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ANESTHÉSIQUES

Mais, de toutes les conditions aptes à modifier la force de la respiration, la plus intéressante est l'anesthésie.

Il est clair que la morphine ne doit pas être considérée comme un anesthésique, et de fait, même à des doses très fortes, la morphine n'a pas modifié la force des inspirations ou des expirations. Le rythme et la ventilation sont changés; mais la respiration continue à se faire avec la même vigueur que précédemment.

Au contraire, si l'on a administré aux animaux du chloroforme ou du chloral, ils ne peuvent continuera respirer par la soupape, et ils ne tardent pas à s'asphyxier si la pression à vaincre est voisine de 0", io, ou même inférieure.

Nos expériences sur ce point sont trop nombreuses pour être toutes rapportées ici. Mentionnons-en seulement quelques-unes.

ExpÉiUENCE XII. — Chien de 16 kilogrammes; franchit 0",36 à l'inspiration et 0™,16 à l'expiration. On lui donne 5 grammes de chloral; alors il ne franchit plus, et on modifie la pression en mettant 0™,12 à l'inspiration et 0™,I2 à l'expiration. Alors on constate que, s'il franchit l'inspiration, il ne peut absolument pas expirer. Alors ou met 0"\22 à l'inspiration (dose de chloral par kilogramme, Ofe''',.32) et0'",4.ï à l'expiration. La respiration s'établit régulièrement. De nouveau on lui donne 2sr,50 de chloral, puis 2 grammes de chloral. Après quelques moments de

répit, on constate qu'il peut respirer avec une pression de 0™,lo et expirer avec une pression de 0™,04. La respiration se produit alors régulièrement. Si l'on vient alors à déplacer le mercure de telle sorte que tout le mercure de l'inspiration aille à l'expiration, et vice versa, on voit que, quand la pression à l'expiration devient forte, la respiration devient impossible par défaut d'expiration et que le chien menace de s'asphyxier.

Expérience XIII. — Chien de 18ï^'i,500.

L'inspiration étant à 0'^,34 et l'expiration à O^jiS, on lui donne ^6s^,'60 de chloral avec 10 centigrammes de morphine (soit 0sr,30 de chloral par kilog.). On constate que les inspirations sont efficaces, mais ([u'aucune expiration n'est possible, quoique la colonne de l'expiration soit près de trois fois moins haute que la colonne de l'inspiration.

Expériences XIV et XV. — Chienjeune de 6 kilogrammes (a subi une hémorrliagie de- 130 grammes); l'expiration est à 0°i,12o et l'inspiration à 0'^,18. Il reçoit 0^'",oO de chloral et Os'.Oo de morphine, et il continue d'abord à respirer très régulièrement. Puis on lui donne Oe^joU de chloral, et il ne peut plus franchir l'expiration, quoique franchissant l'inspiration. On le laisse respirer à l'air libre pendant une demi-heure.

Alors la respiration devient plus forte (pai' suite de l'élimination partielle du chloral), et il peut franchir sans s'asphyxier 0™, 18 (inspir.) et0™,12o (expir.). De nouveau, il reçoit 05'",30 de chloral. Il franchit l'inspiration, ne peut franchirl'expiration, et s'asphyxie sans réaction asphyxique.

La dose totale de chloral a été de l^^SO, soit 0?'",21 par kilogramme .

Ainsi toutes ces expériences prouvent que, par le fait du chloral (donné à une dose de 0,20 à 0,30 par kilogramme), la

force de rinspiration est peu modifiée, mais que la force de l'expiration est énormément amoindrie, si bien qu'une pression de O^'jlo environ, qui gêne à peine la respiration des chiens normaux, devient asphyxiante pour les chiens chloralisés.

L'explication qu'on peut donner de ce fait parait assez simple. En effet, dans les respirations normales, l'expiration est à peu près passive. Le poumon, distendu par le jeu des muscles inspirateurs, tend toujours, à cause de son élasticité propre et de l'élasticité de la cage thoracique, à revenir à i'état d'expiration; de sorte qu'après une inspiration active, le poumon revient presque passivement à son état d'expiration, sans qu'il soit besoin de faire intervenir pour son retrait l'action des muscles expirateurs.

Les seules expirations actives que nous donnions sont celles qui sont réflexes ou provoquées par la volonté, comme, par exemple, dans la toux, l'effort, le chant, le cri ou l'acte de souffler.

Mais le chloral paralyse les fonctions psychiques et les fonctions réflexes, ne laissant probablement subsister des fonctions nerveuses que les fonctions automatiques; de sorte que la fonction automatique (inspiratoire) de la respiration n'est pas aboHe, tandis que la fonction volontaire (expiratoire) est paralysée. Il faut ajouter à ce fait que la réaction du système nerveux à l'asphyxie fait défaut. Quand un chien ne peut plus respirer par la colonne de liquide opposée à sa respiration, il fait des efforts désespérés, qui s'accroissent à chaque mouvement respiratoire. Au contraire, le chien chloralisé (à une dose allant de 0^',3 à 0^%^) ne réagit pas, ne se débat pas. Il s'asphyxie sans bruit, sans lutte. Il ne peut franchir 0",'lo à l'expiration ; 7Jîaù il ne cherche pas à les franchir; comme si la sensibilité de son appareil bulbaire à l'asphyxie croissante avait été absolument abolie par l'agent anesthésique.

Ces faits, intéressants peut-être au point de vue de la physiologie expérimentale, nous paraissent surtout importants au point de vue de la pratique chirurgicale. En effet, ce n'est pas

l'inspiration qu'il faut surveiller, c'est l'expiration. Autrement dit, il ne faut pas laisser le plus faible obstacle s'opposer au retrait du poumon après l'inspiration, car ce retrait ne s'opère que passivement, avec une force minime de 0°',02 ou 0°',03 tout au plus, et la volonté n'est plus là pour vaincre cet obstacle.

Quand on tire en avant la langue des patients chloroformés, ainsi que l'expérience en a fourni l'indication empirique, en réalité, on agit en supprimant un obstacle à l'expiration. La base de la langue recouvre la glotte et gène le libre retrait du poumon dans son expiration.

Souvent nous avons vu des chiens profondément chloralisés ne pouvoir respirer que si on leur tirait fortement la langue. Ils n'avaient pas la force de projeter la langue en avant, et de libérer ainsi l'orifice glottique. Dès qu'on leur tirait la langue, la respiration, qui était devenue inefficace, incapable de franchir la résistance opposée par la base de la langue, devenait très suffisante pour entretenir la vie.

De la ventilation aux diverses pressions et du rythme.

A. Ventilation des chiens normaux. — Il est assez difficile d'apprécier exactement la ventilation normale des chiens. En effet, si on leur fait la trachéotomie, et si l'on enregistre le rythme et l'amplitude de leurs respirations, on n'a pas le rythme et l'amplitude de la respiration d'un chien normal, mais bien d'un chien attaché, trachéotomisé, et par conséquent se débattant, luttant, essayant de crier et de se défendre. C'est là une condition dont il faut tenir compte dans toute appréciation des expériences.

En outre, pour mesurer la ventilation, on est forcé de le faire respirer par la soupape de Muller, avec une colonne

d'eau haute de quelques centimètres au moins, et par conséquent ayant une hauteur appréciable. Il est donc presque impossible de connaître exactement la ventilation d'un chien qui respire à l'air libre, étant tout à fait au repos et à l'état normal, sans avoir à vaincre une pression à l'inspiration ou à l'expiration.

Malgré ces réserves, il est clair qu'on peut apprécier l'influence d'une pression croissante (allant, je suppose, de 0°',10o à 0",50) sur la ventilation chez un chien trachéotomisé.

Il résulte d'expériences nombreuses faites sur des chiens normaux que la ventilation (exprimée en litres d'air) par kilogramme et par heure (avec une pression à vaincre minimum, de O'^.Oo, je suppose) est voisine de 25 litres, comme l'indiquent les chiffres suivants' :

Ventilation.

Deux chiens de 21 à 28 kilogrammes. . 21 litres.

Neuf chiens de 11 à 14 — . . 28 —

Trois chiens de 8 à 0 — . . 44 —

Sous l'influence d'une pression un peu forte les chiffres changent.

Exi'ÉRiENXE XVI. — Chien de 19 kiloi,'rammes : 0"',20 à l'inspiration et0™,47 à l'expiration.

La ventilation est pendant trente minutes, en moyenne, par kilogramme et par heure de 11''', 4.

En supposant la ventilation normale (pour un chien de cette taille) égale à 23 litres, on voit que les pressions de 0"','J0 et 0'",47 ont diminué de moitié la ventilation.

Sur ce même chien, on élève la pression à l'expiration qu'on porte à 0",o6, etonvoit la ventilation diminuer, le rythme s'ahaisser à 10 par minute, et le volume d'air devenir, minute par minute, de 0''',17, 0,22, 0,26, 0,24, 0,28, 0,17, 0,10, 0,19, 0,20, 0,10, 0,18, 0,17, 0,08; soit, en moyenne, 0''S20. Alors la respiration el'ficace cesse, et, pour empêcher le chien de s'asphyxier, on est forcé de le laisser respirer à l'air libre.

Il s'ensuit qu'une ventilation de 6''', 3 par kilogramme et par heure est insuffisante pour un chien, tandis qu'une respiration de H''S4 est suffisante.

1. Cn. PciCHET, » Mesure des combustions respiratoires. » Ti-av. du Lahorat.. t. I, p. ;i3G.

VENTILATION PULMONAIRE ET PRESSION. 34b

Expérience XVII. — Chien de 12 kilogrammes : expiration, O-^.SS; expiration 0'",20.

La ventilation est en 4o minutes 124"So, ce qui fait sensiblement 13,0 par kilogramme et par heure, c'est-à-dire, comme on voit, à peu près la moitié de la ventilation d'un chien normal de même taille.

En élevant la pression (à l'expiration) à 0°',31, on ne modifie pas la ventilation, qui reste à i4'",2. Mais il suffit de porter la pression à 0°i,42 pour que la ventilation soit insuffisante; elle est alors de 6''', 4 (chiffre intéressant à comparer avec le chiffre donné plus haut).

Expérience XVlll. — Chien de 14'^'', 700. Pression à l'inspiration, 0™,20; pression à l'expiration, 0'",2;).

Ventilation en vingt minutes; 187"', 70, soit 38 litres par kilogramme et par heure, ce qui est un chiffre peu distant du chiffre donné par les chiens qui respirent à faible pression.

Expérience XIX. — Chienne de ô'^i',20 (nourrice). Ventilation en 18' = centres. Pression à l'inspiration, 0°',20, pression à l'expiration, 0°»,2o,

Ventilation par kilogramme et par heure = 33 litres (chiffre légèrement inférieur à la ventilation normale des chiens de cette taille).

Expérience XX. — Petite chienne caniche de S'^^^lOO. Pression à l'inspiration, 0'°,12; pression à l'expiration, 0^,il. De 2 à 2 h. 35, la ventilation est de 27iiS60, soit de 11"',60, chiffre bien différent de la ventilation normale (suffisant cependant), mais il faut noter que pour une toute petite chienne la pression O'^.n peut passer pour forte.

Expérience XXI. — Chien de 10 kilogrammes. Pression à l'inspiration, 0™,20; pression à l'expiration, 0°i,24; ventilation en 9 minutes, 28'^',3o; soit 19 litres par kilogramme et par heure.

Nous appelons l'attention sur l'expérience suivante, qui paraît plus détaillée que les précédentes, au point de vue des accroissements successifs de la pression.

Expérience XXII. — Chien griffon de 3ki',D00. Pression à l'inspiration, 0™,18; pression à l'expiration, 0™,17 pendant lo minutes; ventilation par kilogramme et par heure, 38 litres.

Ici un repos :

Pression à l'inspiration, 0™,08; pression à l'expiration, 0'",24 pendant Ib minutes; ventilation par kilogramme et par heure, 39 litres.

Ici un repos :

Pression à l'inspiration, G™, H ; pression à l'expiration, 0,29 pendant 17 minutes; ventilation par kilogramme et par heure, 33 litres.

Ici un repos :

Pression à l'inspiration, 0™,lo ; pression à l'expiration, 0", 29 pendant 15 minutes; ventilation par kilogramme et par heure, 36 litres.

Ici un repos :

Pression à l'inspiration, 0™,19; pression à l'expiration, 0", 29 pendant lo minutes; ventilation par kilogramme et par heure, 23 litres.

Ici un repos :

Pression à l'inspiration, 0™,30; pression à l'expiration, 0°i,29 pendant 5 minutes; ventilation par kilogramme et par heure, 10''S7; alors il s'asphyxie, et on fait la respiration artificielle.

Après repos :

Pression à l'inspiration, 0™,29; pression à l'expiration, 0'",2I ; respire bien de 'ô h. 37 à G h. 5 et donne alors une ventilation de 13''S8 (suffisante); mais de 6 h. 5 à 6 h. 17, il s'asphyxie avec une ventilation de 6*'S5 (insuffisante).

On diminue encore la pression :

Pression à l'inspiration, 0™,2a ; pression à l'expiration, 0™,11; ventilation, o'^jT). Alors il s'asphyxie.

Il ressort de cette expérience qu'une ventilation qui serait normalement, chez un petit chien de 3'''' ,50, égale à oO litres environ, devient, quand la pression s'élève, égale à 3o litres environ ; qu'elle est suffisante encore avec 23 litres, mais insuffisante avec 10'", 7. On remarquera aussi l'effet de la fatigue, très caractéristique, puisque le chien ne peut plus avoir à la fin de l'expérience la même ventilation qu'au début, toutes conditions égales d'ailleurs.

Expérience XXIII. — Chienne de 6k'i,300 (reçoit 0s'-,4 de morphine).

Pression à l'inspiration, 0™,12; pression à l'expiration, 0™,12.

De 2 h. 30 à 3 h. 30, ventilation égale à 100''',lo : soit par kilogramme par heure, 16 litres.

De 3 h. 30 à 3 h. 50: pression à l'inspiration, 0'°,12; pression à l'expiration, ©"".IG; ventilation par kilogramme et par heure, iO''S8.

De 3 h. 50 à 4 h. 10: pression à l'inspiration, 0",i2; pression à l'expiration, 0",21 ; ventilation par kilogramme et par heure. 11''', 4.

De 4 h. 10 à 4 h. 30: pression à l'inspiration, 0'°,ir, pression à l'expiration, 0™,25; ventilation par kilogramme et par heure, 11 '",9.

De 4 h. 30 à 4 h. o9 : pression à l'inspiration, 0™,12; pression à l'expiration, 0™,32 ; ventilation par kilogramme et par heure, H'^SS.

De 4 h. o9 à 0 h. 19 : pression à l'inspiration, 0™,12; pression à l'expiration, 0™,36; ventilation par kilogramme et par heure, 10''',4.

De 3 h. 19 à o h. 30 : pression à l'inspiration, 0™,12; pression à l'expiration, 0'^,39-, ventilation par kilogramme et par heure, 9''', 6.

La pression étant portée (à l'expiration) à 0'°,44, le chien s'asphyxie.

Expérience XXIV. — Chien de 8 kilogrammes. Pression à l'inspiration; 0™, 20 ; pression à l'expiration, 0™,18; ventilation par kilogramme et par heure, ig^^S.

Expérience XXV. — Chienne de 7 kilogrammes (0,02 de morphine). Pression a l'inspiration, 0™,38; pression à l'expiration, 0™,13; ventilation par kilogramme et par heure, 14 litres.

Expérience XXVI. — Chienne de Si^^SôOO. Pression [à l'inspiration, 0™,28; pression à l'expiration, 0™,10; ventilation par kilogramme et par heure, 36''', o. — Alors on élève la pression à 0™,43, ce qui amène l'asphyxie en 2 minutes, avec une ventilation par kilogramme et par heure, loiiS2. — Pression à l'inspiration, 0™,35; pression à l'expiration, 0™,10, ventilation par kilogramme et par heure, 21, o; pression à l'inspiration, 0,41 ; pression à l'expiration, 0^,10; ventilation par kilogramme et par heure, lV'^^,i (insuffisante).

L'ensemble de ces faits peut se résumer dans le tableau suivant :

D'après des expériences faites par l'un de nous^ on doit supposer que, chez des chiens normaux respirant avec une pression faible, soit environ 0™,05 d'eau, la ventilation est la suivante : (Elle varie, bien entendu, avec le poids de l'animal.)

Ventilation

par kilogramme et par heure.

Chien

de

kilo

grammes.

20 litres.

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