‹ Physiologie de l'étudiantChapitre 6 sur 18 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Suite du même sujet palpitant d’intérêt.

uivant un ordre logique, nous nous sommes occupé ?

dans le chapitre précédent, des amours de l’étudiant avec la simple grisette, petit , bonnet ; — mais à mesure que notre jeune homme avance dans l’étude du cœur féminin , il éprouve le besoin de se lancer dans une sphère plus élégante : ce qui ne veut pas dire qu’elle soit plus vertueuse ; car on sait que la vertu affectionne au contraire un costume excessivement simple et tellement modeste meme , que de nos jours il serait regardé comme immodeste.

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Il serait beaucoup trop long de nous livrer au catalogue des différentes classes de femmes susceptibles d’embellir les jours et les nuits des célibataires de la rue Saint-Jacques, mais nous devons cependant mentionner les diverses transformations que subit cet amour.

L’étudiant en droit de première année affectionne, comme nous l’avons déjà remarqué, les satincuses, brocheuses, blanchisseuses, et autres noceuses.

En seconde année le jeune Faublas déploie déjà les ruses les plus infernales pour triompher de la vertu des fleuristes , modistes et autres jeunes personnes élevées dans les meilleurs principes.. . du cancan.

En troisième année, enfin, le disciple de Cujas et de l’amour prend des licences complètes dans l’une et l’autre science , et s’élève jusqu’à la hauteur des premières danseuses du théâtre du Panthéon et des prima donna du théâtre du Luxembourg , sans compter les dames du grand monde qui ont leur hôtel ou leur fragment d’hôtel dans le quartier Notre-Damede-Lorette.

Quant à l’étudiant qui pousse jusqu’en quatrième année, et qui tient absolument à deve-

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nir docteur en séduction , il aspire h la femme mariée légitimement , et a la témérité d’assiéger le comptoir et le cœur des dames de café ou de restaurant les plus renommées ;

et cela sans compter deux ou trois intrigues avec de simples modistés qui ne se doutent pas qu’elles ont placé leur affection sur un gros monstre qui les trompe, et à qui la plupart du temps elles le rendent bien , même sans le savoir.

Une fois qu’il est ainsi passé maître dans la séduction , l’étudiant ne regarde les faibles femmes que comme des êtres créés et mis au monde pour son agrément spécial, et il se divertit même de leurs scènes de fureur quand deux rivales viennent à se rencontrer dans le même logement de garçon.

Ces infortunées ont beau lui faire des repro-

ches d’avoir abusé de leur innocence (les grisettes sont de charmantes filles qui ont toujours le petit mot pour rire ) , — le gros sanscœur rit de manière à perdre les côtes s’il n’avait la précaution de se les tenir à deux mains.

Il ne se laisse même pas alarmer par des cris i de vengeance et des menaces de mort proférés [ les ciseaux à la main ; il n’y a qu’une seule chose qui parvienne à faire cesser les éclats de rire qui menacent de devenir convulsifs , c’est lorsqu’une heure après la scène en question il reçoit une lettre conçue en ces termes :

« Monsthre !

» Ge ne vœu riene avvoire ha vou , je vou renvoi doncque tou ce ki je croi viain de vou, par un commissionnère , — je vous prie de payère le porc.

» Celle qui vou detaiste pour la vi.

» Amanda. »

Après avoir payé le porc suivant la recommandation, l’infortuné jeune homme ouvre le paquet joint à la lettre , et trouve :

Une mèche de cheveux ;

Un bouquet de violettes ;

Un volume de Paul de Kock;

Un- fragment de cigare .

Et un enfant non sevré.

Or, cet enfant, âgé de six semaines, est rempli de moyens et crie déjà avec la force d’un enfant de six ans. — Et à cet envoi ne se trouve pas joint le moindre biberon Darbo !

Notre infortuné se trouve donc avoir sur les bras un enfant qui ne se lait pas, bien qu’il le presse contre son cœur de père; — mais en le regardant attentivement, il finit par trouver que le moutard ressemble effroyablement à un étudiant en médecine qu’il soupçonnait depuis long-temps d’entretenir une conversation criminelle avec la perfide A manda.

Heureux encore quand dix minutes après un second commissionnaire ne vient pas déposer sur les mêmes bras un second paquet , non affranchi , renfermant de nouveau un rebouquet de violettes , une remèche de cheveux , et un remoutard.

Sans compter qu’en vérifiant cet envoi l’infortuné ne s’aperçoit pas qu’on lui restitue une mèche de cheveux châtains et une mèche de | cheveux blonds, pendant que lui-même pos- I sèdc une chevelure d’un noir de corbeau.

Ce qui n’empêche pas les enfants de se livrer | à un duo qui , pour la force et la durée , éclipse 1 totalement celui des Puritains !

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