‹ Physiologie; (volume 5)Chapitre 59 sur 93 · TOME VII · texte numérisé non relu

TOME VII

306 CHARLES RIGHET.

tine jaune extrêmement pure, entièrement soluble dans^ 60 p. 100 d'alcool, est injectée à la dose de 08'',014 à Grippe- Soleil. Il vomit, a une diarrhée intense, se couche, mais cependant peut se tenir debout. La respiration est difficile, mais il n'a ni coma, ni cécité psychique. Il meurt dans la nuit,

Le même jour, on injecte à Antonio 0e'',013 de congestine noire à 4 h. 58. A 5 h. 8 Antonio a de la diarrhée, titube en marchant. Mais il ne vomit pas, et ne paraît pas très malade, quoiqu'il soit un peu affaissé (moins que Grippe-Soleil).. A 5 h. 15, il vomit. Il survit.

On a vu plus haut c[\i Escarbagnas y préparée avec la congestine noire, n'a eu aucune anaphylaxie quand on lui a réinjecté la congestine noire.

Ainsi^ contre Vinjection de congestine noire très pure, la congestine jaune très pure a été notablement plus déchaînante que la congestine noire.

Angélique a reçu le 30 novembre 08', 04 de congestine noire. Le 28 janvier, au 59® jour, elle reçoit 08'',0064 de congestine jaune. L'état anaphylactique est très net. Vomissements, diarrhée, hébétude, presque de la cécité psychique,, respiration dyspnéique, état grave.

Martine d.YQ(^w. le 11 février 08',045 de congestine noire. Le 11 avril, soit au 59*^ jour, elle reçoit 08'',007 de congestine noire (une congestine noire très bien purifiée). Effet absolument nul. Alors on lui injecte 08'",007 de congestine jaune très pure. Aussitôt elle a de la diarrhée, de l'abattement,, ne peut plus se tenir debout, et pendant un moment est tout à fait insensible. Mais ces symptômes graves disparaissent vite. Angélique, déjà expérimentée deux fois (et qui a reçu de la [congestine noire et de la congestine jaune), reçoit d'abord O^^OOT^^de congestine noire. Nuls effets. Alors on lui injecte de la congestine jaune, 08'',007, et aussitôt se déchirent des phénomènes graves d'anaphylaxie qui, d'ailleurs,, passent vite.

Ces expériences sont extrêmement instructives ; montrant qu'un chien anaphylactisé par la congestine noire est beaucoup plus sensible à l'injection déchaînante de congestine jaune qu'à celle de congestine noire elle-même.

Si l'on compare ces résultats aux injections faites avec les crépitines noire et rouge, on est amené à conclure que, dans une toxine naturelle, il y a probablement deux substances différentes, l'une surtout préparante, l'autre surtout déchaînante, ce qui infirme dans une certaine mesure l'apparente spécificité de l'anaphylaxie.

Antianaphylaxie avec la congestine.

J'ai pu répéter avec la congestine une belle expérience de Besredka sur l'antianaphylaxie. Les résultats ont été très nets.

Le 26 mai, Cléante et La Brie, préparés par des injections antérieures de congestine, reçoivent dans le péritoine, Cléante, 08^'',015 et La Brie 08i',017 de congestine jaune. Ils ne paraissent malades ni l'un ni l'autre, et en etîet l'injection péritonéale de congestine qui passe lentement dans le sang ne déchaîne que très difficilement l'anaphylaxie. Pourtant, cette injection a été antianaphylactisante ; car, 48 heures après, quand une autre injection a été faite par la veine, Cléante et La Brie n'ont présenté que peu de symptômes. La Brie, qui avait reçu 08'',024,a de la diarrhée et vomit, mais il est à peine malade, et d'ailleurs il survit à cette dose, qui sans exception est mortelle, en injection seconde, chez des animaux anaphylactisés. De même, Cléante reçoit 0»'", 021 dans la veine; il vomit, mais est à peine malade, conserve toute sa gaieté et survit.

On peut faire l'expérience d'une autre manière, c'est-à-

dire, comme Ta aussi proposé Besredka, en faisant Imjection très diluée.

Le 3 mai, on prend 4 cliiens préparés par des injections antérieures de congestine, et on injecte à deux d'entre eux la solution concentrée de congestine jaune très pure à 2 p. 100.

Chérubin reçoit 08'',0115 et présente une anaphylaxie très forte. Il meurt le 5 mai.

Almaviva reçoit aussi 0fe''',0115 et a une intense anaphylaxie. Il meurt au bout de 4 heures.

Au contraire, les 2 autres chiens, qui sont injectés par une solution très diluée à 0,2 p. 1000 (soit 100 fois plus faible), ne sont pas très malades.

Figaro reçoit 0s'-,0115, de 4 h. 17 à 6 h. 12. Il a de la diarrhée et un prurit extrêmement fort, frénétique. Mais il n'est pas malade, et d'ailleurs il survit.

Alain reçoit aussi Os',0115 en injection diluée, de 6 h. 22 à 6 h. 45. Il n'est nullement malade, a des démangeaisons assez fortes. Mais c'est tout, et il survit.

Cette expérience est absolument concluante; mais je dois ajouter qu'elle ne paraît pas devoir réussir toujours, ou, tout au moins, pour qu'elle réussisse, Tinjection doit être faite avec une certaine lenteur. Marfurius et Bélise, préparés par des injections antérieures, reçoivent le 19 mai : Marfurius, 08'',018de congestine jaune en solution (concentrée) à 2 p. 100 et Bélise 08% 021 d'une solution (diluée) à 0,30 p. 100. Marfurius ei Bélise meurent dans la nuit, après avoir eu des phénomènes d'anaphylaxie intense, surtout Marfurius.

Mais l'expérience faite sur Bélise a donné un résultat bien intéressant, que d'autres expériences viennent nettement confirmer.

De 4 h. 3 à 4 h. 7, elle reçoit 08'",0026 de congestine. dose faible, mais qui suffît à provoquer l'anaphylaxie. De 4 h. 7 à 4 h. 13, sans nouvelle injection, l'état s'aggrave, la respi-

ration est dyspnéique, angoissée. L'animal reste couché par terre, sans pouvoir se relever. Les pupilles sont dilatées, les yeux hagards ; insensibilité absolue, état très grave à 4 h. 17.

A 4 h. 17, on continue l'injection de 4 h. 17 à 4 h, 30. Pendant l'injection même (injection de 08'',195 de congestine), l'animal se rétablit, si bien que, lorsque l'injection est finie, Bélise va beaucoup mieux, peut aller et venir dans le laboratoire. A 6 heures, elle semble en très bon état.

J'avais déjà mentionné (p. 795, Anii. de rinstitut Pasteur, 1909) l'expérience faite avec le chien Poiirceaugnac, anaphylactisé, qui reçoit 08'',0037 de congestine.il est extrêmement malade, mourant, et l'injection d'une dose énorme de 08', 08 namène aucun changement.

Avec la crépitine, le résultat est le même. Le çhien Lille, anaphylactisé, reçoit à 5 heures 08'',002 de crépitine noire; la respiration devient dyspnéique, il se couche, très hébété, avec symptômes anaphylactiques très nets. A 5 h. 8, on continue l'injection, et, de 5 h. 8 à 5 h. 12, il reçoit 08',008 de crépitine noire. // semble guil se rétablisse pendant Cinjection même, et, quand l'injection est terminée, il est tout à fait guéri et ne paraît nullement malade.

Cocotte, anaphylactisée, reçoit de 3 h. 20 à 3 h. 24 la dose de 08'',0033 de crépitine. A 3 h. 27 elle vomit (vomissements fécaloïdes), est hébétée, triste, a de la titubation et de l'incertitude dans la démarche. A 3 h. 30, elle est remise. Alors, de 3 h. 30 à 3 h. 33, on injecte encore 08^0033. Nul efîet, sinon des démangeaisons. On achève l'injection, qu'on pousse à l'énorme dose de 08', 01 4 et les symptômes s'aggravent à peine. La conscience est intacte. L'animal va, vient, peut se tenir debout et se conduire.

On peut expliquer assez facilement tous ces phénomènes d'apparence paradoxale, si l'on se représente bien la différence qu'il y a entre l'injection d'une substance toxique chez un animal normal et l'injection d'un antigène chez un animal anaphylactisé. La substance toxique agit avec d'au-

tant plus d'intensité qu'elle est en quantité plus grande. Soient les doses a, 2a, 2a, ka, etc., l'intensité des phénomènes sera 1, 2, 3, 4, etc. Mais, sur un animal anaphylactisé, la toxicité de l'antigène est nulle en soi ; elle n'acquiert de valeur que par sa combinaison avec la toxogénine. Si donc il n'y a que 2 de toxogénine capables de se combiner avec 2 d'antigène, peu importe qu'on injecte encore 3, 4, 5, 6 d'antigène; l'intoxication (par l'apotoxine) s'arrêtera, et poursuivra son évolution normale, passagère. En fait, si la quantité de toxogénine est faible, quelques minutes après l'injection de 2 de l'antigène, tout sera terminé, et les injections de 3, 4, 5, 6 d'antigène n'auront plus aucun effet, puisqu'il n'y aura plus de toxogénine libre pour se combiner avec l'antigène et former la seule combinaison qui soit toxique, l'apotoxine.

Supposons, pour bien fixer les idées sur ce point important, que 1 gramme d'émulsine en se combinant avec 1 gramme d'amygdaline, va donner 1 gramme d'acide cyanhydrique, dose immédiatement mortelle, alors, si un animal n'a que O^^l d'émulsine dans son sang, l'injection de 10 grammes d'amygdaline n'aura pas plus d'effet que l'injection de 08', 1. Aussi, après avoir injecté O^'',! d'amygdaline, ne verra-t-on pas croître les effets toxiques, encore qu'on continue l'injection.

C'est probablement de cette manière qu'on peut expliquer très simplement les effets de l'antianaphylaxie. Une très faible dose d'antigène va produire une très faible quantité d'apotoxine, laquelle donnera son effet toxique, mais se détruira vite (car c'est le caractère de l'apotoxine d'être rapidement détruite). Alors le sang de l'animal ainsi anaphylactisé contiendra une moindre quantité de toxogénine, puisque une partie de cette toxogénine s'est déjà combinée à l'anti^ gène ; et, par conséquent, il ne pourra plus réagir aux injections déchaînantes ultérieures, ayant perdu tout ou partie de sa toxogénine.

C'est ainsi que les phénomènes les plus paradoxaux de 'l'anaphylaxie peuvent être expliqués par une théorie extrêmement simple, laquelle n'est que la généralisation du fait élémentaire de l'intoxication cyanhydrique par l'amyg'daline et l'émulsine.

De l'anaphylaxie générale.

Je puis démontrer que les animaux ayant reçu une toxine anaphylactisante sont devenus par ce seul fait un peu plus sensibles à l'action des autres poisons.

J'appellerai, pour simplifier, anaphi/laxie générale cette hypersensibilité plus grande, acquise par des injections antérieures. Cet accroissement de sensibilité générale est un phénomène de grande importance : car il peut dans une certaine mesure expliquer les variations individuelles aux diverses actions toxiques, que présentent des sujets de même espèce, de même âge, de même race.

Je n'ai fait cette démonstration que pour la sensibilité à Tin seul et unique poison, l'apomorphine, et même pour un seul symptôme de l'intoxication apomorphique, le vomissement. Mais les résultats sont tout à fait probants, et, à ce qu'il semble, légitiment une conclusion générale.

Si l'on prend une solution de chlorhydrate d'apomorphine à 0ê'',2,5 par litre, on constate que les chiens normaux auxquels on injecte dans le péritoine 2 centimètres cubes par kilogramme de la solution, soit 0°'',0005 d'apomorphine, A^omissent au bout de S à 8 minutes, et cela sans exception. A la dose de l'^'^,!, soit 0?', 00275, en général, ils ne vomissent pas.

En outre le vomissement se produit très vite. Les chiens qui sont restés 8 à 9 minutes sans vomir, définitivement ne vomissent pas.

Dose émétisante de Tapomorphine. Chiens normaux.

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