‹ Physiologie de l'aéronauteChapitre 52 sur 52 · CONTRE-INDICATIONS DU BALLON · texte numérisé non relu

CONTRE-INDICATIONS DU BALLON

tion pulmonaire arthritique doivent appréhender l'apparition d'hé- , morragies pendant les ascensions.

Il en estde même des cardiaqués présentant des lésions valvulaires, et l'hémoptysie des lésions mitrales surviendra à la suite de cette dépression. Mais, en outre, on devra craindre les syncopes dans le cas d'insuffisance aortique, l'asystolie dans la maladie mitrale. Ilest possible enfin que des accidents se produisent quand le cœur est atteint de myocardite chronique, ou lorsque des palpitations,des crises d’angine de poitrine ont été déjà observées.

La plèvre et le péricarde réagissent sous l'influence du changement de pression. Des pleurésies, des péricardites anciennes sont recueillies pendant un voyage en ballon. Pierre Bonnier a retrouvé à 4.400 mètres d'altitude, les tiraillements péricardiques d'une ancienne pleurésie diaphragmatique et d'une péricardite oubliées depuis onze ans.

Le tube digestif ne paraît pas intéressé par les variations atmosphériques. |

Au contraire, le rein est très sensible à ces facteurs physiques. Nous avons étudié,au chapitre du mal en ballon, le défaut de fil. tration rénale, les urines rares et foncées observées aux grandes altitudes, leur composition modifiée. Les personnes atteintes de néphrite feront bien de s'abstenir. Len est de même, d'une façon générale, de tous les malades qui présentent de l'hypertension artérielle.

Enfin on peut appréhender l'apparition de symptômes de congestion cérébrale chez les individus prédisposés, la venue d’une crise chez les épileptiques, l'hémorragie cérébrale chez les artérioscléreux.

Mais, à côté de ces affections qui représentent autant de contre-indications des ascensions, surtout à grande altitude, nous devons signaler l'excellent effet que celles-ci peuvent avoir sur

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la neurasthénie ; l'impression de repos complet, de calme absolu cette sensation de bien-être si spéciale au ballon, toutes ces con-

ditions morales qui sont la base du traitement de la neurasthénie sont réalisées dans les voyages aériens et doivent produire une réelle amélioration. L’hystérie et les autres névroses bénéficieront, au même litre, des eflets d'une ascension en ballon.

Dans les ascensions en ballon comme dans les ascensions de montagne, ilest classique de constater une hyperglobulie. Le fait avait été démontré par Paul Bert qui admettait l'existence d'une hyperglobulie réelle ; et à la suite de Paul Bert, de nombreux expérimentateurs avaient vérifié ce fait. Mais on a reconnu depuis que cette hyperglobulie, limitée aux vaisseaux périphériques, n'était que relative et ne s’accompagnait pas de néoformation globulaire. L'’accumulation des hématies relève. quand elle survient, de phénomènes périphériques sous l'action de facteurs physiques extérieurs. On attribue au froid le rôle principal.

Nos recherches sur ces points nous ont permis d’écarter la néoformation globulaire. Nous avons alors cherché la cause de ces phénomènes périphériques. Pour cette étude, nous avons emporté quatre cobayes dont nous avions numéré les globules d’une veine auriculaire à terre, avant le départ. Le premier cobaye a été placé dans une atmosphère saturée d'humidité ; le second, réservé comme témoin, se trouvait dans une cage largement ouverte ; le troisième était dans un milieu absolument sec ; pour le quatrième enfin, toute déperdition de chaleur était supprimée. Les prises de sang, effectuées à 3.200 mètres, nous ont fait constater une forte hyperglobulie chez le cobaye placé dans l'air humide et chez le cobaye témoin ; l'accumulation de globules à la périphérie manquait presque complètement chez les deux

autres.

L'air extérieur étant chargé d'humidité, à 3.200 mètres, nous avons pu expliquer l’analogie des deux premiers résultats. Nous concluons donc à l'importance du poids et de l’état hygrométrique de l'air dans la production de l'hyperglobulie relative.

Enfin, les animaux à sang froid ne présentent pas de modifications globulaires.

Le taux réel de l'hémoglobine ne varie pas dans le sang, pendant les ascensions en ballon ; les modifications apparentes sont dues à la présence d'une hyperglobulie relative.

L'augmentation du nombre des leucocytes n’est pas signalée pendant les ascensions ; la proportion de chacune des variétés de globules blancs reste la même à-terre et en ballon.

Nous n'avons pas noté de variations qualitatives et quantitatives des leucocytes à 3.200 mètres,

L'oxygène et l'azote contenus dans le sang ne suivent pas, jusqu'à 4.000 mètres environ, les lois de la dissolution des gaz, et restent en quantités invariables. Au contraire, l'azote dissous dans le plasma diminue proportionnellement à l’altitude.

La mesure de la pression artérielle donne des résultats très divers,qui se modifient suivant les ascensions. Nous avons constaté nous-mème, dans une première ascension, une augmentation de pression de 1 degré, à 3.200 mètres. Pendant un second voyage, nous avons noté, par contre, à 1.100 mètres, une diminution de 1 et 2 degrés avec le sphygmomanomètre. Ces résultats, d'apparence contradictoire, s'expliquent par la variété des agents physiques extérieurs, dont l’action peut contrebalancer celle de la dépression atmosphérique.

Le coefficient respiratoire reste invariable jusqu'à près de 3.000 mètres, tant que la diminution de l'oxygène n’atteint pas

la moitié (11 pour 100) de la quantité normale à la pression de

760 millimètres de mercure. Au-dessus de cette altitude, la ventilation pulmonaire intervient par,son développement, pour lutterà son tour contre ce défaut d'oxygène. Enfin, à partir de 6.000 mètres, la gène éprouvée par l'aéronaute devient considérable et les accidents du mal en ballon apparaissent.

La force musculaire et la résistance à la fatigue diminuent à mesure que l'altitude augmente, et l’on peut observer, à une très grande hauteur, une véritable impotence fonctionnelle. A 3.000 mètres, la force musculaire nous à paru diminuée d’un quart, et, de son côté, la fatigue survenait beaucoup plus rapidement qu'à terre. Mais il faut tenir compte du degré de musculature et de l'énergie individuelle.

Le mal en ballon comprend l'ensemble des accidents qui apparaissent, chez les aéronautes, à l'altitude moyenne de 5.550 à 6.000 mètres. Les principaux symptômes consistent dans la céphalée, les vomissements, la tendance aux syncopes, l'impotence musculaire, les hémorragies et le coma. La mort a pu être la conséquence du mal en ballon.

Diverses théories ont été établies pour expliquer ces accidents. On a invoqué l'absence d'oxygène (anoxyhémie), le manque d'acide carbonique (acapnie), la dépression déterminant des stases sanguines dans les vaisseaux pulmonaires, enfin le défaut de fonctionnement du rein produisant des accidents d’urémie.

Le traitement consiste dans les inhalations d'oxygène pur, auquel on pourrait adjoindre l'acide carbonique dans la proportion de 45 pour 400 ; l'union de ces gaz supprimerait plus complètement les symptômes et permettrait d'atteindre de très grandes

altitudes.

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Les phénomènes signalés du côté des oreilles, et que nous avons retrouvés pendant nos ascensions, consistent dans les bourdonnements, les battements auriculaires, l'oppression artérielle ; ils sont dus à la rupture des équilibres tympanique et labyrinthique. Pour l'audition même, elle s’altère quand la montée est très rapide et quand la trompe d'Eustache ne fonctionne pas bien ; l'audition aérienne devient plus brève que l'audition osseuse, On dit alors que le signe de Rinné est devenu négatif.

Nous avons noté le Rinné négatif dans un cas, à 3.200 mètres et après la descente. Dans nos autres observations, l'acuité auditive est demeurée normale.

La vue est augmentée en ballon ; ce phénomène ne s'observe pas dans les ascensions de montagnes. La choroïde et la rétine se congestionnent légèrement ; la tension oculaire diminue.

Nos déterminations de l’acuité visuelle nous ont montré que celle-ci se développait proportionnellement à l’altitude ; l’augmentation est d’un tiers environ, à 3.000 mètres.

L'odorat et le goût ne présentent pas de modifications.

La sensibilité s'émousse progressivement avec l’altitude chez les aéronautes. A 1.000 mètres nous avons vérifié une diminution d’un quart, et, à 2.800 mètres, d’un tiers environ. Les ré-

flexes nous ont paru normaux aux altitudes moyennes.

L'impression d’immobilité, de repos et de calme absolu est caractéristique dans les voyages aériens. Le vertige fait complètement défaut.

Les aéronautes doivent se protéger contre le froid, l’insolation, les variations de Pétat hygrométrique. Les vêtements amples, permettant l’aération du corps, les tissus chauds et peu pesants sont particulièrement recommandés, Nous signalerons, parmi

eux, la flanelle, la laine et la soie, les plastrons de papier.

Une alimentation légère et substantielle, de digestion facile, est recommandée. Elle sera partiqulièrement surveillée avant les ascensions à de grandes hauteurs.

Les impuretés des gaz, hydrogène ou gaz d'éclairage, peuvent donner lieu à des accidents d'intoxication. Il est important de ménager dans la nacelle des orifices latéraux qui permettent à l'air de s’y renouveler.

D'une façon générale, les malades présentant une lésion pulmonaire qui s'accompagne d'hémoptysies, et notamment la tuberculose du poumon à tendance congestive, puis les cardiaques, les hypertendus, enfin les artérioscléreux, devront s'abstenir des ascensions, et surtout des montées en ballon aux grandes hauteurs. Au contraire, les voyages aériens ne peuvent avoir que d'excellents effets dans les névroses et les psychasthénies.

Vu :

Le Président de la Thèse, DIEULAFOY.

Vu :

Le. Doyen de la Faculté, DEBOVE.

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