‹ Physiologie; (volume 3)Chapitre 150 sur 168 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

éviter rinfluence toxique bien connue des sels de potassium.

Toutefois, entreprenant des reciierches quantitatives, nous avons dû employer une précaution spéciale.

En effet, tandis que l'iodure de potassium est un sel anhydre , l'iodure de sodium est déliquescent, donc la quantité d'iode que contient un gramme de ce sel varie suivant son degré d'hydratation ; cette question a été traitée par M. Dubousquet-Laiîorderie, à la Société de thérapeutique, séance du 26 mars 1890. Aussi, pour donner à nos solutions titrées toute la précision désirable, n'avons-nous employé l'iodure de sodium qu'après calcination à une douce chaleur.

Si nous donnons ces détails, c'est afin que l'on puisse se rendre un compte exact de la manière dont nous avons conduit nos expériences, pour que le contrôle par des recherches ultérieures puisse se faire dans des conditions identiques, ou du moins en connaissant avec précision comment nous avons opéré.

Expérience sur la localisalion de Vlochire. Calcination, dosage.

Expérience XV. — Nous avons cherché dans quel organe l'iodure se localisait de préférence, afin de voir si la thérapeutique des lésions de tel ou tel tissu pouvait bénéficier davantage du traitement ioduré.

22 décembre 1880. — Nous avons pris un lapin de 2 k. 170 gr.; nous lui avons injecté une solution contenant (3 grammes d'iodure de sodium calciné, sohition au dixième.

Nous commençons l'administration de l'iodure à 3 h. lu; le lapin est maintenu étendu sur le dos, et nous lui injectons dans la cavité péritonéale, coup sur coup, deux seringues de ii ce, contenant chacune ;iO centigi'ammes d'iodure.

A ''i,i'à, second gramme 2 piqûres.

A 4,15, troisième gramme 2 —

A 4,13, quatrième et cinquième grammes. . 4 —

A ■i,lo, sixième gramme 2 —

A 6 heures, saignée totale.

Nous avons employé les injections péritonéales, parce que, en raison

ELIMINATION DES lODURES.

5dS

de la surface d'absorption, le médicament passe rapidement dans la circulation, et que ce mode évite les dangers de l'injection intraveineuse, toujours plus délicate; en effet, ici, il suffit de piquer perpendiculairement à la paroi.

Pour pratiquer la saignée du lapin nous avons choisi la carotide : on place une ligature, puis, deux centimètres plus bas, une pince; on ouvre l'artère entre les deux, on y introduit une canule munie d'un tube, on la lie, on place l'extrémité du, tube de caoutchouc dans un récipient, puis on lève la pince et le sang s'écoule sans qu'on ait à craindre d'en perdre.

Nous avons ainsi recueilli :

Sang. .

Foie . .

Cerveau. Reins. .

Muscles.

grammes.

Chacune de ces parties a été calcinée sépare'ment dans un creuset métallique après addition de carbonate de soude.

Quand la calcination touche à sa iin, nous ajoutons peu à peu des cristaux d'azotate d'ammoniaque, dont la déllagration contribue à calciner les dernières parties.

Le résidu a été repris à chaud par une quantité d'eau quelconque, environ 50 grammes, filtré, puis légèrement acidifié à l'acide acétique, comme nous l'avons dit plus haut. Ces solutions obtenues ont été alors soigneusement pesées dans des récipients tarés, puis nous avons cherché, au moyen de l'eau chlorée titrée, combien un centimètre cube de chaque solution contenait d'iodure de sodium, quantité que nous avons ensuite rapportée à 100 grammes de l'organe examiné.

Voici les chiffres que nous avons trouvés en iodure de sodium :

grammes.

Cerveau.

. 0,019 pour 100 grammes

Foie.. .

Sang. .

Muscles.

Reins. .

Comme ou le voit, le rein contient une quantité considérable d'iodure par rapfwrt au cerveau. Aussi avons-nous pensé à rendre plus évidente cette proportion, en la traduisant, non par des chiffres, mais par des longueurs : nous avons donc dressé le tableau suivant où les centigrammes sont représentés par des millimètres.

5iG

Cerveau.

Foi.-.

Sang.

Muscle. s.

Reins.

Il s'ensuivrait peut-être de là qu'en thérapeutique, ou devrait prescrire des doses plus fortes d'iodure dans les maladies du cerveau que dans celles du foie, ces dernières devant être plus fortes que celles prescrites dans les altérations du rein : la clinique avait déjà permis d'arriver à ce même résultat; en effet, M. Guyot* est d'avis qu'il est nécessaire, pour obtenir des résultats thérapeutiques sérieux dans le cas de lésions syphilitiques des centres nerveux, de faire ingérer aux malades des doses élevées d'iodure : aussi donne-t-il en semblable circonstance 8 et 42 grammes d'iodure dans les vingt-quatre heures, pendant plusieurs mois.

Expérience sur la localisation de l'iodure. Calcination, Dosage.

Expérience XVI. — Les chiffres de la préce'dente expérience sont tellement expressifs que nous avons cherché à les véiifler par une seconde, et nous avons recommencé sur un autre lapin la même série de manipulations.

Voici les chiffres que nous avons obtenus :

28 février 1890. — Lapin, 2i«'',180 — lodure de sodium, 6 grammes.

— De 2 heures à 2. h. 30, injection péritonéale de 6 grammes d'iodure.

— Solution à 1/10. — 12 injections de 5 ce. — A3 heures, saignée de la carotide comme plus haut. — A 3 h. 10, autopsie, la cavité abdominale contient un liquide séro-sanguinoient.

Poids des organes que nous avons examinés :

grammes

Cerveau. .

9,:io

Muscles.

Sang. . .

Foie. . .

n,;io

Reins. . .

Urine. . .

1. GuYOT, Bulletin de la Société médicale des hûpitaii.r, 22 mai 1885, p. 20t)

ELIMINATION DES lODURES.

Nous y avons trouvé une quantité d'iodure sensiblement égale à celle de la première expérience (pour la calcination nous n'avons pris qu'une partie du foie) :

Cerveau. . 0,018 pour 100 grammes.

Muscles. . <t,047 —

Sang. . . 0,107 —

Foie ... 0,137 —

Reins. . . 0,280 —

Urine. . . 1,014 —

Voici le tableau analogue au précédent où nous avons aussi traduit les chiffres par des longueurs.

Cerveau.

Muscles.

Sang.

Foie.

Reins.

Urine.

Ces chiffres sont un peu différents des premiers. Qu'il me suffise, pour l'expliquer de faire remarquer que l'animal a été sacrifié beaucoup plus vite dans ce cas-ci que la première fois.

Hydrotomie des deux reins.

Expérience XVII. — Cette prédilection de l'iodure pour la substance rénale nous a conduit à d'autres expériences destinées à savoir si le rein fixe l'iodure dans ses cellules ou bien s'il n'agit que comme les autres tissus après avoir simplement filtré l'iodure, c'est-à-dire, s'il n'est qu'imbibé d'urine iodurée.

19 mars 1890. — Lapin de 2 kil. injection péritonéale de 6 grammes d'iodure dans une solution au dixième; une heure après, nous sacrifions l'animal et nous l'hydrotomisons pendant 24 heures environ : la canule est placée dans l'aorte, pression égale à 1 m. 50.

20 mars. — Calcination des reins en milieu alcalin.

21 mars. — Dosage en milieu faiblement acide.

Réaction complètement négative; nous ne trouvons plus la moindre

trace d'iodure dans les reins où nous en avions trouvé aux expériences précédentes environ 1 p. 100.

Hydrotomie d'un seul rein. Comjxiraison entre les deux reins.

Expérience XVIII. — A'ous avons repris cette expérience, non plus cette fois sur les deux reins d'un lapin en même temps, mais sur chacun des reins d'un chien pris à part et examiné d'une façon ditTérente.

21 mars 1890. — Chien, 7'^'',800. Injection péritonéale de r2grammes d'iodure de sodium.

4 h. 30, injection, 24 piqûres.

6 heures, mort par piqûre du bulbe.

Poids de chaque rein, 18 grammes.

Urine recueillie, 50 ce.

Nous faisons l'hydrotomie d'un des reins pendant 24 heures sous une pression d'environ l™,oO.

22 mars. — Nous calcinons séparément l'un et l'autre rein et l'urine. Dosage de l'iodure.

Rein hydrotomisé .... 0.000 pour 100 grammes. Rein non hydrotomisé . . 0,0748 —

Urine 0,1824 —

Ces deux expériences nous démontrent que le rein ne fixe pas l'iodure, et qu'il n'agit que comme les autres tissus, puisqu'un courant d'eau suffît à enlever toute trace d'iodure.

Circulation artificielle d'iodure dans les reins.

Une solution iodurée a été mise en circulation dans les reins d'un chien, puis nous avons cherché si la quantité d'iodure que nous retrouvions par calcination du rein était plus grande que celle qui correspondait à la quantité de liquide infiltré dans cet organe, et si le rein avait déjà soustrait de l'iodure aux premières portions du liquide en mouvement.

Expérience .\IX. — 31 mars 1890. — Chien de 5 kil. Injection dans l'aorte d'une solution contenant :

Bicarbonate de soude. . 2 grammes par lili e.

Sel marin 8 — —

Urée 20 — —

lodure de potassium . . 2 — —

On fait passer 6 litres dans les reins, l'aorte étant liée au-dessous des artères rénales.

Durée du passage de l'iodure, 1 h. 20 minutes.

ÉLIMINATION DES lODURES. 519

Pression du liquide, 2 mètres, équivalant à la pression normale.

Le caoutchouc qui amène la solution iodurée traverse un vase rempli d'eau chaude, les reins et la portion du chien enlevée avec eux sont mis dans un cristallisoir chauffé au bain-marie.

grammes .

Poids des reins imbibés 48,35

Poids probable avant l'expérience 34

Poids de la solution infiltrée dans les reins. . 14,35

Contenant en iodure 0,02870

lodure retrouvé après calcination 0,0236

Or nous voyons que, si î'on veut tenir compte des pertes dues à la calcination, on peut dire que le rein a joué en présence de celte solution le rôle d'épongé.

Circulation artificielle cV iodure dans les reins.

Expérience XX. — 1" avril 1890. — Chien, de 20 kil. Injection dans l'aorte d'une solution contenant :

Bicarbonate de soude . . 2 grammes par litre.

Sel marin 8 —

lodure de potassium. . . 2 — —

On fait passer 6 litres sous une pression de 2 mètres, les reins sont dans un récipient chauffé au bain-marie, et le tube qui amène la solution iodurée passe dans un vase l'empli d'eau chaude.

Poids des reins imbibés

Poids probable avant l'hydrotomic Poids de la solution infiltrée. . .

Contenant en iodure

lodure retrouvé après calcination .

Le résultat est analogue au précédent.

grammes.

Recherche de la quinine dans l'urine.

Différents réactifs d'une grande sensibilité sont connus depuis longtemps pour la recherche des alcaloïdes, tels sont les réactifs de Bouchardat, de Dragendorff et de Mayer. Nous allons, du reste, en rappeler les formules en indiquant la coloration du précipité qu'ils donnent avec les alcaloïdes.

1 " lodure de potasskmi iodurê.

Réactif de Rouchardat.

Donne, avec les alcaloïdes, un précipité brun kermès ou marron.

grammes.

Iode. ........ 10

lodure de potassium. . 20 Eau oOO

2" lodure double de potassium et de bismuth. Re'actif de Dragendorkf.

Donne, avec les alcaloïdes, un précipité rouge orangé très

abondant.

Sous-nitrate de bismuth. . \ '^v. 50

lodure de potassium. ... 7 grammes.

Acide chlorhydrique ... X\ gouttes .

Eau 20 g-rammes.

Ce réactif se prépare en délayant le sous-nitrate dans l'eau, on porte à l'ébuUition, et l'on ajoute successivement l'iodure et l'acide : il faut avoir soin, pour l'emploi de ce réactif, d'opérer en liqueur acide pour empêcher le dédoublement du sel de bismuth.

ÉLIMINATION DES lODURES. 521

3° lodure double de potassium et de mercure. Réactif de Mayer.

Donne, avec les alcaloïdes, un précipité blanc jaunâtre g'élatineux.

grammes.

Bichlorure de mercure . . 13,541

lodure de potassium . . . 49,80

Eau distillée Q. S. pour un litre.

Les deux premiers, lorsqu'on les applique à Ja recherche des alcaloïdes dans l'urine, donnent un précipité aussi bien dans l'urine normale que dans l'urine des malades qui ont pris des alcaloïdes.

Le troisième ne précipite pas, il est vrai, dans l'urine normale, mais sa sensibilité dans l'urine est bien inférieure à celle qu'il présente dans l'eau.

MM. Bouchard et Cadier' ont décrit un procédé de recherche des alcaloïdes dans l'urine qui est en même temps un procédé de dosage : ils ont employé le réactif de Tanret légèrement modifié : on le prépare en dissolvant dans l'eau distillée du sublimé, puis on ajoute de l'iodure de potassium jusqu'à ce que tout l'iodure rouge de mercure qui se forme au début soit redissous, alors on met encore un excès d'iodure de potassium et on acidifie fortement avec l'acide acétique.

Ce réactif serait d'une sensibilité extrême, malheureusement ces auteurs indiquent aussi cinq causes d'erreur; nous renvoyons à leur travail pour la manière d'éviter chacune d'elles.

GuYocmN^ regarde le temps d'élimination de la quinine comme connu, sans expériences à l'appui. Afaible dose, l'élimination serait terminée après un à deux jours et à haute dose

1. Bouchard et Cadier, Gazette médicale de Paris, novembre 1876.

2. GuYOCHiN, Thèse de doctorat de Paris, 1872, Absorption et transformation de la quinine dans l'e'conomie.

o22 JOSEPH ROUX.

après trois ou quatre jours. Cet auteur a employé comme réactif une solution analogue à celle de MM. Bouchard et Cadiep. puis.s'étant occupé de savoir si le sulfate de quinine est éliminé en nature, il a employé pour le retrouver à Tétat de pureté le procédé suivant; l'urine a été évaporée au bain-marie à une douce chaleur presque jusqu'à siccité , le résidu est placé dans un flacon et agité vivement avec de l'éther ordinaire, Téther est décanté dans une capsule et abandonné à l'évaporation libre, puis on reprend avec Teau acidulée avec de l'acide chloj'hydrique pur, et on précipite à Tammoniaque.

L'alcaloïde extrait selon ce procédé est du sulfate de quinine.

Pour cette recherche de la quinine dans les urines, nous ne devons pas nous flatter de retrouver la totalité de la quinine absorbée : un fait cité par Guyochix. d'après M. Ordonez . praticien de la Xouvelle-Grenade. vient bien le démontrer. En efl'et, il dit ceci : « quand on administre le sulfate de quinine aux ouvriers indigènes souvent atteints de fièvres intermittentes, il arrive que leurs déjections sont délaissées par certains animaux qui en faisaient leur pâture. )> Il est possible que le sulfate de quinine, passant en partie inabsorbé, donne aux matières fécales une amertume qui les ferait délaisser par les animaux.

Le procédé qui nous a servi est celui de Personîce * ; il comprend les opérations suivantes, dont le détail paraîtra un peu long, mais qui cependant ne demande pas un temps bien considérable, car on fait simultanément les réactions sur tous les échantillons que l'on a à examiner.

1° Alcaliniser l'urine avec du carbonate de soude.

2" Précipiter la quinine par le tannin.

1. Personne, Journal de pharmacie el chimie, série 4, t. XXVIII, p. 3j4.

ÉLIMINATIO.X DES lODURES. :i23

3' Ajouter un peu d'acétate de soude pour aider à recueillir le précipité sur le filtre.

4° Filtrer.

5° Laverie précipité sur le filtre.

6° Recueillir ce précipité.

7" Ajouter de la chaux hydratée pulvérulente.

8° Ajouter du sable pour diviser le magna.

9" Pétrir dans un verre de montre ou une petite capsule de porcelaine.

\0° Sécher à l'étuve.

11° Reprendre au chloroforme.

12° Filtrer.

13° Évaporer le chloroforme.

14° Reprendre le résidu chloroformiquepar l'eaa acidulée avec de l'acide sulfurique.

lo° Voir la fluorescence.

16° Précipiter au réactif de Bouchardat (iodure de potassium ioduré).

Nous avons longtemps cherché une méthode plus expéditive, partant plus clinique, mais nous n'avons pu en trouver.

Ici, comme pour l'iodure de potassium, nous n'avons pu avoir de malade qui nous fournisse de l'urine émise dans des récipients numérotés.

Nous avons dû opérer sur noiis-même, mais notre sensibilité aux médicaments nous a forcé bien vite à nous arrêter.

Nous nous bornons à donner le résumé de nos expériences et un tableau où nous les avons indiquées, ainsi que les chiffres que nous avons pu trouver dans les auteurs.

DURÉE DE l'ÉLIMIXATIOX

Dose faible.

ExpÉRiE.NXE XXII. — Expérience personnelle. — Le 28 novembre, à 6 h. du soir, je prends O.bO de sulfate de quinine avant le repas. Le tableau ci-dessous indique à quel moment j'ai examiné mes urines.

4 h. 30 — positif —

G h. — -positir — riuor.

8h.30 — positif— fluor.

8 h. 30 — positif —

il h. — positif — fluor.

midi — négatif —

2 h. 30 —positif — fluor.

2 h. — négatif —

4 h. — négatif —

(i 11. et 6 h. 30

'■} h. 30 — positif —

7 h. — positif —

8 h. 30 — positif —

lu h. .30. riuor. réac. p.

10 11. 30 — posiiif —

L'élimination est donc terminée entre 4 h. 40 et 8 h. 8, soit à 6 heures, c'est-à-dire au bout de 36 heures. — 15 analyses.

DURÉE DE l'élimination

Dose faible.

Expérience XXIII. — Expérience personnelle. — Le 5 février, à 3 h. oO. je prends un gramme de lactate de quinine.

L'élimination s'est donc terminée entre 8 heures et 11 h. 13, ce qui donne comme total pour un gramme de lactate de quinine 53 h. 40 environ.

Recherche de l'antipyrine dans l'urine.

Denux ' recommande d'ajouter 5 gouttes d'acide sulfurique pour 6 ce. d'urine et davantage si l'urine était alcaline,

1. DExt;x, Thrse de la Faculté de médecine de Paris, 1884-1883, Élude sur la valeur thérapeutique de l'antiptjrine.

ELIMINATION DES lODURES. 325

si le mélange se trouble, on filtre, puis on ajoute une dizaine de gouttes du réactif iodique, cette réaction serait surtout marquée entre 4 et 20 heures après l'émission de l'urine.

Ardulx ' s'est servi de quelques gouttes de perchlorure de fer, qui donnent une coloration vin de Porto aux urines, il a même obtenu cette réaction en badigeonnant de perchlorure des malades qui prenaient de l'antipyrine; l'élimination par la sueur étant suffisante pour produire cette coloration.

MM. Hénocque et Huchard^, à l'hôpital Bichat, ont eu recours à l'examen spectroscopique.

M. YvoN conseille de décolorer l'urine avec le sous-acétate de plomb, filtrer et colorer au perchlorure de fer; il indique comme moyen plus précis de chauffer l'urine avec de l'acide azotique fumant; on obtient une coloration verte qui passe au rouge quand on ajoute un excès d'acide. Pour notre compte nous n'avons jamais obtenu cette dernière réaction avec l'urine antipyrinée physiologiquement, même à la dose très forte de 5 grammes par jour. Nous l'avons eue facilement avec l'urine antipyrinée mécaniquement en chauffant dans un tube à essai un centimètre cube d'urine, et, quand elle bout, on ajoute une goutte d'acide azotique fumant avec une pipette ; cette réaction est peu sensible.

On peut donc conclure que l'antipyrine subit dans l'organisme un dédoublement, puisqu'elle ne donne plus les mêmes réactions.

Une autre réaction ne se trouve pas non plus dans l'urine physiologiquement antipyrinée. Lorsqu'on chauffe l'antipyrine avec de l'acide azotique jusqu'à réaction, on a, quand elle est achevée, un liquide rouge pourpre; si alors on verse

1. Arduin, Thèse de la Faculté de médecine de Paris, 1884-1885, Contribution à l'étude thérapeutique et physiologique de l'cmtipyrine.

2. Hénocque et Huchard, Journal de pharmacie et de chimie, 1885, n" 1, p. 25.

de l'eau et que l'on filtre, le liquide filtre rouge, et il reste un précipité violet sur le filtre.

Gomme nous l'avons dit, cette réaction n'a été positive que pour l'antipyrino ajoutée directement à l'urine et extraite ensuite ; elle a été négative même après l'absorption de 5 grammes d'antipyrinc : ce sont des urines provenant du service de M. Cadet de Gassicourt, à l'hôpital Trousseau, qui nous ont servi dans ces recherches.

Garavias ', avant de mettre du perchlorure de fer dans l'urine, la décolore au noir animal; il a trouvé l'antipyrine dans l'urine après l'absorption d'un gramme, et il en a suivi l'élimination pendant 13 heures.

Unbach - dit qu'après ingestion l'antipyrine apparaît dans l'urine aussitôt, sans préciser le temps que représente ce mot pour lui : il a décrit l'action de l'antipyrine sur l'élimination de l'urée.

Le procédé que nous avons employé'est analogue à celui qui nous a servi pour la recherche de la quinine.

Toutefois faisons remarquer que l'antipyrine est soluble dans le chloroforme, et que celle que l'on ajoute dans l'urine se retrouve en employant ce dissolvant , tandis que , dans l'urine antipyrinée physiologiquement, nous ne retrouvons la réaction de l'iodure ioduré de potassium que si nous employons l'alcool pour dissoudre le résidu.

Nous avons aussi essayé un papier au perchlorure de fer, sans résultat d'ailleurs.

Or, voici ce qui nous est arrivé : comme à chaque expérience nous avions la précaution de faire la contre-épreuve avec une urine normale, un jour que nous examinions nos urines, comparativement à celles d'un malade de Fhôpital de la Gharité, qui prenait 3 grammes d'antipyrinc par jour, nous

1. Caravias, Thèse de doctorat de Paris, 188G-1S87, Recherches expérimentales et cliniques sur l'antipyrine.

2. Unbach, Archiv fur e.rperlmenteUe l'athologie mal Pharmacologie; t. XXI, 1,S8('. pp. 161 à 168. . . .

ELIMINATION DES lODURES. 527

avons trouvé une réaction identique dans les deux échantillons.

Nous nous sommes rappelé avoir mangé la veille de la chair de porc fumée. Quelques jours après, avec une alimentation semblable, nous avons retrouvé cette même réaction, de telle sorte que les expériences que nous avions faites sur la durée de Félimination de l'antipyrine tombent du même coup, puisqu'il suffit de si peu de chose pour modifier cette réaction.

Nous avons alors vu que le résidu alcoolique de nos urines, traitées de la façon indiquée plus haut, transformait le ferricyanure de potassium en ferrocyanure de potassium, ce qui est la caractéristique des ptomaïnes, lesquelles existeraient dans le jambon fumé.

Pour retrouver cette réaction dans l'urine normale, il faut en examiner une bien plus grande quantité que dans ce cas-ci, mais on la retrouve toujours.

M. Charles Richet a déjà signalé cette transformation du ferricyanure en ferrocyanure par l'urine normale sans manipulation antérieure, on la décèle par la simple addition d'une goutte de perchlorure de fer, on a une coloration d'un bleu extrêmement intense.

Nous pouvons donc conclure avec Otto Schvveissixger ' que la recherche de l'antipyrine dans l'urine exige de nouvelles études.

Conclusions.

1° L'élimination des médicaments qui passent dans l'urine, et spécialement de l'iodure de potassium, commence deux ou trois minutes après injection dans une séreuse ou même ingestion stomacale.

2° Elle se prolonge en général, chez des individus nor-

1. Otxo ScHWEissiNGER, Joumul de pkavmack etde chimie, \%%^, w° 1, p. 33

maux, au moins pendant 36 heures, pour des doses moyennes.

3° Dans le cas de doses répétées massives, l'élimination peut se pr,olonger pendant au moins 11 jours.

4° L'iodure de potassium ne se fixe pas sur le tissu du rein d'une manière stable ; mais néanmoins il se localise dans cet organe, de telle sorte que le rein contient environ cinq fois plus d'iodure que le sang ou les muscles, et ceux-ci trois fois plus que le cerveau; l'urine en contient dix fois plus que le sang-.

o° Le sulfate de quinine à doses moyennes (de 0^'',50 à 1 gramme) chez l'homme sain, s'élimine en 48 heures environ. L'élimination commence déjà dans le courant de la première demi-heure.

ÉTUDE EXPÉRIMENTALE ET CLINIQUE SUR LA cocaïne

Par M. E. Delbosc.

Introduction.

En 1884, KoLLER découvrait ractioii analgésique de la cocaïne sur la muqueuse conjonctivale et faisait entrer définitivement dans le domaine thérapeutique une substance que l'on connaissait depuis longtemps, mais qu'on ne savait pas encore utiliser. On étudia alors les propriétés physiologiques de ce nouvel agent, et on s'aperçut que toutes les muqueuses pouvaient être également soumises à son action. On imagina enfin de l'employer en injections hypodermiques, et cette méthode généralisa son emploi; car l'anesthésie locale, qu'il est facile d'obtenir par ce moyen, peut remplacer, dans bien des cas, les anesthésiques généraux.

Se servir de la cocaïne devint bientôt chose vulgaire.

TflMR TI. 34

530 E. DELBOSC.

Mais une réaction ne tarda pas à se faire; on cita des cas d'empoisonnement, et certains auteurs allèrent jusqu'à proscrire le nouvel alcaloïde. D'autres lui sont restés fidèles; ils ne croient pas la cocaïne coupable de tous les méfaits qu'on lui impute, et il leur suffit de l'employer avec prudence pour ne jamais observer d'accidents sérieux. Ainsi nous voyons notre maître, M. P. Reclus, s'en servir depuis trois ans et s'en servir toujours avec un égal succès : jamais de phénomènes toxiques inquiétants.

Est-ce à dire que la cocaïne soit absolument inoffensive? Nous sommes loin de le prétendre; mais, avec M. Reclus, nous ne croyons pas légitimée la crainte exagérée qui pousse certains chirurgiens à ne pas se servir de ce médicament. C'est pour soutenir cette opinion que nous entreprenons ce travail; notre but est en effet de prouver que la cocaïne n'est pas aussi dangereuse qu'on veut bien le dire. Ce fait ressortira, croyons-nous, de l'étude physiologique et clinique de cette substance.

Nous diviserons notre travail en deux parties : 1° Etude des effets physiologiques de la cocaïne ; 2° Examen et analyse des divers empoisonnements publiés jusqu'à ce jour.

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