ANIMAUX A FOURRURE ÉPAISSE
kilog.
Lapins de 3,400 .. . 10,1
— de 2,900 10,6
1. C'est là le tableau principal et qui résume le mieux toutes ces recherches.
198 CHAULES RICHET.
Calories par unit*' kilo?. de surface.
Lapins de 2\700 10,;;
— de 2,500 10,75
— de 2,300 10,9
— de 2,100 H,3
Chat de 1,700 11,4
Cobayes de 700 12,2
— de 150 13,2
oiseaux (tégument couvert de plumes).
kilo?.
Oies de 3,250 10,9
Canards de 1,500. .... 12,8
Pigeons de 0,300 14,1
Moineaux de 0,020 52,0
Ces chiffres sont tout à fait instructifs, et ils démontrent, avec une pleine évidence, le rôle joué par le tégument dans la fonction calorique. On devra désormais, dans toutes les expériences de calorimétrie, rapporter les chiffres obtenus, non pas au poids, mais à la surface.
Même en rapportant les chiffres à l'unité de surface, les petits animaux semblent encore produire plus de chaleur (on le voit bien pour les lapins par exemple). C'est que, pour de petites sphères, les inégalités de la surface sont plus importantes que pour des sphères volumineuses ; et ce n'est que très grossièrement que l'on peut comparer un animal à une sphère parfaite.
De ces chiffres semble aussi se dégager une autre influence ; c'est celle de la nature du tégument. Les enfants, dont la peau est nue, produisent, par l'unité de surface, plus de chaleur que les animaux qui sont pourvus de fourrure.
Ainsi la production de chaleur a été pour eux de 16,2 par l'unité de surface, tandis qu'elle a été de 10, 11, 12, 14 pour les autres animaux.
Les chiens, dont la peau, sans être nue, est cependant mal pourvue au point de vue de la fourrure, dégagent beaucoup de chaleur par unité de surface : 14,3 et 14,5.
Quant aux autres animaux, à part quelques exceptions peu importantes, on peut tout à fait les ranger par ordre de taille, les plus gros produisant par uni té de surface iinpeu moins que les {tins petits. Mais alors les différences sont bien moindres que quand on prend la production de chaleur par rapport au poids.
Il semble aussi, d'une manière générale, que les oiseaux (oies, canards, pigeons) produisent, toutes conditions de poids égales d'ailleurs, un peu plus de chaleur que les mammifères : lapins, chats, cobayes.
Quant au nombre considérable de calories que donnent les moineaux par unité de surface, il doit rester tout à fait à part, à cause de la petitesse extrême de leur poids.
Notons aussi que la température propre du corps est dans un certain rapport avec la radiation calorique ; ainsi les oiseaux ont une température plus élevée que les lapins, les lapins plus que les chiens, et les chiens plus que les enfants. Donc, les températures centrales chez ces divers animaux étant respectivement à peu près de 4°2°, 40°, 39°, 5 et 37°, cette variation de la température organique tend à contre-balancer l'influence du tégument. Plus la température élevée de l'animal entraîne une radiation intense, plus cette intensité de la radiation est empêchée par un tégument protecteur.
Il y a donc dans la nature une sorte d'équilibre qui tend à s'établir entre la température de l'animal et la force protecrice de son tégument. Plus la température est élevée, plus le tégument est protecteur, sans que l'on puisse dire si l'élévation delà température propre est alors un effet ou une cause.
Il n'y a guère que les petits animaux tout jeunes, dépourvus de fourrure au moment de la naissance, qui réalisent un ensemble de conditions défavorables au point de vue de la conservation de la chaleur. En effet, ils sont de petite taille, et ils ne sont pas protégés par une toison épaisse; aussi sontils, pour ainsi dire, couvés par la mère qui ne peut pas les abandonner, sous peine de les voir périr de froid.
200 CHARLES EUCHET.
En somme, nous voyons que la production de chaleur est.
Fig. GO. — Chaleur dégagée par des oiseaux de taille différente.
Sur l'ordonnée inférieure sont indiquées les minutes. Sur l'ordonnée latérale, les centimètres cubes indiquent la quantité d'eau écoulée, par conséquent la chaleur dégagée. 1 centimètre cube = 83 calories. Les points qui interrompent la courbe indiquent les moments où la mensuration a été faite.
Les pigeons pesaient 325 grammes en moyenne, et les moineaux 20 grammes en moyenne.
La courbe se rapporte à L kilogramme d'animal pour l'oie et le canard : à 500 grammes pour les pigeons, et ii "ir>tl grammes pour les moineaux.
On voit que la production de chaleur est absolument fonction de la taille; les oiseaux produisant, par kilogramme, d'autant plus de chaleur qu'ils sont plus petits.
sur un animal normal, sous la dépendance des dois conditions
Fig. 61. — Mêmes indications que pour les figures précédentes.
Lapin rasé, moyenne de trois expériences (XLI1,L et LIV). — Lapin normal, moyenne de six expériences (Vf, IX, Xlf, XXL XXIX et XL1V). — Pigeons de 350 grammes, moyenne de quatre expériences (I, LVI, VII et XIX). — Cobayes de G)!.", grammes, moyenne de quatre expériences (XXXIX. XL, XUII et XLII). — Cobayes de 145 grammes, moyenne de trois expériences (LVII, XIII, XXIII). — Pour ces derniers, la quantité de chaleur est rapportée à 500 grammes, et non à 1 kilogramme.
suivantes: l°]a surface de l'animal (ce qui signifie que, moins son volume est considérable, plus sa surface est relativement
202 CHARLES KICHET.
étendue) ; 2° la température extérieure; 3° l'état du tégument, la radiation calorique étant d'autant moins grande que la toison est plus épaisse.
Ces faits sont dans leur ensemble connus depuis longtemps ; ils n'en sont pas moins importants à établir; car ils montrent à quel point toutes les parties de l'organisme vivant sont liées les unes aux autres par une solidarité étroite; la consommation chimique des tissus dépendant du milieu extérieur et de la surface tégumentaire. .
De quelques conditions qui modifient la production de chaleur.
Nous allons donner rapidement quelques indications sur diverses influences qui modifient la production de chaleur.
Une des plus importantes, c'est l'état du tégument. Ainsi qu'on devait s'y attendre, quand le tégument est rasé, la production de chaleur est beaucoup plus grande.
Nous avons précédemment démontré que les lapins complètement rasés ont une température légèrement inférieure à celle des lapins dont la fourrure est intacte1. Cette différence est d'un demi-degré environ : les lapins rasés ayant 39°, 2, alors que les lapins non rasés ont 39°, 7. Nous avons remarqué, en outre, que les lapins rasés mangent beaucoup plus que les autres, comme si, pour suffire à une déperdition de calorique plus abondante, ils devaient consommer une plus grande quantité d'aliments.
Cette loi s'est trouvée confirmée par une bien intéressante observation que nous avons pu faire, avec M. R. Dubois, au
1. Revue scientifique, 1884, 2e sem., p. 303. — Voyez aussi la figure donnée précédemment (fig. 60, p. 200).
laboratoire du Havre. Il s'agissait d'un lapin présentant une curieuse monstruosité. Sa peau était dépourvue de poils. Or cet animal était d'une voracité extraordinaire, à ce point que le garçon de l'aquarium le disait atteint du ver solitaire Malheureusement la température de ce lapin à peau nue n'a pas été prise. (Il mourut le lendemain de notre arrivée au laboratoire.)
En outre, les lapins rasés diminuent de poids constamment, alors que, dans les mômes conditions, les lapins non rasés augmentent constamment de poids.
11 y a donc là quatre phénomènes corrélatifs : les lapins rasés mangent plus que les autres ; ils diminuent constamment de poids ; ils ont une température plus basse ; ils perdent plus de chaleur.
Je donnerai quelques chiffres au sujet de la perte de poids des lapins rasés.
kilog.
26 octobre 2,400 Rasé ce même jour.
3 novembre 2,3.'i0
28 — 2.125 Rasé de nouveau.
6 décembre 2,305 Le poil commence à repousser.
26 janvier 2,480
On voit que le fait d'être rasé, s'il n'a pas fait perdre finalement beaucoup de poids, au moins a empêché la croissance de l'animal.
Deux jeunes lapins d'une même portée sont mis en comparaison; l'un pesant ik*,520, l'autre pesant lkg,508. Au bout de onze jours, celui qui a été rasé a augmenté de 165 grammes; l'autre, non rasé, a augmenté de 372 grammes.
D'autres expériences analogues, que je ne rapporte pas ici, ont été faites, et elles donnent le même résultat.
Au point de vue de la production de chaleur, avant d'opérer avec mon calorimètre à siphon, j'avais constaté que le rayonnement était plus grand pour les lapins rasés. Ayant placé un lapin devant un réflecteur en cuivre poli, concave, qui concentre les rayons calorifiques sur la boule d'un thermomètre de Leslie, j'ai trouvé que le rayonnement d'un lapin normal faisait dévier le thermomètre de 4,5; tandis qu'un lapin rasé le faisait dévier de 8,5. Le lendemain, un lapin normal donnait une déviation de 3,5, et un lapin rasé de 7,5.
Pour les expériences de calorimétrie, voici les chiffres calorimétriques trouvés avec un récepteur calorimétrique différent de la boule (couveuse de M. d'ArsonvalV.