TOME VU
être assez précis pour qu'on soit fixé sur l'issue heureuse ou malheureuse de la maladie.
Voici en effet les chiffres trouvés sur XII chiens dont VI sont morts et dont VI ont survécu après avoir reçu une injection intra-veineuse de crépitine : la numération a été faite du i" au 12^ jour.
Chiens aj'ant succombé.
California 17 000
Indiano 16 000
Potomac 15 500
Alceste ...... 30000
Vasco 7 000
Chicago. ..... 17000
Moyenne. . . 17 000
Chiens ayant survécu.
Tucaraqua 26 000
Ténériffe 42 000
Diafoirus 36 000
Texas 44000
Arkansas 36 000'
Hudson 30 000
Ainsi, chez les chiens qui doivent survivre, laleucocytose au 6*^ jour environ est considérable, deux fois plus forte que chez les chiens qui doivent mourir. Nous pouvons voir dans cette constatation une nouvelle preuve du rôle prépondérant que jouent les leucocytes dans la défense de l'organisme et dans la réparation des accidents causés par une intoxication.
Persistance de la leucocytose après une injection de peptone. — Nous venons de voir que l'injection d'une toxine (crépitine) dans le sang est suivie d'une hyperleucocytose qui se prolonge parfois plus de 5 mois.
Un fait analogue, à l'intensité près, se retrouve après injection d'une substance peu toxique, voire même inoffensive : la propeptone.
La propeptone que nous avons expérimentée avait été purifiée par 2 précipitations à l'alcool (propeptone insoluble dans l'alcool à SO p. 100). Dans ces conditions, injectée à des doses égales ou inférieures à 1 gramme par kilo, elle n'est pas mortelle pour le chien.
Les chiens qui ont servi à nos expériences ont reçu dans
LEUCOCYTOSE EXPÉRIMENTALE. ^39
le sang directement les closes, par kilogramme, en grammes, de :
Gomme nous le verrons plus loin, ces doses, quoique très différentes, n'ont pas déterminé des effets proportionnels sur la leucocytose.
Combien de jours après Nombre de leucocytes l'injectioii
par centième de millimètre cube de
(en chiffre absolu). Moyenne, peptone?
Ainsi, deux mois après l'injection de peptone, il y a encore hyperleucocytose, et ce n'est qu'au bout de deux mois et demi qu'elle a à peu près disparu. C'est là un fait intéressant, qui montre avec éclat l'extrême et prolongée sensibilité des organismes aux agents toxiques, même faibles, puisque, même au bout de 2 mois, on peut encore constater que l'organisme est modifié.
Si, au lieu d'injecter directement dans la veine lapropeptone, on l'injecte dans le péritoine, on constate que l'injection d'une faible dose n'a pas des effets aussi prolongés, mais on est frappé cependant de la persistance de l'hyperleucocytose, étant donnée la faiblesse de la dose injectée.
Là encore les résultats sont les mêmes, ou à peu près, selon que le chien a reçu dans le péritoine, par kilogramme, 0,005, 0,0003 ou 0,00005 de propeptone.
Nombre de jours
Nombre de leucocytes pendant lesquels
par centième de millimètre cube persiste
(en chiffre absolu). Moyenne, l'hyperleucocytose.
38, 109, loo, 131 108 14
Ainsi il faut attendre douze jours pour voir disparaître les effets de cette faible dose de peptone sur la leucocytose.
La leucocytose produite par l'mjection intra-péritonéale de peptone ou d'albumine est indépendante de la dose injectée. — Nous avons dit dans le chapitre précédent que les effets sur la leucocytose étaient indépendants de la dose injectée; nous donnons maintenant ici les résultats de nos constatations.
Tout d'abord, nous ferons remarquer que ces résultats ont été obtenus aussi bien avec des solutions de peptone qu'avec des solutions d'albumine.
C'est ainsi que nous avons employé du sérum musculaire préparé aussi aseptiquement que possible et injecté immédiatement après sa préparation, qui durait à peine 10 à 15 minutes. Ce sérum filtré et dilué dans une solution de NaCl à 75 p. 4 000 stérilisée, était injecté dans le péritoine le matin vers 9 heures.
L'examen leucocytaire était fait le soir vers 3 heures. En voici les résultats. Ils montrent nettement que la leucocytose qui suit l'injection est indépendante de la dose de sérum dilué.
Injection de sérum musculaire.
Nombre de leucoc}-tes.
Moyenne.
Pur
Dilué à 1/10
LEUCOCYTOSE EXPÉRIMENTALE. 34ï
Nombre
Injection de sérum musculaire.
de
leucocytes.
Dilué à 1/100
loO
Diluéà 1/1000
Dilué à 1/10000
Nous devons rapporter une partie des effets obtenus à la solution de NaCl qui servait d'excipient, mais nous savons que pour la même dose injectée (Icc.) les effets produits par cette solution physiologique sont bien moindres (143 au lieu de 180, 190, 215, 202).
L'effet de cette hyperleucocytose considérable obtenue avec le sérum musculaire doit donc être attribué aux albumines coagulables contenues dans ce sérum.
Nous en avons la preuve dans ce fait que ce même sérum musculaire dilué, chauffé à 100°, filtré et stérilisé à nouveau, n'a provoqué qu'une faible réaction leucocytaire, comparable à celle qu'aurait produite la solution physiologique dans laquelle il avait été dilué. Voici en effet les résultats obtenus avec des injections de sérum musculaire chauffé :
Leucocytose.
Moyenne 140
Les chiffres précédents se rapportent à des chiens neufs. Nous pouvons leur en adjoindre d'autres obtenus sur des chiens qui avaient déjà reçu au préalable quelques injections péritonéales (crépitine) ; les chiffres concordent parfaitement avec ceux que nous avons rapportés plus haut.
Moj^enne
Nombre de chiens
de la leucocytose.
examinés.
Sérum musculaire. . . .
Sérum dilué au 1/10. . .
Si, au lieu de s'adresser au sérum musculaire, on emploie des solutions de propeptone purifiée, les résultats sont encore plus concluants, car, pour ces solutions facilement stérilisables, on n'en peut attribuer les effets produits à une intervention microbienne.
Quantité de peptone
en solution p. 1000,
injection d'un cent, cube
Leucocytose.
Moyenne.
LÈUCOCYTOSE EXPÉRIMENTALE. 343
Ainsi une faible dose est presque aussi active qu'une dose mille fois plus forte. Or il faut remarquer que, pour un tîhien de 10 kilogrammes, l'injection de 1 centimètre cube d'une solution de peptone à 0,005 p. 100 représente la dose extraordinairement faible de 0 gr. 000005 par kilo.
On est donc amené à penser, et c'est là une hypothèse justifiée par les faits précédents, que les actions toxiques exercées par les poisons se produisent à des doses beaucoup plus faibles que nous ne le supposons communément. Si nous ne voyons pas, après l'injection de poisons à dose très faible, se manifester quelques effets sur la pression artérielle, l'iris, le rythme cardiaque, les mouvements de l'estomac et la sécrétion de l'intestin, c'est qu'il y a un système nerveux régulateur qui corrige ces effets toxiques dès qu'ils viennent à se produire, et qui peut les corriger lorsqu'ils sont minimes. Mais, quand il s'agit de leucocytes, soustraits à l'action directe du système nerveux, il n'y a pas de régulation possible, et les doses faibles, très faibles, sont alors efficaces.
Conclusions.
l" Sur 105 chiens normaux examinés, le chiffre moyen de la leucocytose a été de 10075 leucocytes par millimètre €ube de sang. Ce chiffre n'est pas seulement important en raison du nombre élevé d'animaux sur lesquels il a été obtenu, mais aussi en raison des conditions expérimentales rigoureuses qui ont servi à l'établir.
2° 11 existe une leucocytose consécutive à l'ingestion de viande crue. Elle augmente avec la quantité ingérée. Soit 400 le nombre normal des leucocytes.
De 30 à 50 grammes (de viande ingérée par kilo), il est de 175 p. 100.
De 80 à 150 grammes (de viande ingérée par kilo), il est de 190 p. 100.
De 200 grammes (de viande ingérée par kilo), il est de 260 p. 100.
Avec la viande cuite, la leucocytose reste relativement très peu importante.
De 30 à 50 grammes (de viande ingérée par kilo), elle est de 100.
De 125 à 160 grammes (de viande ingérée par kilo), elle est de 165.
Ces faits montrent que la leucocytose obtenue après ingestion alimentaire ne-doit pas être attribuée, comme on l'a fait jusqu'à présent, à la digestion, mais à la pénétration dans le sang d'albumines hétérogènes. Dans l'alimentation par la viande cuite, comme il n'y a pas d'albumine soluble, il n'y a pas de leucocytose.
Ces faits comportent ainsi une application pratique, en montrant que la zomothérapie agit non par suralimentation, mais en provoquant une leucocytose active, et probablement utile à la défense de l'organisme.
3° L'hyperleucocytose produite par la viande n'est pas due à l'élément insoluble (fibrine musculaire de la viande lavée), mais à l'élément soluble, aux albumines solubles contenues dans le sérum musculaire.
4** L'hyperleucocytose produite par des viandes d'espèces différentes (cheval, bœuf, mouton, porc, veau, poisson) est sensiblement pareille en intensité.
5" L'hyperleucocytose après l 'ingestion d'organes ou tissus (foie, muscles, rate, cerveau) est relative à la quantité d'albumine contenue dans ces organes ou tissus (10 grammes d'albumine par kilogramme).
6° Elle dépend du même facteur (quantité d'albumine solublej après l'ingestion de lait cru ou de blanc d'œuf (10 grammes d'albumine par kilogramme). Elle est nulle après l'ingestion d'albumine coagulée, insoluble (lait cuit, blanc d'œuf cuit).
7° A la dose de 1 centimètre cube par animal, l'injec-
LEUGOCYTOSE EXPÉRIMENTALE. 345
tion de solution de NaCl à 7S p. 100 dans le péritoine provoque une légère, mais constante hyperleucocytose (moyenne =140).
8° L'injection directe dans le sang d'une toxine végétale (crépitine) provoque une hyperleucocytose qui reste très élevée pendant 15 jours (280), qui est modérée jusqu'au 3o« jour (200), et persiste, quoique atténuée, jusqu'au 165* jour (185), c'est-à-dire plus de 5 mois après l'injection.
9" Cette persistance de l'hyperleucocytose se retrouve après des injections de propeptone très diluée plus de 2 mois et demi -après l'injection intra-veineuse^ après une injection intra-péritonéale plus de 1 mois et demi environ.
10*" Cette persistance est d'autant plus intéressante qu'elle survient après des doses injectées remarquablement faibles (Ogr. 00005 par kilo d'animal).
11° Elle est à peu près indépendante de la dose injectée après des ingestions intra-péritonéales de propeptone diluée, comme après des injections intra-péritonéales de sérum musculaire dilué. L'hyperleucocytose obtenue ainsi oscille autour de 200, qu'il s'agisse d'une solution à 5 p. 100 ou d'une solution à 0,005 p. 100, c'est-à-dire 1000 fois plus faible.
XYI
SUR LA NUTRITION CHEZ LES CHIENS Par M. Charles Richet
Les expériences et constatations que je vais exposer ici portent sur treize chiens dératés. J'ai suivi pendant long-temps l'alimentation et la santé de ces chiens, ce qui me permet de donner quelques conclusions fermes sur le rôle de la rate. •
Je dirai peu de chose de l'opération même, qui est simple. Il n'y a, si l'on opère antiseptiquement, qu'un seul danger à craindre : l'hémorragie secondaire. Il ne faut donc pas ligaturer en bloc le pédicule splénique; deux fois je l'ai fait; deux fois une hémorragie secondaire au 2*^ jour a déterminé la mort. Il faut séparer les diverses branches de la splénique, et les ligaturer isolément. En somme l'opération est très facile.
Les suites immédiates sont sans complications, et, au bout d'une dizaine de jours, l'animal est guéri.
Sur les treize chiens opérés, un seul s'est incomplètement rétabli, en ce sens qu'il a conservé une toute petite fistule.
Je n'ai pas essayé d'y remédier, car celte très faible suppuration ne semble pas avoir nui à la santé de Fanimal.
Tous ces chiens ont été opérés dans le mois de juin 4911, sauf une chienne, Spitzberga, opérée en janvier 1909.
L'histoire de cette chienne est assez intéresante. Elle a pu en effet avoir des petits en janvier 1910 et elle les a allaités. Deux de ses petits, Rata et Splénita, ont subi en juin l'ablation de la rate. En octobre 1911, Spitzberga fut couverte par un chien également dératé [Toucan), et elle a mis bas en janvier 1912. Les six petits chiens qu'elle a eus étaient en parfaite santé, et elle les allaitait très bien, ayant beaucoup de lait, lorsqu'elle fut prise subitement d'accidents tétaniques, paraplégie par contracture, avec spasmes musculaires douloureux dans le membre postérieur. (Elle était alors alimentée intensivement avec de la viande crue.) Elle s'est rétablie tant bien que mal, au bout de quelques jours, mais son lait était tari. Elle est encore vivante aujourd'hui (décembre 1913).
Les chiens opérés étaient des chiens à court poil. Voici leurs noms et leurs poids respectifs, au 21 août, au 2 octobre et au 2 novembre (en grammes).
21 août. 2 octobre. 2 novembre,
kgr. kgr. kgr.
Spitzberga 12,400 13,500 14,600
Spitzbergo 8,000 8,000 9,000
Algérie 7,o00 7,700 7,700
Berlin 8,400 8,400 8,300
Vérone 6,800 7,200 7,800
Gambie 10,500 10,300 10,900
Toucan 16,000 16,600 16,800
Rata 8,300 8,700 9,000
Spléniia 9,000 9,200 9,500
Tous étaient donc en parfait état de santé le 2 novembre 1912.
Leur alimentation a été comparée à celle de six chiens de même pelage^, à poil ras, sauf un, Illmois, à poil long.
Le 2 octobre 1911, c'est-à-dire trois mois et demi environ après la splénectomie, les neuf chiens sans rate pesaient 89''8^%600, soit en moyenne 9''8'",555. Les six chiens avec rate, pris comme terme de comparaison, pesaient 9''ë%983.
kgr.
Sierra 7,800
Maroc 9,900
Dahoméa 10,000
Transvaal 12,000
Illinois. ...... 7,200
Martinique 13,000
A partir de ce jour ils ont reçu les uns et les autres une alimentation identique exactement pesée, soit une soupe avec : croûtes de pain sec : 15; eau : 75; lait : 10. En outre, chaque chien recevait 15 grammes de viande crue de cheval par kilogramme. Ils ne laissaient jamais une parcelle de cette viande, mais de la soupe, donnée toujours en surabondance, ils laissaient une quantité qui était pesée.
Pendant le premier mois, les chiens sans rate ont consommé plus que les chiens avec rate, et nous eûmes les chiffres suivants :
Consommation de soupe par jour et par kilogramme (en grammes).
Excès de consommation Neuf chiens Six chiens chez les cliiens sans rate. sans rate. sans rate.
Du 2 au 28 octobre . . 190 170 20
Du 28 oct. au 5 nov. . 194 183 11
Du 6 nov. au 13 nov. . 176 ' 153 23
Ce qui fait en moyenne, par jour :
Croît par kilogramme et par jour (en grammes).
Excès de croît
Chiens sans rate.
Chiens avec rate.
chez les chiens normaux.
Mais, tout en tenant compte de ces chiffres, à partir du 2 novembre, jusqu'au 26 décembre, ils ont été soumis à une même alimentation plus sévèrement mesurée.
Je donnerai ici, par décades de dix jours, leur alimentation, en prenant pour base, non pas l'alimentation par kilogramme d'animal, mais par l'unité de surface.
Les chiffres indiquent en grammes la quantité de pâtée, par jour et par décimètre carré de surface.
11 est, dans ces chiffres, divers points intéressants à signaler.
Tout d'abord, si nous calculons par décade la quantité moyenne de soupe par décimètre carré pour chaque chien, on voit que les chiens sans rate ont toujours consommé davantage.
Scade A . .
Excès
pour les chiens
s avec rate.
sans rate.
On notera aussi ce fait remarquable, sur lequel j'ai déjà Insisté, et qui est d'ailleurs facile à prévoir [Variations suivant les saisoîis de la ration alimentaire chez le chien. Trav. du Lab. de Physiologie, V, 519), c'est que la consommation d'aliments (par des animaux qui peuvent manger à leur appétit) va en augmentant à mesure que la température diminue. Dans les cinq décades qui vont du 2 novembre au 26 décembre, on a eu successivement, pour les quinze chiens, par unité de surface :
Décade A .33,5
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