‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 29 sur 65 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

lonction de la Circulation.

MainrEnANT que nous savons comment est fait le fluide essentiellement nutritif et réparateur , le sang artériel , 1 faut rechercher comment il est conduit aux organes où il doit être mis en œuvre. C’est un des offices de la {fonction de la circulation , dont nous allons traiter.

Cette fonction de la circulation, à ne l’entendre que du cours du sang, n'existe pas dans tous les animaux : elle ne s’observe que chez ceux qui ont ce fluide, et manque, au contraire , dans tous ceux chez lesquels les matériau x nutritifs vont immédiatement nourrir les parties. Nous avons vu que, dans l'économie des animaux, son existence était une suite forcée de l'existence d’une respiration Jocale et d’absorption externe et interne distinctes, C'est à ces titres qu’elleexiste chez Fhomme ; mais, dans cet être, elle se montre à un assez haut degré de eomplication.

D'abord , elle n’est pas effectuée à l’aide de vaisseaux

seulement; ce ne sont pas des vaisseaux seuls qui , chez l’homme , portent, d’un côté, les fluides des absorptions , chyle, lymphe et sang veineux à l'organe respiratoire , pour qu'ils ÿ soient changés en sang artériel, et qui, d’autre part , portent ce sang artériel de l’organe respiratoire à toutes les parties du corps où il doit être mis en œuvre. Îl y a des animaux, les vers, chez lesquels l'appareil circulatoire a ce degré de simplicité ; et, chez eux, la circulation , qui mérite bien son nom, puisque le fluide qu’elle meut décrit un cercle, peut être définie l'action par laquelle le sang est porté de l'organe respiratoire aux parties du corps qu’il doit nourrir, et rapporté de ces parties à l'organe respiratoire. Mais, chez l’homme , il y a de plus sur le trajet de ces vaisseaux , dans un point déterminé de l’espace qu’a à parcourir le sang, un muscie creux qui, par ses contraclions, imprime un mouvement au fluide , et qui est ce qu’on appelle le cœur. Alors, comme le cœur fonde une des principales puissances de la circulation ; commeilest le point où se rassemblent d’abord , etle sang veineux qui revient des parties pour être renvoyé à l’organe respiratoire, et Je sang artériel qui revieni de celui-ci pour être renvoyé aux parties; on l’a considéré comme le centre de la fonction ; et on a dès lors défini la circulation , non plus l'envoi du sang de l’organe respiratoire aux parties, et le retour de ce sang des parties à l'organe respiratoire ; mais l'envoi du sang du cœur à toutes les parties, elle retour de ce sang de toutes les parties au cœur. Envisagée ainsi, la circulation offre toujours un cercle; mais au lieu de fixer, comme dans le cas précédent, le commencement et la fin de ce cercle à l’organe respiratoire, lieu où le sang se fait primitivement ct revient se refaire

sans cesse, ou les fixe au cœur , qui est l'organe de projection. Faisons remarquer aussitôt que , comme le cours du sang est continu , le cœur , par les contractions duquel ce liquide est projeté, doit nécessairement être composé de deux cavités qui se suivent et se communiquent , une par laquelle il recoit le sang , et l’autre par laquelle il le projette. I était, en effet , impossible qu’une même cavité pût à la fois, et se dilater pour recevoir du sang , etse contracter pour en lancer. La cavité par laquelle le cœur recoit le sang est appelée oreillette, etles vaisseaux qui le lui apportent, sont nommées veines ; et on appelle ventricule la cavité par laquelle le cœur lance le sang, et artères, les vaisseaux qui émanent de ce ventricule , et dans lesquels il projette le liquide.

En second lieu, la circulation chez l’homme est double; parce que chez lui tout le sang veineux doit à chaque cercle circulatoire, repasser en entier par le poumon avant d’être renvoyé aux parties; et parce qu'il y a deux cœurs , un pour la circulation du sang artériel, et un autre pour la circulation du sang veineux. Il est des animaux , les reptiles, par exemple, chez lesquels tout Je sang veineux qui revient des parties , ne doit pas à chaque cercle circulatoire aller se refaire dans l’organe de la respiration; une partie de ce sang seulement y est conduite, et suflit pour revivifier toute la masse. Dans ce cas, iln’y a qu'un seul cœur, à l'oreillette duquel aboutissent à la fois, et le sang revivifé et artériel qui revient de l’organe de la respiration , et le sang veineux qui revient des parties ; le mélange de ces deux sangs se fait dans cette oreillette et dans le ventricule qui lui fait suite; celui-ci projette le fluide dans l’arière qui émane de lui, et cette artère se partage aussitôt en deux

branches : lune, qui conduit à l'organe de la respiration la portion de sang qui va y subir l'influence de l'iir, l’autre , qui distribue aux parties la portion de sang qui doit les nourrir. Le fluide , si on dérive son cours du cœur , ne décrit qu’un seul cercle, et la circulation est ce qu’on appelle simple. Le cœur est, comme on dit, à un seul ventricule et à une seule oreillette. Quelquefois, cependant , celle-ci est comme subdivisée en deux, pour chaque espèce de sang; et quelquefois aussi le ventricale est partagé en loges, qui servent à diriger différemment les deux sangs, ou à en faciliter mécaniquement le mélange. Mais, dans d’autres animaux,et l'homme est de ce nombre, il faut qu’à chaque cercle circulatoire tout le sang veineax qui revient des parties repasse par l'organe de la respiration , et s’y revivilie. Alors il faut nécessairement que les deux sangs restent isolés, ne se mêlent pas l’un à l'autre; et, pour cela, l’on observe l’une ou l’autre des trois dispositions suivantes : 1° Ou bien il n’y a pas de cœur, et la circulation est exclusivement accomplie par des vaisseaux, comme nous avons dit que cela était dans les vers. 9° Ou bien il n’y a de cœur que pour l’un des deux sangs ; soit pour le sang artériel, comme cela est dans les crustacés et la plupart des mollusques ; soit pour le sang veineux , comme dans les poissons. Dans ces deux classes d'animaux, en effet, le cœur est unique, a un seul ventricule et une seule oreillette, comme dans les reptiles ; mais, au lieu dappartenir aux deux sangs, il n'appartient qu’à l’un des deux : il est artéricel ou aortique chez les premiers; et veineux ou pulmonaire chez les seconds. 8° Ou bien, enfin , il y a deux cœurs : un pour chaque espèce de sang ; lun , qui reçoit lc sang veineux du corps et l’en-

voie à l'organe de la respiration, appelé cœur veincux ou pulmonaire ; Vautre, qui recoit de l'organe de la respiration le sang artériel, et l'envoie aux parties qu'il doit nourrir , appelé cœur artériel ou aortique. C'estce qui est dans les animaux supérieurs , homme particulièrement. À la vérité, les deux cœurs, étant accolés l’un à l’autre, paraissent ne former qu’un seul organe. De là, l'admission dans le corps de l’homme d’un seul cœur , mais qu’on a dit partagé en deux moitiés ; une pour chaque espèce de sang, et chacune ayant une oreillette et un ventricule , chacune recevant ses veines propres, et donnant naissance à son artère spéciale ; étant enfin, comme on le dit, à deux ventricules et deux oreillettes. Mais ce n’est là qu’une pure dispute, de mots. Or il est évident que dans ce cas, qui est le plus complexe, sion veut toujours dériver du cœur la circulation, il faut la reconnaître double, admetire deux circulations : l’une, qui consiste dans l'envoi du sang veineux de l’une des moitiés du cœur, du cœur veineux ou pulmonaire, à l’organe de la respiration; et, du retour de ce sang, alors redevenu artériel, à l’autre moitié du cœur , au cœur artériel , ou aortique : l’autre, qui consiste dans l’envoi du sang artériel de cette moitié du cœur ou cœur aortique, aux divers organes du corps; et, du retour de ce sang, avait servi de point de départ à la première circulation ,

alors redevenu veineux, à la moitié du cœur qui

ou cœur pulmonaire. Dans chacune, le sang décrit un cercle dont chacune des moitiés du cœur , ou dont chaque cœur est le centre. L’une est appelée circulation pulmonaire, ou petite circulation, parce qu’elle aboutit à l'organe de la respiration qui, chez l’homme, est un poumon , et qu’elle embrasse un cercle plus petit, L'au-

tre est dite la grande circulation , parce que destinée à tout le corps, elle représente un cercle plus grand. Seulement , les deux circulations s’alimentent réciproquement : c'est le sang qui a été fait dans la circulation pulmonaire, et qui est rapporté par elle, qui va alimenter la circulation du corps; et de même, c’est le sang veineux que rapporte la circulation générale qui va constituer la circulation pulmonaire , pour redevenir, pendant le cours de celle-ci, sang artériel. Pour cela, c’est à l'oreillette du cœur artériel qu’aboutissent les veines qui rapportent le sang de la circulation pulmonaire , et c’est à l'oreillette du cœur pulmonaire qu’aboutissent les veines qui rapportent le sang de la circulation générale.

Mais entrons dans les détails de la fonction ; ces détails éclairciront ce que cette première exposition peut laisser d’obscur : suivons notre ordre accoutumé, et commencons par l’étude anatomique de l’appareil de la circulation.

Page 1