elles ne savent point, cfoycnt toocher au terme des connaissances possibles à l'espèce humaine, et ne cod^ <;oivent pas qu'il puisse exister une science nouvelle en Europe.
Si quelqu'un de ces habiles gens vous disait : < Que nous manque-t-il? « qu'ignorons-nous? Nous mesurons les cieux et la terre; nous obser- (( vons leurs révolutions; nous calculons leurs mouvements; nous prc- « disons les éclipses; nous pesons l'atmosphère; nous connaissons, nous d évaluons, nous employons la force des vents et des eaux; nous avons « découvert le fluide actif qui, diversement logé dans l'intérieur de c tous les corps, tend sans cesse et avec une force prodigieuse à en dis- « perser toutes les parties, mais qui, environnant aussi tous les corps, * «omprime ces m^mos parties et les retient par son effort immense à
ORIGINE KT PROGRÈS IVUISE SCIENCE NOUVELLE. .^ft^-
tf la place que leur marque la nature; nous savons dans plus d'un ras < diriger à notre gré Faction puissante de ce premier mobile universel, € imiter les feux et les coups du tonnerre ; toutes les propriétés des cHros € semblent des instruments préparés pour notre intelligence ; nous ap- € pliquons à notre usage la pesanteur, le mouvement, la manière dont « l'un naît de l'autre; les fardeaux les plus énormes s'élèvent dans les 4 airs par nos mains faibles et débiles; un minéral communique au fer « une tendance naturelle vers un certain point du globe, et cela snflii a pour nous tracer une route sur la vaste plaine des mers, p il faudrait a|)plaudir à de si grandes lumières. Et, si vous demandiez a ce même homme comment il faut s'y prendre pourqu'une société politique soit Horissante, riche, puissante; pour que les familles, pour que les individus dont elle est composée soient le plus heureux qu'il est possible, et qu'il vous répondît « que ce n'est pas là l'objet d'une science exacte, et que c cela dépend d'une infmité de circonstances variables, diOiciles à dé- € mêler et à évaluer, » il ne faudrait pas trouver cette réponse ridicule, car elle paraît naturelle et raisonnable à ceux qui la font de bonne foi; et c'est à vous, quand vous proposez des questions avec lesquelles on n'est pasfamiliarisé, de juger d'avance combien doit être petit le nombre des hommes auxquels il appartient de savoir ce qui ne leur fut pas enseigné par leurs maîtres. Songez que Montesquieu lui-même, si digne à tous égards d'instruire solidement le genre humain, nous a dit, comme un autre, que les principes du gouvernement doivent changer selon la forme de sa constitution , et que, sans nous apprendre quelle est la base primitive, quel est l'objet commun de toute constitution du gouvernement, vous avez vu cet homme sublime employer presque uniquement la finesse extrême, la sagacité supérieure de son esprit, pour chercher, pour inventer des raisons particulières à des cas donnés.
Les hommes, cependant, ne se sont pas réunis par hasard en sociétés civiles. Ce n'est passans raison qu'ils ont étendu la chaîne naturelle des devoirs réciproques, qu'ils se sont soumis a une autorité souveraine. Ils avaient, ils ont un hui essentiellement marqué par leur nature, pour se conduireainsi. Or, leur constitution physique, celle des autres êtres dont ils . sont environnés, ne permettent pas que les moyens pour parvenir h ce but soient arbitraires; car il ne peut rien y avoir d'arbitraire dans des actes physiques tendant k une tin déterminée. On ne peut arriver h aucun point que par la route qui y conduit.
Il y a donc une route nécessaire pour approcher le plus qui! est possible de l'objet de l'association entre les honlmes, et de la formation des corps politiques. Il y a donc un ordre naturel , essentiel et général, qui renferme les lois constitalives et fondamentales de toutes les sociétés:
un ordre duquel les sociétés oe peuvent s'écarter sans être moins faciëiés^ sans que Tétat politique ait moins de consistance , sans que ses membres se trouvent plus ou moins désunis et dans une situation violente; un ordre qu'on ne pourrait abandonner entièrement sans opérer la dissolution de la société et bientôt la destruction absolue de l'espèce humaine.
Voilà ce que ne savait pas Montesquieu; ce que les petits auteurs soi* disant politiques qui ont cru marcher sur les traces de ce grand génie, étaient encore bien plus loin d'entrevoir que lui; ce qu'ignore tr^ profondément une multitude d'hommes de mérite fort instruits, d'ailleurs, dans toutes les connaissances dont nous venons de faire l'énumératioo au commencement de cet écrit.
L'ignorance, comme toutes les choses de ce monde, tend à se perpétuer d'elle-même. La nôtre, sur ces vérités les plus importantes de toutes pour les hommes réunis en société, était entretenue et nourrie par on grand nombre de causes extérieures inutiles à développer ici. Nous ne savons pas combien elle aurait duré, mais on peut juger par la résistance qu'elle oppose aujourd'hui k la lumière naissante, que son tempérament était robuste. Il y a environ treize ans qu'un homme du génie le plus vigoureux (Quesnay), exercé aux méditations profondes, déjà connu par d'excellents ouvrages et par ses succès dans un art où la grande habileté consiste à observer et à respecter la nature, devina qu'elle ne borne pas ses lois physiques à celles qu'on a jusques à présent étudiées dans nos collèges et dans nos académies; et que, lorsqu'elle donne aux fourmis, aux abeilles, aux castors la faculté de se soumettre, d'un commun accord et par leur propre intérêt, à un gouvernement bon, stable et uniforme, elle ne refuse pas à l'homme le pouvoir de s'élever h la jouissance dn même avantage. Animé par l'importance de cette vue et par l'aspect des grandes conséquences qu'on en pouvait tirer, il appliqua toute la pénétration de son esprit à la recherche des lois physiques relatives à la société, et parvint enfin à s'assurer de la base inébranlable de ces lois, !i en saisir l'ensemble , à en développer l'enchaînement , à en extraire et à en démontrer les résultats. Le tout formait une doctrine très nouvelle, très éloignée des préjugés adoptés par l'ignorance générale, et fort au-dessus de la portée des hommes vulgaires, chez lesquels l'habitude contractée dans leur enfance d'occuper uniquement leur mémoire, étouffe le pouvoir de faire usage de leur jugement.
Le moment n'était cependant pas absolument défavorable pour publier cette doctrine. L'illustre M. de Gournay, intendant du commerce, guidé comme Quesnay, par la seule justesse de son génie, arrivait en même temps par une route différente à une grande partie des mêmes résultats
ORIGINE ET PROGRÈS D'UNE SCIENCK NOUVKLLi:. .Vl)
pratiques. Il commençait à les présenter aux yeux des suprêmes administrateurs, et à former, par ses conversations et par ses conseils, de jeunes et dignes magistrats qui sont aujourd'hui Phonneur et Pespoir de la nalion; tandis que le docteur Quesnay donnait h V Encyclopédie les mois Fermiers elGraiws,qui senties premiers ouvrages publics dans lesquels il ait commencé l'exposition de la science qu'il devait a ses découvertes. Bientôt après, celui-ci inventa le Tableau économique, celle formule étonnante qui peint la naissance, la distribution et la reproduction des richesses, et qui sert à calculer, avec tant de sûreté, de promptitude et de précision, l'effet de toutes les opérations relatives aux richesses. Cette formule, son explication, et les Maximes générales du gouvernement économique que l'auteur y joignit, furent imprimées avec des notes savantes, au château de Versailles, en 17o8*.
Trois hommes également dignes d'être les amis de rinventeiir de la science et du Tableau économique^ M. de (iournay, M. le marquis do Mirabeau et M. Mercier dé la Rivière, se lièrent alors intimement av(»r lui. Il y avait tout à espérer, pour la rapidité des progrès de la nouvelle science, du concours de trois hommes de ce génie avec son premier instituteur. Mais une mort prématurée ravit M. de Gournay aux vœux et au bonheur de son pays (1759). M. de la Rivière fut nommé Intendant delà Martinique^ et son zèle, son activité pour servir sa patrie par des opérations utiles, perpétuellement dirigées d'après les principes lumineux dont il était pénétré, ne lui permirent pas, dans tout le cours de son administration, de s'occuper du soin de développer aux autres l'évidence de ces principes qui guidaient son travail immense et journalier. Le vertueux Ami des Hommes resta seul à seconder l'esprit créateur de la science la plus utile au genre humain, et commença cette nouvelle carrière par la rétractation publique des erreurs qui lui étaient échappées dans son Traité de la population "", Acte généreux, qui suffit pour
* Voyex la Notice sur Quesnay, p. 12 et 15 de ce volume.
* Le marquis de Mirabeau, père du grand orateur de PAssemblée constituante, dot le nom &Ami des hommes à son premier ouvrage économique , publié en 1756^ sous le titre de VAmi des hommes ou Traité de ta population. Ce fait est connu ; maïs ce qu'on ne sait pas aussi généralement, c'est qu'on a réuni à ce Traité, en conservant la première partie du titre, plusieurs autres ouvrages qui en sont tout à fait distincts, et que Dupont de Nemours rappelle un pou plus bas. Ce qu'on sait moin<i encore, c>st que le Traité dont il s'agit renversait par sa base toute la doctrine des Physiocrates, qui avaient signalé la richesse comme le principe de la population, tandis que le livre de Mirabeau faisait naftrr, au contraire, la richesse de la population. Et voilà pourquoi Tauteur, partisan de la petite culture à cette «époque , le devint de la grande , lorsqu'il eut abandonné son principe pour celui de Quesnay. Telle est l'errotir de la rétractation de laquelle parle Hiipont, et qui avait ctr, en
ViO DUPONT DE NEMOURS.
servir d'échelle de comparaison entre la force de la lêle, Tbonnéteté du cœur, la noblesse de l'âme de ce véritable citoyen; et la faiblesse, le vil orgueil, les manœuvres artificieuses de quelques autres écrivains du même temps, dont les erreurs étaient bien plus considérables et bien plus dangereuses , mais qui, poursuivis par l'évidence , voudraient persuader au public qu'ils ne se trompèrent jamais, et qu'ils n'ont obligation à personnede la connaissance des véritéscontradictoires a leurs anciennes opinions, qu'ils essayent en vain aujourd'hui de marier avec elles*.
Il ne suffisait pas à VAmi des hommes de convenir qu'il avait pris des conséquences pour des principes, il fallait qu'il réparât son erreur en publiant des vérités. 11 le fit. On vit sortir de sa plume féconde une Introduction nouvelle k son Mémoire sur les Étais provinciaux*, une réfutation delà critique qu'un travailleur en finance avait faite de ce mémoire*, un Discours éloquent adressé a la société de Berne sur l'agriculture*, un excellent ouvrage sur les Corvées"", une explication du Tableau économique, la Théorie de l'impôt, la Philosophie rurale, etc., etc. Quelques auteurs, formés par ses leçons et par celles du maître qu'il avait adopté, entraînés par l'évidence de leur doctrine, commencèrent à marcher sur leurs traces. Des corps entiers, et des corps respectables, l'académie des sciences et belles-lettres de Caen, la société royale d^agriculture d'Orléans, étudièrent la nouvelle science et s'en déclarèrent les défenseurs.
Voilà oii en était cette science, si longtemps méconnue, quand M. de la Rivière revint de la Martinique hâter, précipiter ses progrès. Il eut bientôt repris le cours des éludes qui l'avaient occupé avant sen voyage. Il enrichit en passant le Journal du commerce de quelques mémoires
etîot, reconnue publiquement par Mirabeau, dans U Philosophie rurale et plusieurs anJres de ses ouvrages. (E. D.)
' Ce passage nous semble particulièrement dirigé contre Forbonnais qui, tout en ^e i^osant Padversaire des Économistes, a puisé dans leurs livres ce qu'U y a de roeilleur dans les siens. (E. D.)
' T. IV de Pédition in-1'2 de VAtnî des hommes en sept volumes, avec les dates «le 1756, 1758 ci 4760. Le mémoire, publié pour la première fois en 1750, y e>l rompris.
' T. V de rédition ci-dessus, contenant, en outre: Questions intéressâmes sur la popvldtion, l'agriculture et le commerce, proposées aux Académies et autres So cièit s savantes des provinces, i^AV Quesnay etMarivoll. La critique du Mémoire sur les lUats provinciaux, est de Tauteur du livre inlitulè : Le Financier citoyen,
* T. VI de rédition ci-dessus, renfermant un extrait des six premiers livres du Cours complet d'économie rustique, de Th. Haie.
"" T. Vil de la mOme édition, comprenant aussi VExplication du Tableau économique. L'ouvrage sur et contre les corvées que l'auteur intitule : Réponse à ta Voirie, pstune riMiitation de VEssai sur la voirie et les ponts et chaussées de France, par un auteur dont le nom ne nous est pas connu. (E. T>.)
SOUS le nom de M. G., et composa enfin le livre intitulé : l'Ordre naturel et essentiel des Sociétés politiques^ qui vient d'être publié. Ce livre excellent garde dans sa logique, à la fois éloquente et serrée, Vordre même qu'il expose a ses lecteurs. Toujours évident pour les têtes fortes, il a supérieurement l'art de se rendre intelligible aux têtes faibles, en saisissant le côté par où les vérités les plus ignorées sont intimement liées aux vérités les plus connues. Il présente leur union avec une évidence si naïve, que chacun s'imagine avoir pensé le premier des choses auxquelles il ne songea jamais. C'est, cette naïveté sublime, qui démonte les sophismes, et qui vous fait irrésistiblement entrer l'évidence dans la tête, que les amis de l'auteur appellent les simplicités de M. de la Rivière. Il n'y a aucune de ces simplicités qui ne soit un éclair de génie.
Je m'estimerais bien heureux si je pouvais présenter ici dignement une idée nette et rapide des principales vérités dont la chaîne, découverte par le docteur Quesnay, est si supérieurement et si clairement développée dans ce livre sublime *. La conviction qu'elles ont depuis longtemps portée dans mon âme m'empêche de résister au désir d'essayer cette entreprise, peut-être au-dessus de mes forces; mais, avant de cédera ce désir impérieux, je crois devoir prévenir mes lecteurs par une réflexion que je tirerai de l'ancien Journal de V agriculture , du commerce et des finances « (volume d'août 1766, page 88) : c'est qu'il serait amsi imprudent déjuger un ouvrage sur F extrait même le plus fidèle et le mieux fait , que de juger de la beauté d'un tableau sur l'esquisse de sa copie , ou de celle d'un corps sur son squelette.
Il y a une société naturelle, antérieure à toute convention entre les hommes, fondée sur leur constitution, sur leurs besoins physiques, sur leur intérêt évidemment commun.
Dans cet état primitif, les hommes ont des droits et des devoirs réci-
* Qui sait si cette épithète n'a pas produit V Homme aux quarante écus? A tout prendre, néanmoins, la vérité se trouve encore phis près de Tenlliousiasme excessif de Dupont, que du dénigrement railleur de Voltaire. (E. D.)
• Ce qu'on appelle dans le monde Tancien Journal de l'agriculture , du commerce et des finances^ a commencé en 1765 , et a fini au moisde novembre 1766 inclusivement. Le nouveau a commencé au mois de décembre 1766. On prétend qu'il dure encore ; mais on sait que ces deux ouvrages périodiques ne se ressemblent que par le titre. — Cette note de Dupont de Nemours trouve son explication dans celles que nous avons insérées nous-méme , à la fin des OEuvres de Quesnay^ p. SU5 il 304 de ce volume. (E. D.)
Vi'l ^. 1)1 PO.NT DE NEMOURS.
pi'oques d'une justice absolue \ parce qu'ils sont d*uue nécessité pli}siqv.c, et par conséquent absolue pour leur existence.
Poirit de droits sans devoirs , et point de devoirs sans droits.
I.es droits oe chaque homme, antérieurs aux conventions, sont la liberté de pourvoir h sa subsistance et a son bien-être, la propriété de sa ^ personne, et celle des choses acquises par le travail de sa personne*.
Ses deioirs sont le travail pour subvenir h ses besoins, et le respect pour la liberté, pour la propriété personnelle et pour la propriété mobilière d'aulrui.
Les conventions ne peuvent être faites entre les hommes que pour reconnaître et pour se ^^arantir mutuellement ces droits et ces devoirs établis par Dieu uiéine.
([ Il y a donc un ordre naturel et essentiel ' auquel les conventions so-»
* « le juste ALsoLt , dit texluellemcnl Mercier de la Rivière, peutétre déûoi : Vn ordre de devoirs et de droits qui soûl d'une nécessité physique et par conséquent absolue. Ainsi, Vinjuste absoij; est tout ce qui se trouve contraire à cet ordre. Le trrmc d'absolu n'est point ici employé par opposition à celui de relatif; carcen'est que flans le relatif que le juste et l'injuste peuvent avoir lieu. Mais ce qui, rigooreusemenl parlant, n'est qu'un juste relatif, devient cependant un juste absolu par rapport à la nécessité absolut^ où nous sommes de vivre en société. (T. I, p. 17.) » ■^ *( Je ne crois pas, dit Mercier de la Rivière, ([u'on veuille refuser à un homme le Jroil nalurcî de pourvoir à >a con*ervation . ce premier droit n'est même en luique W ri'suicil <i un premier devoir qui lui est imposé sous peine de douleur et mémeiJR uiort. Mins ce droit, sa condition serait pire que celle des animaux ; car ils eu ont tous un sfml)Iahle. Or, il esl évident que le droit de pourvoir à sa conservatioti renfcraie le droit d'ac<|uêrir, par ses recherches et par ses travaux, les choses utiles a sou existence, et celui de les conserver après les avoir acquises. Il est évident que et sL'cond droit n'est qu'une lirauche du ])rcmier : on ne peut pas dire avoir acquit CL' i\\\oi\ n'a pas le droit de conserver: ainsi le droit d'acquérir et le droit de conserver ne forment ensemble qu'un seul et même droit, mais considéré dans des temps différents.
Ci C'est donc de la iiiiture même que chaque homme tient la propriété exclusive de sa personne, et celle des choses acquises par ses recherches et ses travaux. Je dis la propriété exclusite^ par.e que, si ellt* n'était pas exclusive., elle ne serait pas un droit de propriété.
u ^;i cliaciuo hoiîiUic n'riiùi pas, exclusivement à tous lesautreshommes, propriétaire de >a personne, il faudrait (pu; les autres hommes eussent sur lui-même des droits si:ndjhd>le> aux siens : dans ce cas on ne pourrait plus dire qu'un homme a le droit ii'lurelde pourvoir à sa con.-icrvalion ; lorsqu'il voudrait user d'un tel droit, les autres aurnient uns i le droit de l'en empêcher ; son prétendu droit serait donc nul; car un droit n'est plus un droit, dès que les droits des autres ne nous laissent pas b liberté d'eu jouir 'Ihid.^ p iX, 19.; »
- ?tîertier de Iô liiviere le déliniî dan^ le» termes suivants : •• f/urdre es>cntiela u u'es le^ sociétC'i particulières c«;t l'ordre des devoirs eldesdroils réciproques dont l établisumeut r.st rssrhtUll' ment nécessaire à la plus grande inuUiplication pos
crafes sont assujéties, et cet ordre est celui qui assure aux hommes réu- j^/l iiis en société la jouissance de to%u leurs droits par Tohservance de towsl V^ leurs devoirs. La soumission exacte et générale h cet ordre ept la condition unique, dont chacun puisse attendre et doive espérer avec certitude la participation k tous les avantages que la société peut se procurer.
Les productions spontanées de la terre et des eaux ne suffisent pas pour faire subsister une population nombreuse , ni pour procurer aux hommes toutes les jouissances dont ils sont susceptibles.
La nature de Thomme le porte cependant invinciblement à propager son espèce, à se procurer des jouissances, et à fuir les souffrances et les privations autant qu'il lui est possible.
La nature prescrit donc b Thomme Tart de multiplier les productions, la culture, pour améliorer son état, et pour fournir abondamment aux besoins des familles croissantes.
êibU des productions^ afin de procurer au genre humain la plut grande somme possible de bonheur, et la plus grande multiplieaiion possible. {Ibid,^ p. 43.) »
L'auteur ajoute que la propriété sert de base fondamentale â cet ordre, et il fait suivre eette proposition du développement ci-après : « Rien de si simple que l'ordre essentiel des sociétés ; rien de si facile à concevoir que les principes immuables qui le constituent; ils sont tous renfermés dans les trois branches du droit de propriété; il est aisé de le démontrer.
n La propriété personnelle est le premier principe de tous les autres droits : san« elle, il n'est plus ni propriété mobilière, ni propriété foncière, ni société.
•( La propriété mobilière n'est, pour ainsi dire , qu'une manière de jouir de la pro priété personnelle, ou plutôt c'est la propriété personnelle elle-même considérée dans les rapports qu'elle a nécessairement avec les choses propres à nos jouissances ; on est donc obligé de respecter, de protéger la propriété mobilière, pour ne pns détruire la propriété personnelle, la propriété foncière et la société.
R La propriété foncière est établie sur la nécessité dont elle est aux deux première» propriétés, qui sans elle deviendraient nulles : dès qu'il y aurait plus d'hommes que (le subsistances, le besoin les mettrait dans le cas de s'entr'égorger, et alors il n existerait plus ni propriété mobilière, ni propriété personnelle, ni société.
n Ces trois sortes de propriétés sont ainsi tellement unies ensemble, qu'on doit les regarder comme ne formant qu'un seul tout dont aucune partie ne peut être détachée, qu'il n*en résulte la destruction des deux autres. L'ordre essentiel à toute société est donc de les conserver toutes trois dans leur entier; il ne peut rien admettre qui puisse blesser aucune de ces trois propriétés.
« Mais, me dira-t-on, n'y a-t-il pas d'autres institutions sociales qui îoninècessairemeni partie de l'ordre essentiel des sociétés? Cela est vrai, mais elles n'y prennent place que comme conséquences nécessaires, et non comme premiers principes;. cVst au droit de propriété qu'il faut remonter pour trouver la nécessite do ces institutions. {Ibid. p. 45, 46 et 47. ) »
.^Vi .. 1)1 PONT DJE .NEMOURS.
pruques d'une justice absolue \ parce qu'ils sont d'uue nécessité ph\siqi'.c, et par conséquent absolue pour leur existence.
Point de droits sans devoirs , et point de devoirs sans droits.
Les droits de chaque homme, antérieurs aux conventions, sont la liberlé de pourvoir h sa subsistance et a son bien-être, la propriété de sa personne, et celle des choses acquises par le travail de sa personne*.
Ses devoirs sont le travail pour subvenir h ses besoins, et le respect pour la liberté, pour la propriété personnelle et pour la propriété mobilière d'aulrui.
Les conventions ne peuvent être faites entre les hommes que pour reconnaitre et pour se garantir mutuellement ces droits et ces devoirs établis par Dieu même, jl II y a donc un ordre naturel et essentiel * auquel les conventions so-
* « lii juste Ausoi.u , dit lextuellcmcnt Mercier de la Rivière, peutétre déûni : Un ordre de devoirs et de droits qui sont d'une nécessité physique et par conséquent absolue. Ainsi, Vtnjuste aksoi.l est tout ce qui se trouve contraire à cet ordre. Le terme (Vabsolu n'est point iri employé par opposition à celui de relatif; carcen'esl que rions le relatif que le juste et l'injuste peuvent avoir lieu. Mais ce qui , rigoureusement parlant, n'est qu'un juste relatif, devient cependant lui juste absolu par rapport à la nécessité absolue où nous sommes de vivre en société. (T. I, p. 17.) » - .. .li^ m* crois pas, dit .Mi'iricr de la Rivière, ((u'on veuille refuser à un homme le il.» i.;il;.'. : ! -.lu puuivoir a -,i c.u.^trvnlinii . ce premier ilmii n'est mfUie en luifph: II- 1' >LÙi.'.> t: i-n i)H'iiiicr <lfM)ir tpii lui est iuipusfsous peine de douleur i-l nieme litlî.f'.î. M\-. cv droit, sa «'oudiliou <-riail i)ire que celle <K:> iuiim;«u\ ; car ils en oui [ ;i> i.M -"iîililable. Or, il r^i .-xidcui que le droit de pourvoir a sa conservation reu îc:..i«' !■.' «Iroit d'acipiorir, par se- re<liercîn'> et par ses travaux, les choses utiles a «^oii rvi^ii'ucv', cl celui de les coîl^.■^\e^ apio les avoir ac<piises. Il est e\iileiil «]Uc c. -i'.V'.i': droit n'e-l «prune luMiielie du preuner : on ne peut pas dire avoir acqui> ( ;• iMi".»:. lia l'asleuroUd»' coii-t /\ei': ain^i le droit d'acquérir etle droildecou>er\ei :.v- !'. iiieul ensemble qu'un ^eul et meuie droit, mais considère dans des temps dif IClelilS.
u (/. >l donc de la ii.îtui e mèuir que clia(pn; lu». unie tient la propriété exc/usivf ttt sa [ler-iouîî-..', et celle des clio>es :»( qui-es nar ses recherche-^ et ses travau\. Jo dis la p:,rpri!''e cjCt7î<5/t/\ p..r. e i|!!e, si eiie n'était pas crc/us/uf», elle ne serait î>as un tlr.ii: .1" i»roprielr.
.. Si<'li.-.i;i:eho:\u.e n"« i.w \).\^,i ,Vilu,sivt'mculn touh lesautreshommes, propriclaire de s;; peiSiiuue, il faudraiî (pu* le> aïKres liouimes eussent sur lui-mémo des droits s. i:îl)l.d»le' .t. IX si(n> • daIl^ ce ea< (»n ne pourrait plus dire qu'un homuie a le droit ii'lurelde i«our\o!r a s.i cnii.-'rvaliou ; lor-qu'il voudrait user d'un tel droit, les a'Ure^ aurr.ieut ..ii.- i le dr(;it d«- l'eu euipèt h-n* ; son prétendu droit serait donc nul; car \.i\ •ii-ii n'est plus un droit, dè^ que le.- droits des autres ne nous laissent pas Ij lil.'vr'i. -i eu joiiiâ. ll'ifi , }» ;.*, ly. •'
- ? «uier de I '.ii\iere le d.'lini." dan- lé> terme- suiv.uits • • I/ordic o-enliel a icn h'. ,ocie' ■> p •.rticulie:e.,'>t l'ardrr des (irions cl (ié'sdioil.s rrciprtniurs dont ii^iabl'stiinciil ' .' rssriiliu'f' nv i\l nnrs.^ant à la plus fjrnnde mull*pttcalion i^o»
cmtes sont assujéties, et cet oi-dre est celui qui assure aux hommes réu- j"^ nis en société la jouistance de tous Uun droiu par Fobservance de ^ousv^ leurs devoirs. La soumission exacte et générale h cet ordre ef t la conililion unique, dont chacun puisse attendra et doive espérer avec certitude la participation k tous les avantages que la société peut se procurer.
Les productions spontanées de la terre et des eaux ne suffisent pas pour faire subsister une population nombreuse, ni pour procurer aux hommes toutes les jouissances dont ils sont susceptibles.
La nature de Thomme le porte cependant invinciblement à propager son espèce, à se procurer des jouissances, et à fuir les souffrances et les privations autant qu'il lui est possible.
La nature prescrit donc h Thomme Fart de multiplier les productions, la culture, pour améliorer son état, et pour fournir abondamment aux besoins des familles croissantes.
êible des productions^ afin de procurer au genre humain la plus grande somme possible de bonheur, et la plus grande multiplication possible. {Ibid,^ p. 43.) »
L'auteur ajoute que la propriété sert de base fondamentale â cet ordre, et il fait suivre cette proposition du développement ci-après : « Rien de si simple que Tordre essentiel des sociétés ; rien de si facile à concevoir que les principes immuables qui le constituent; ils sont tous renfermés dans les trois branches dix droit de propriété; il est aisé de le démontrer.
«• La propriété personnelle est le premier principe de tous les autres droits : san« elle, il n'est plus ni propriété mobilière, ni propriété foncière, ni société.
« La propriété mobilière n'est, pour ainsi dire , qu'une manière de jouir de la pro priété personnelle, ou plutôt c'est la propriété personnelle elle-même considérée dans les rapports qu'elle a nécessairement avec les choses propres à nos jouissances ; on est donc obligé de respecter, de protéger la propriété mobilière, pour ne pns dé truire la propriété personnelle, la propriété foncière et la société.
n La propriété foncière est établie sur la nécessité dont elle est aux deux première» propriétés, qui sans elle deviendraient nulles : dès qu'il y aurait plus d'hommes que de «subsistances, le besoin les mettrait dans le cas de s'entr'égorger, et alors il n existerait plus ni propriété mobilière, ni propriété personnelle, ni société.
« Ces trois sortes de propriétés sont ainsi tellement unies ensemble, qu'on doit les regarder comme ne formant qu'un seul tout dont aucune partie ne peut être détachée, qu'il n'en résulte la destruction des deux autres. L'ordre essentiel à toute so ciété est donc de les conserver toutes trois dans leur entier; il ne peut rien admettre qui puisse blesser aucune de ces trois propriétés.
N Mais, me dira-t-on, n'y a-t-il pas d'autres institutions sociales qui toninécessatrement partie de l'ordre essentiel des sociétés? Cela est vrai, mais elles n'y prennent place que comme conséquences nécessaires, et non comme premiers principes;, c'est au droit de propriété qu'il faut remonter pour trouver la nécessite de ces institutions. 'Ibid. p. 45, 46 et 47. j »
3/i6 OLPOMT DE NEMOURS.
Plus la culture s'élend et se perfectionne, et plus il reuait aonuelleHieBt
de productions consommables.
Plus les productions consommables se multiplient, et plus les hommes
peuvent se procurer de jouissances, et par conséquent plus ils sont heot-
reux.
Plus les hommes sont heureux, et plus la population s^accrolL C'est ainsi que la prospérité de Thumanité entière est attachée au plus
grand produit net possible, an meilleur état possible des propriétaires
fonciers.
Pour qu'il y ait le plus grand produit net possible, il. faut que tous les travaux qui concourent k la renaissance et au débit des productions, soient exécutés avec le moins de dépense qu'il soit possible.
Pour que ces travaux soient exécutés avec le moins de dépense possible , il faut qu'il y ait la plus grande concurrence possible entre ceux qui font les avances et qui essuyent la fadgue de ces travaux ; car, dans la concurrence, chacun s'ingénie pour économiser sur les frais de son travail, afin de mériter la préférence, et cette économie générale tourne au profit de tous.
Pour qu'il y ait la plus grande concurrence possible entre tous ceux qui exécutent, et entre tous ceux qui font exécuter tous les travaux humains, il faut qu'il y ait la plus grande /tierce' possible dans l'emploi de toutes les propriétés personnelles, mobilières et foncières, et la plus grande mrelé possible dans la possession de ce qu'on acquiert par l'emploi de ces propriétés.
On ne pourrait gêner, en quoi que ce fût, la liberté de l'emploi. des propriétés personnelles, mobilières ou foncières, sans diminuer le produit net de la culture, et par conséquent l'intérêt que l'on trouve k cultiver, et par conséquent la culture même , et par conséquent la masse (les productions consommables, et par conséquent la population.
Se livrer à cet attentat, ce serait déclarer la guerre à ses semblables; ce serait violer les droits et manquer aux devoirs institués par le Créateur ; ce serait s'opposer à ses décrets autant que le peut notre faiblesse, ce serait commettre un crime de lèse-majesté divine et humaine.
La liberté générale de jouir de toute l'étendue de ses droits de profu iété suppose nécessairement k chaque individu la sûreté entière de celte jouissance, et proscrit donc évidemment tout emploi des facultés des uns contre la propriété des autres.
Point de propriété sans liberté, point de liberté sans stireté.