ET DE
l'urée de l'urine
Par MM. A. Étard et Ch. Richet.
Nous avons imaginé un procédé qui permet de doser séparément les matières extractives d'une part, d'autre part les matières extractives et l'urée. Ce procédé, facilement applicable à la clinique médicale, repose sur la comparaison de l'action du brome sur l'urine en solution acide et en solution alcaline.
Le dosage du brome se fait par le protochlorure d'étain. d'après la réaction suivante :
IPO + (Br)2 + SriCP = SnCI^O + 2 (HBr). de sorte que le brome disparaîtra d'une liqueur qui contient
une quantité suffisante de protochlorure d'étain, et sera remplacé par de l'acide bromhydrique.
Pour déceler le brome libre, il suffira d'ajouter de i'iodure de potassium : la plus petite quantité d'iode mise en liberté par le brome colorera la liqueur, et le changement de teinte se peut apprécier très facilement.
Nous avions d'abord songé à l'emploi du sulfure de carbone pour déceler la présence de l'iode libre. De fait, le sulfure de carbone est inutile et complique, sans avantage, le dosage de l'iode.
Si l'on ajoute un grand excès d'eau bromée à l'urine, les matières extractives de l'urine seront oxydées d'après la réaction :
Ri»+H20=:: (HBr)2 + 0.
On constatera alors, après avoir mélangé une quantité connue de brome à de l'urine qu'une partie du brome s'est transformée en acide bromhydrique.
La liqueur stanneuse qui nous a paru le plus convenable comme concentration est celle qu'on peut préparer en dissolvant quatre dixièmes d'équivalent du sel d'étain :
(SnCl^ + 2(H20) ;
soit 90 grammes, dans un litre de liquide représenté par un mélangea parties égales d'eau et d'acide chlorhydrique ordinaire.
Les solutions de protochlorure d'étain ont l'inconvénient de s'altérer au contact de l'air, avec une très grande rapidité. Il faut donc, ou les conserver dans des flacons hermétiquement bouchés et remplis jusqu'au col, puis fermés à l'émeri, ou bien, chaque fois qu'on opère, préparer une solution nouvelle. La pesée doit être faite rigoureusement : car les moindres changements de titre ont une grande influence sur le chiffre final de dosage.
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La préparation d'une eau bromée de concentration convenable peut se faire en dissolvant 32 grammes de brome dans de l'eau saturée de bromure de potassium, et additionnant d'eau de manière à donner un litre de réactif. On a ainsi deux liqueurs telles que oO ce. de l'eau bromée sont saturés par 25 ce. de la liqueur d'étain.
Cela posé, voici comment l'opération peut être faite ; et il est nécessaire de procéder toujours de la même manière, pour avoir des résultats comparables. On verse dans oO ce. d'urine oO ce. d'eau bromée; on laisse quelques minutes les deux liquides en contact. Puis on dose le brome resté libre dans le mélange, au moyen de la liqueur d'étain, après avoir ajouté quelques gouttes d'une solution d'iodure de potassium.
Supposons qu'on ait constaté au préalable que oO ce. de la solution bromée répondent à 23 ce. de la solution stanneuse. Si , après réaction sur l'urine, 30 ce. de brome sont réduits complètement par 20 ce. de la solution stanneuse, on en conclura que 30 ce. d'urine ont [un pouvoir réducteur équivalent à o ce. delà solution d'étain; soit : à 100 ce. d'étain par litre d'urine.
Or ce chiffre permet de calculer, en poids d'oxyg^ène, le pouvoir réducteur de l'urine d'après l'équation :
SnCP + (HC1)2 + 0 = SnCl* + H^O.
Si la solution d'étain contient 90 grammes de sel par litre, un litre de cette solution absorbe 6^'",4 d'oxygène, par conséquent le pouvoir réducteur de cette urine sera de 0"'',640 d'oxygène par litre.
En général, après le traitement par le brome, l'urine devient presque incolore; mais, dans quelques cas, pour des causes que nous n'avons pu déterminer encore, elle se colore en rose d'une manière persistante; ce qui tient évidemment à certains produits d'oxydation. En tous cas, cette coloration
rose, si Ton y fait quelque attention, ne peut avoir de grands inconvénients pour préciser le moment du virage.
Restent à déterminer les substances qui sont oxydées par le brome. Ni l'urée, ni la créatine, ni la créatinine^ ni la xanthine, ni l'acide hippurique, ne subissent de modifications. L'expérience nous a montré que l'acide urique est oxydé d'après l'équation connue de sa transformation en alioxane et en urée. Mais, même en supposant que l'urine contienne un gramme d'acide urique par litre, cette oxydation ne représente que le dixième environ de l'oxydation totale de l'urine.
Ce sont donc les matières extractives, nombreuses et inconnues encore, qui sont oxydées par l'eau bromée. On sait que, malgré l'incertitude où l'on est de leur constitution chimique, elles constituent un des éléments les plus importants de l'excrétion urinaire, puisqu'on évalue leur poids total à 5 ou 6 grammes par litre d'urine normale.
Certes, ce procédé de dosage par le brome ne donne pas d'indications précises et irréprochables sur la totalité de ces substances. Il donne cependant un renseignement exact sur leur pouvoir absorbant vis à vis de l'oxygène.
Nous reviendrons tout à l'heure sur les chiffres trouvés dans différentes urines; mais il convient d'abord d'indiquer le procédé que nous mettons en usage pour doser l'urée et les autres matériaux organiques de l'urine.
Ce procédé repose sur le titrage de l'hypobromite alcalin après action sur l'urine. En général, on fait agir l'hypobromite alcalin sur l'urine et on mesure le volume du gaz azote qui se dégage dans cette réaction. Il nous a paru préférable d'employer une solution titrée d'hypobromite et de doser cet hypobromite après sa réaction sur l'urine.
Nous nous servons à cet effet de la même liqueur stanneuse, à 90 grammes de sel par litre, qui nous a servi pour le dosage de l'eau bromée, et d'une solution concentrée d'hypobromite alcalin préparée de la manière suivante. On mélange
300 grammes de lessive de soude avec 300 grammes de glace et on ajoute lentement 256 grammes de brome au mélange de glace et de soude : on étend d'eau de manière à faire un litre et on a ainsi une liqueur telle que 50 ce. répondent à environ iOO ce. de la solution stanneuso.
Si, en effet, on fait tomber dans la solution d'hypobromite la solution de protochlorure d'élain très acide, on aura d'abord la réaction suivante :
BrKO + HCl = KCl + HBrO.
Il se dégagera de l'acide hypobromeux, qui réagira sur le prolochlorure d'étain; et il se formera del'oxychlorure d'étain. D'autres réactions ont lieu aussi.
A.insi, avec un excès d'hypobromite, on a :
(HBrO)2 + SnCP = SnCTO + H-0 + Br^ :
de sorte, que, tant que le protochlorure d'étain ne sera pas en quantité suffisante, il y a du brome libre. Bref le titrage pourra être fait comme pour l'eau bromée. Si l'on ajoute de l'iodure de potassium à la liqueur, on verra très bien, par la décoloration complète, le moment précis de la saturation.
Supposons, pour préciser les idées, que 25 ce. d'hypobromite répondent à 50 ce. de la solution stanneuse. Si l'on constate, après action de ces 23 ce. sur 5 ce. d'urine, qu'il n'y a plus réduction que de 30 ce. d'étain, on pourra évaluer par un simple calcul la quantité d'hypobromite réduite par un litre d'urine.
Cette méthode de dosage est d'une extrême précision, si bien que, dans plusieurs titrages consécutifs, différents observateurs trouvent, à quelques dixièmes près, le même nombre pour exprimer la relation d'une solution donnée d'hypobromite avec une solution donnée de protochloriire d'étain.
Nous avons alors cherché à doser l'urée par cette méthode. Si l'on ne met pas un très grand excès d'hypobi'omite, on trouve constamment des chiffres trop faibles; mais, si l'hypo-
broiï)ite est en grand excès, soit, par exemple, 2S ce. de la solution susdite dhypobromite avec 10 ce. d'une solution d'urée à 10 grammes par litre, on obtient alors des chiffres se rapprochant beaucoup du chiffre théorique donné par Téquation suivante bien connue :
COAz^H^ + 0^ = C02 + Az2 + (H20)2.
Voici le résultat de nos derniers dosages, faits avec une solution contenant 20 grammes d'urée par litre : 19,9 — 20,2 — 19,4 — 19,2 — 19,2 — 19 — 19,5 — 20 — 20 — 19,8 — 19,3 —19,5 —20,1.
On voit, que, sans être absolument irréprochables, ces chiffres sont bien préférables à ceux qu'on obtient en faisant le dosage de l'azote dégag-é. En effet, les nombreux auteurs qui ont dosé l'urée par le volume de l'azote, même en se plaçant dans les meilleures conditions, n'ont trouvé que 93 à 95 p. 100 de l'azote indiqué par la réaction théorique; soit, pour une solution d'urée à 20 grammes par litre, 18^'',6àl9 grammes par litre.
Ce n'est pas là, cependant, le principal avantage du titrage de l'hypobromite. Il y a dans l'urine d'autres substances dont le dosage est important à faire et que l'analyse du gaz dégagé ne peut donner. Ainsi l'acide urique ne donne que 40 p. 100 du chiffre théorique; la créatinine ne donne que 60 p. 100. Quant aux matières extractives, ou elles ne donnent pas d'azote, ou elles n'en donnent que des quantités insignifiantes, tout à fait inconnues en tous cas. Le titrage de l'hypobromite remédie à ces inconvénients, au moins en partie, en sorte que l'on obtient toujours un chiffre beaucoup plus fort qu'en dosant le volume de l'azote dégagé.
Nous pouvons donner à cet égard quelques chiffres qui permettront de comparer la valeur relative des deux procédés. Pour faciliter la comparaison, nous exprimons en grammes d'urée par litre d'urine, la quantité d'hypobromite qui a été
réduite dans les diverses urines examinées par nous à cet effet.