‹ Physiologie de l'homme mariéChapitre 14 sur 16 · L’HOMME MARIÉ INSOUCIANT · texte numérisé non relu

L’HOMME MARIÉ INSOUCIANT

renez garde, Messieurs, l’insouciance ressemble beaucoup à l’indifférence, et les dames se vengent quelquefois d’un mari indifférent.

L’homme marié insouciant rentre, sort, s’absente, sans s’inquiéter jamais de ce que l’on fait chez lui.

Si la bonne lui dit : « Madame est sortie, »

Il fait seulement : « Ah! » d’un air qui veut

dire : C’est très-bien. Plus tard, si on lui dit : « Madame n'est pas rentrée, » ou, «Madame dîne en ville, il refait son : Ah! » et rien de plus.

Ne croyez pas qu’il s’informe à quelle heure Madame est sortie, où elle est allée, chez qui elle dîne; il ne lui vient pas à la pensée de faire une seule de ees questions.

Quelquefois, en arrivant chez lui à l’improviste, ce qui, du reste, n’est pas son habitude, il v trouvera près de sa femme un jeune homme

qu’il n’a jamais vu. Celui-ci lui fait force salu-

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talions, auxquelles ii répond avec une extrême politesse, et sa femme lui dit :

« Tu ne reconnais pas Monsieur?

— * Mais non..., non... Je cherche en vain.

— Nous avons vu Monsieur chez Mme de B...; il a eu la bonté de m’accompagner au piano, et puis nous avons ensuite chanté un duo.

Ah! très-bien, très-bien! Je crois me rappeler... Monsieur a une fort jolie voix.

— Monsieur m’avait demandé la permission de venir faire quelquefois de la musique avec moi , cl , quand tu es arrivé, nous allions entamer un morceau.

— Très-bien, faites! faites; que je ne vous dérange pas. Monsieur est bien aimable de venir nous voir; je suis charmé qu’il te fasse chanter, cela entretiendra ta voix, et la voix a besoin d’être entretenue. »

Notre mari insouciant écoute pendant un moment la musique que sa femme fait avec ce Monsieur, mais bientôt il les laisse ensemble et va dans son cabinet vaquer à ses affaires.

Cependant le jeune homme , qui probablement a pris goût aux duos qu’il fait avec Madame, vient tous- les jours, quelquefois même

les soirs. Ne croyez pas que noire mari trouve celle assiduité extraordinaire, qu’il s’en inquiète; bien loin de là; il a tellement pris l’habitude de voir ce jeune homme près de sa femme, que lorsqu’il ne l’y trouve pas, il s’écrie :

« Où donc est Arthur?... ou Édouard.... ou Alfred. Pourquoi n’est-il pas venu? est-ce qu’il serait indisposé?... As-tu envoyé chez lui?» El mille autres questions du même genre.

Si l’on va à la promenade, Madame prend le bras de son Sigishé; Monsieur marche à côté, ou devant, ou derrière ; il est toujours très-content.

Madame va au bal, au concert, au spectacle quand cela lui plaît et avec qui bon lui semble. Notre mari ne trouve jamais cela mauvais.

Madame sort souvent de très-bonne heure pour aller au bain; elle rentre quelquefois accablée de fatigue et les joues très-colorées, ou extrêmement pâle. Sa robe et sa collerette sont singulièrement chiffonnées. Les domestiques remarquent tout cela, mais Monsieur n’y fait pas attention.

Monsieur a un emploi de mille écus, ou un commerce qui lui rapporte quatre à cinq mille francs par an. Avec cela on ne donne pas un

cachemire a sa femme, on ne lui achète pas de robes de velours.

Cependant Madame porte un cachemire,

Madame a les bijoux les plus nouveaux, elle garnit ses robes avec de l’angleterre, et Monsieur ne lui dit pas :

« Comment se fait- il que tu aies un cachemire?... Avec quoi donc as-tu payé ces bijoux?...»

El quelquefois la maison se monte sur un ton

(i élégance, de luxe, qui n’est nullement en rapport avec le revenu du mari.

FA Monsieur ne dit jamais : « Ah çà , mais comment se fait-il que nous puissions faire toutes ces dépenses? »

Ici I insouciance pourrait prendre un nuire nom. Je ne veux pas dire celui que l’on pourrait donner à l’homme marié qui agit ainsi.

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