‹ Physiologie; (volume 5)Chapitre 46 sur 93 · UC · texte numérisé non relu

UC

Cr^O^Ks 1,23

Fermentations

de 40 heures.

Moyennes.

En comparant entre eux les chiffres absolus de toxicité, on a le tableau suivant (en chiffres ronds) :

Bases

Potassium.

Uranium. .

Magnésium.

Piomb. . .

Calcium . .

Nickel. . .

Lithium. .

Cobalt. . .

Rubidium .

Cuivre . . .

Strontium.

Thallium . .

Fer. . . .

Cadmium. .

Baryum. .

Mercure . .

Manganèse

Argent . . .

Zinc . . .

Acides'

Chlorures .

Fluorures. .

Sulfates. .

Séléniates. .

Bromures.

Arséniates .

lodures. .

Chromâtes .

Phosphates

Conclusions et théorie.

On objectera peut-être, en constatant cette relation entre la diffusion d'un métal dans la nature et son innocuité rela-

1. Pour ce qui est de la toxicité de l'acide (radical électro-négatif) contenu dans les sels, il est à remarquer qu'elle est extrêmement variable suivant la durée de la fermentalion, de sorte que la moyenne des fermentations longues et courtes est vraiment illusoire. Ainsi, pour le phosphate de potasse, la dose toxique, après 20 heures, est voisine de 350. Mais, après 40 heures, la dose toxique est de 3 000. Dans certains cas, après trois jours de fermentation, pour la dose de 2 000 dix millièmes de molécule, l'acidité était de 300 (par rapport à 100, acidité du témoin). Avec l'arséniate de potasse, toxique à la dose de 12 au début, le résultat est plus étonnant encore. Au 3* jour de fermentation la dose toxique est voisine de 2 000; et à 1 250, la fermentation est de 140 (si le témoin a 100). Aussi ne donnons-nous ici, pour les acides, que les résultats de la fermentation courte.

J'ai aussi cherché à voir les différences d'action entre les sulfites et les sulfates, les phosphites et les phosphates : et je m'attendais à trouver un écart considérable. Il n'en est rien*. La dose toxique des sulfites est à peine plus faible que celle des sulfates, et celle des phosphites est aussi très voisine de celle des phosphates.

tive, que cette relation pouvait être soupçonnée a priori^ et qu'elle s'imposait, tant elle est conforme à la condition biologique des êtres. Mais ce n'est pas une objection. Car une loi que l'on n'a pas encore indiquée est évidemment nouvelle, et une vérité, fût-elle simple et éclatante, a fort bien pu passer inaperçue.

Et, d'ailleurs, tous les efforts faits par divers physiologistes, Blake, Rabuteau et moi-même, à chercher une relation entre la toxicité d'une part et d'autre part le poids atomique des sels, leurs propriétés osmotiques, etc., indiquent nettement qu'on n'avait pas, jusqu'à présent, cherché, dans le domaine de l'évolution biologique ancestrale, la loi qui dirige la toxicité comparative des métaux.

Si le potassium, le sodium, le calcium, le magnésium sont dénués de toute toxicité, c'est parce qu'ils sont très abondants dans la nature, et que ni les végétaux, ni les animaux n'eussent pu prospérer et croître dans les milieux toxiques.

Mais ce n'est pas seulement ainsi qu'il faut envisager la question. L'élément essentiel de la vie, l'albumine (ou protéose), sous ses diverses formes, est la trame essentielle de tout protoplasme vivant, et la toxicité d'un métal pour un organisme se ramène en dernière analyse à l'action que ce métal (à l'état de sel) exerce sur le protoplasme pour le coaguler ou le décomposer. On voit donc que les métaux très communs sont ceux qui ne coagulent pas le protoplasme. Or ce n'est pas là un fait de hasard, un phénomène accidentel ; c'est la conséquence normale de la constitution métallique de notre planète. Les êtres vivants, en évoluant pour donner des formes diverses différenciées, ont subi les conditions que la constitution métallique du sol et des eaux leur imposait. Les propriétés chimiques de V albumine protoplasmique sont la conséquence de la structure planétaire.

Quand donc nous disons : les êtres ont évolué, nous devrions dire : l'albumine a évolué. Or elle n'a pu évoluer qu'en se conformant au milieu, c'est-à-dire en ne se coagulant

pas par les sels de potassium, de sodium, de calcium et de magnésium. La structure chimique de l'albumine n'était pas nécessaire, elle est le résultat d'une évolution, d'une adaptation au milieu, et nous pouvons imaginer qu'elle eût été toute différente, si le mercure eût été aussi abondant que le potassium, et si les chromâtes eussent été aussi répandus que les chlorures.

D'ailleurs on ne peut rigoureusement comparer que les métaux comparables. Étant donné que les sels de potassium sont extrêmement abondants, il s'ensuit qu'un métal très analogue au potassium, et donnant, à quelques nuances près, toutes les mêmes réactions chimiques, se comportera, au point de vue toxique, presque comme le potassium. C'est le cas du rubidium, presque identique au potassium. On ne peut supposer, puisque le potassium est absolument inoffensif (pour les cellules non nerveuses) que le rubidium, si voisin du potassium, sera extrêmement toxique. De fait, sa toxicité n'est que cinq fois plus forte ; mais c'est assez pour que la loi soit ainsi vérifiée.

Le zinc est très diffusé dans la nature, mais à dose très faible. Aussi est-il toxique ; mais de toxicité modérée, alors que le cadmium, extrêmement rare, et qui lui ressemble presque autant que le rubidium au potassium, est extrêmement toxique (douze fois plus toxique que le zinc).

On peut considérer comme très abondants dans la nature le potassium, le sodium, le calcium, le magnésium. De là, cette conclusion que, parmi les métaux, ceux qui ressemblent beaucoup à ces quatre métaux seront inoffensifs. Nous avons, dans l'ordre du sodium et du potassium, le lithium et le rubidium, plus toxiques, mais encore très peu inoffensifs ; dans la famille du calcium et du magnésium, nous avons le strontium et le baryum.

Calcium toxique à 2 000 Strontium — à 1 2o0 Baryum — à 430.

Et cet ordre de toxicité répond très bien à la diffusion de «os trois métaux.

Le fer est très répandu; il est presque inoffensif; mais les métaux de la famille du fer, bien moins répandus que le fer, sont de plus en plus toxiques, à mesure qu'ils sont plus rares. Le manganèse, qui se trouve partout, qui fait partie intégrante, comme Font montré des analyses délicates, de tout organisme vivant, le manganèse est peu toxique. Le nickel, assez rare, l'est bien davantage; et le cobalt qui partout, mais en petite quantité, accompagne le nickel, est aussi beaucoup plus toxique.

On peut comparer encore les sels de cuivre, d'or, de mercure et d'argent. Le cuivre est, parmi ces métaux, de beaucoup le plus répandu : c'^est aussi, de beaucoup, le moins toxique.

Il y a en quelque sorte quatre familles de métaux, au point de vue de la diffusion dans la nature.

Métaux très répandus, K, Na, Ca, Mg.

Métaux modérément répandus, Fe, Mn.

Métaux assez rares, Zn, Pb.

Métaux rares, Cu.

La toxicité des métaux très communs est voisine de 2 500

Celle des métaux modérément répandus ^500

Celle des métaux assez rares ^100

Celle des métaux rares = 23.

Dans ces quatre familles, on trouve, à côté des métaux -que nous venons de mentionner, d'autres métaux chimiquement analogues, exactement comparables, mais bien moins répandus : le rubidium à côté du potassium ; le baryum et le strontium à côté du calcium; le cadmium à côté du zinc ; le thallium à côté du plomb ; l'or, le mercure et l'argent, à côté du cuivre. Or ces métaux bien plus rares sont aussi toujours bien plus toxiques que les métaux aux-

quels on peut les comparer, et parfois les différences sont énormes ; le mercure est 25 fois plus toxique que le cuivre ; le tliallium est 40 fois plus toxique que le plomb ; le cadmium 100 fois plus toxique que le zinc; \e cobalt 200 fois plus toxique que le fer; le baryum 10 fois plus toxique que le calcium.

La loi s'applique presque aussi bien au radical acide des sels qu'à leur radical basique. Les sulfates, phosphates, chlorures, sont très abondants : ils sont peu offensifs ; les séléniates, qui sont bien plus rares que les sulfates, sont beaucoup plus toxiques, encore que les analogies chimiques entre sulfates et séléniates soient considérables. Les tellurates, homologues des séléniates et des sulfates, sont beaucoup plus rares et beaucoup plus toxiques. Les fluorures, qui n'existent pas dans la nature (en solution tout au moins, car en milieu neutre ou basique ils précipitent les sels de Ca et de Mg), sont très toxiques, 100 fois plus que les chlorures, et quant aux arséniates, leur toxicité (qui est celle des phosphates) n'est pas bien forte, ce qui s'explique par la diffusion extrême de l'arsenic. Si l'on compare les chromâtes aux arséniates, on voit qu'un chromate est 500 plus toxique qu'un arséniate, et de fait il n'y a pas de chrome dans les eaux, le sol et les organismes.

Assurément on a le droit de chercher et peut-être aurat-on l'heureuse fortune de trouver une relation entre les propriétés chimiques des corps et leur toxicité ; mais il faudra désormais se rappeler que cette relation chimique sera une relation acquise. Elle est la conséquence de l'évolution biologique de l'albumine.

L'albumine s'est constituée par la lente adaptation des êtres au milieu. C est par suite de cette adaptation qu'elle n'est ni précipitée, ni décomposée, ni coagulée par les sels des métaux très communs.

NOUVELLES EXPÉRIENCES SUR LA CRÉPITINE ET L'ACTINO-CONGESTINE ANAPHYLAXIE ET IMMUNITÉ Par M. Charles Richet.

Crépitine et détermination de sa toxicité.

En poursuivant mes recherches sur la crépitine (toxine extraite de Hi^ra crepitans), j'ai pu tout d'abord vérifier et confirmer quelques-uns des faits que j'avais antérieurement établis ^ Il ne me paraît pas superflu de les publier; car, en des questions aussi délicates, la confirmation n'est pas chose indifférente. Trop souvent on appuie des conclusions sur un petit nombre d'expérimentations. Seule la répétition des expériences permet une base stable sur laquelle on peut s'appuyer pour aller plus avant.

Avec l'ancienne crépitine, j'ai pu constater tout d'abord que, conservée à l'état de poudre sèche, elle ne perdait nullement ses propriétés toxiques. En avril et en décembre 1909, sa toxicité était restée la même.

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