‹ Physiologie de l'homme (volume 3)Chapitre 4 sur 65 · ARTICLE Î · texte numérisé non relu

ARTICLE Î

Des Absorptions nutritives.

Elles se partagent en externes et internes , selon que les matières qu’elles saisissent sont prises au dehors ou dans le corps humain lui-même. *

1° Les absorptions nutritives externes sont chez l’homme au nombre de deux, la digestive et la respiraloire.

L’absorption nutritive digestive est’ celle qui se fait dans l’appareil digestif sur les alimens et les boissons, après que ces substances ont subi dans cet appareil une élaboration préalable par la digestion. Elle est incontestable. D’abord , le raisonnement seul doit la faire admettre; car sans elle l'alimentation ne remplirait pas son objet. Ensuite elle est prouvée directement, car on

peut en,spécifier les agens, l'appareil des vaisseaux chylifères, et le produit , le fluide appelé chyle. Nous verrons qu'on peut la subdiviser comme la digestion à laquelle elle fait suite, en absorption des alimens ou chylose, et absorption des boissons. Elle se fait exclusivement dans l’appareil digestif, celle au moins qui est relative aux alimens. Quelques physiologistes avaient voulu que la peau y concourût aussi ; mais cela ne peut être tout au plus soupconné que pour les boissons : en l’admettant pour les alimens, on s'était évidemment laissé égarer par une fausse analogie avec les derniers animaux qui, privés d'appareil digestif, se nourrissent par l’absorption de la surface externe de leur corps, ou chez lesquels cette surface externe est congénère de la cavité digestive.

L’absorption nutritive respiratoire est celle qui agit en dedans des poumons sur l'air de la respiration, et y puise le principe essentiel à toute vie , l'élément auquel iout fluide nuiritif doit d’être assimilable. Comme c’est elle qui fait essentiellement le sang artériel, on l’a considérée comme une fonction distincte , sous le nom de respiration. Nous n’en parlerons donc pas à cet article, d'autant plus que tous les physiologistes n’admettent pas que ce soit par absorption que le principe utile del’airsoit introduit. Nous ajouterons seulement que quelques physiologistes ont cru aussi que cette absorption se faisait en partie par la peau; mais ils ont encore en cela été séduits par une fausse analogie avec des animaux simpiles, qui respirent en totalité ou en partie par la peau.

Ces deux premières espèces d’absorption représentent tout ce que l’homme prend au dehors de lui pour sa putrilion. Elles n’ont pas d’autres buts que ceux de pré-

parer des matériaux pour le sang, c'est-à-dire le chyle, ou de faire ce sang lui-même. Elles font partie nécessaire du mécanisme de la nutrition , et ne peuvent cesser sans entraîner plus ou moins prochainement la mort : cependant elles ne sont pas si constantes que les absorptions nutritives internes qui vont nous oCCuper; Car leur accomplissement dépend forcément de la présence d’alimens et de boissons digérés dans la cavité digestive, et de celle del’air dans le poumon; et on sait que cela peut être ou ne pas être.

2 Les absorptions nutritives internes, considérées sous le rapport des matériaux qu’elles recueillent , sont chez l'homme au nombre de trois : l’absorption inierstitielle ou décomposante , l'absorption des sucs sécrétés récrémentitiels, et l'absorption de quelques parties des sucs sécrétés excrémentitiels.

L’absorption interstitielle où décomposante , ainsi nonunée par unter, est celle qui reprend dans tout organe du corps un certain nombre de matériaux, pour que son volume n’augmente pas indéfiniment, et que la décomposition équilibre en lui la composition. On ne peut encore la révoquer en doute. Le raisonnement oblige aussi à l’admettre; car sans elle le corps qui recoit sans cesse de nouveaux matériaux croîtrait indéfiniment en masse. Ensuite des expériences l’ont démontrée ; Duhamel, ayant nourri des -animaux avec des alimens teints de la couleur de garañce, a vu que pendant ce temps les os de ces animaux étaient colorés en rose ; mais qu'ayant ensuite fait abandonner à ces animaux l'usage de la garance , leurs os étaient revenus à leur couleur première. Enfin plusieurs faits physiologiques , relatifs aux changemens que présentent les organes

selon les âges , et des faits pathologiques , attestent aussi la réalité de cette absorption : c’est elle, par exemple, qui creuse le canal médullaire des os longs , les cellules de l’os ethmoïde, ces os étant tout solides dans le premier âge ; qui fait disparaître le thymus après la naissance, l’utérus ou le sein dans une extrême vicillesse ; qui décide le volume divers des organes dans les différens âges : c’est elle, qui dans le cal primitivement tout solide d’une fracture , creuse le canal médullaire, qui dissipe une exostose , etc. Différente dans chaque crgane sous le rapport de son activité et de son caractère, on peut dire qu’elle est multiple, et qu'il y en à autant d'espèces qu'il y a de tissus particuliers dans le corps.

L’absorption des sucs récrémentitiels est celle qui recueille tous ces sucs sécrétés récrémentitiels qu'a nécessités l’organisation compliquée de l’homme, et qui versés sur des surfaces qui n’ont pas d’issue au dehors, demandent à être repris par une absorption , à mesure que la sécrétion les fournit. Les matériaux que cette espèce d'absorption recueille sont nombreux aussi: ce sont tous les sucs séreux, la synovie, la sérosité perspirée dans les aréoles du tissu lamineux ; Ja graisse , la moëlle et le suc médullaire :; les humeurs colorantes qui sont exhalées à la surface de la peau, de l'iris, de l’uvée et de la choroïde ; les trois humeurs de l’œil "la Iÿmphe de Cotunni; et enfin les humeurs exhalées dans l’intérieur des ganglions lymphatiques , et de ces organes particuliers, appelés par M. Chaussier ganglions-clandiformes, comme le thymus, la thyroïde, etc. Sans doute tous ces sucs sont versés sur leurs surfaces propres pour des usages qui sont relätifs aux fonctions

DES ABSORPTIONS EN GÉNÉRAL, Q de ces surfaces ; la synovie, par exemple ,mend olissantes les surfaces articulaires des os; les humeurs de l'œil remplissent dans cet organe l'office de verres réfringens, etc. Mais enfin il n’en était pas moins nécessaire qu'une absorption les reprit à mesure que la sécrétion les renouvelle; et d’ailleurs il est certaines de ces matières qui paraissent être comme une provision que la nature a mise en réserve pour servir d’aliment à l’absorption interne , la graisse, par exemple. Toutefois, cette seconde espèce d’absorption interne est encore incontestable. Le raisonnement prouve aussi qu’elle a lieu ; car sans elle la quantité de ces divers sues augmenterait indéfiniment. Des faits physiologiques et pathologiques la mettent hors de doute : ne voit-on pas varier selon les âges et selon les diverses conditions de la vie, les quantités de la graisse et de la moelle? n’a. t-on pas vu une absorption dissiper tout à coup des hydropisies , qui ne sont que des accumulations de ces sucs ? Enfin, si on met en contact avec les surfaces qui sont le siége de ces sécrétions recrémentitielles des substances étrangères diverses , liquides, ou gaz , comme nous le dirons ci-après , ces substances y sont absorbées : or, n'est-ce pas une présomption de croire que les sucs propres de ces surfaces le sont aussi? Du reste, il est évident que cette seconde espèce d'absorption est aussi multiple, et qu’on peut en distinguer autant d'espèces qu'il y a de sécrétions récrémentitielles.

Enfin, l'absorption des sucs sécrétés excrémentiticels j est celle qui recueille quelques principes des sucs sécrétés excrémentitiels, pendant que ces sucs parcourent les voies de leur excrétion , soit pour les äépouiller de ce qu'ils peuvent contenir encore d’utile , Soit pour

leur donner la qualité que réclame l'office qu'ils ont à remplir, soitenfin, parce que l'absorption succède forcément à tout contact prolongé. Quelques physiologistes croient que cette troisième espèce d’absorplion inierne est vraie de tout suc sécrété excrémentitiel quelconque; ainsi, les matériaux qui seraient recueillis par elle seraient une partie des humeurs perspirées par la peau et les membranes muqueuses ; une partie des sucs lubréfians sécrétés par les follicules sébacés de la peau, par les follicules muqueux des membranes muqueuses , et par la glande lacrymale; un peu de salive, de bile, de suc pancréatique, de lait, de sperme , et enfin la partie la plus aqueuse de l'urine. Mais , si cette opinion estexagérée, et s’il est permis de douter que, selon l ordre naturel, l’absorption doive reprendre quelques parties de tous ces sucs , au moins celte absorption est-elle certaine pour quelques-uns d’entre eux: pour la bile, par exemple, pendant son séjour dans la vésicule, et qui par suite de cette absorption se change en bile cystique; pour le sperme, qui n'étant excrélé que de loin en loin, et pouvant même ne l'être jamais À devait pouvoir être résorbé; pour l'urine, enfin , qui évidemment s’épaissit,

et se concentre par son séjour prolongé dans la vessie. Si d’ailleurs, par un obstacle quelconque, l’excrétion de ces sucs ne peut se faire, ils sont en entier résorbés, el retrouvés plus ou moins en entier dans le sang. À la vérité, c’est là un de ces cas d’absorptions insolites que nous rapportons à la seconde classe d’absorp lions , el dont nous parlerons Ci - après : mais nous voulons ici en tirer celte conséquence, que si l’absorption de ces sucs excrémentitiels peut se faire en entier, à plus forte raison peut-on croire à celle de quelques-

uns de leurs principes , à celle de leurs élémens les plus fluides.

Telles sont toutes les absorptions nutritives internes. Elles représentent tout ce que l’homme puise en lui-même pour la composition de son fluide nutritif général. En même temps qu'elles ont pour but la composition de ce fluide , elles remplissent aussi d’autres offices ; J’absorption interstitielle, par exemple , fait partie in tégrante de la nutrition proprement dite ; l'absorption des sucs récrémentitiels assure l'intégrité physique des parties , et dans l’histoire de ces sucs tient lieu de l’excrétion. Enfin , entrant tout aussi forcément que les absorptions externes dans le mécanisme de la nutrition, elles sont peut-être encore plus évidemment constantes , puisque les matériaux sur lesquels elles opèrent sont nécessairement toujours là.

Voilà toutes les absorptions nutritives. L'auteur d’un ouvrage intitulé : du Siége et de la nature des maladies, M. Alard, considérant, comme formés exclusivement de vaisseaux absorbans, les parenchymes divers où s’accomplissent les nutritions, les sécrétions et les calorisations , veut qu’on regarde ces diverses fonctions comme autant d'espèces d’absorptions. Mais, sans prononcer ici sur le fait d'anatomie dont il arguë , je crois que le même motif qui a fait faire de absorption de l’air une fonction distincte, la respiration, doit faire séparer de la fonction qui prépare les matériaux du sang, c’est-à-dire de l'absorption , les fonctions qui règlent les divers emplois de ce sang dans les organes. On suit mieux ainsi l’artifice de la nutrition dans l’homme.

Dans ce tableau des absorptions nutritives de l’homme, nous relrouvons ce trait fondamental de l’absorp-

tion , qu’elle n’est pas une simple action de pompement, mais bien une action d'élaboration. La matière, en effet, en même temps qu'elle est saisie, est travaillée, et éprouve un changement de nature. Dans l'absorption di gestive, par exemple, le chyme est changé en chyle; et, dans les absorptions internes , les matériaux repris sont aussi changés en des fluides , que nous verrons être la Iymphe et le sang veineux.

| Arrrcze Il.

Absorptions éventuelles.

Nous avons appelé ainsi celles qui ne se produisent qu'accidentellement, qui surtout, ne faisant pas partie intégrante du mécanisme de la nutrition, tour à tour sont utiles et nuisibles, et Le plus souvent laissent intactes ou altèrent moins profondément les matières qu’elles introduisent dans le corps. On peut aussi les distinguer en externes et internes, selon que la matière absorbée est prise au dehors, ou provient de l'éconcmie ellemême.

1° Les absorptions accidentelles externes ne peuvent se faire que par les surfaces de notre corps qui sont naturellement extérieures et en contact avec des substances étrangères , Savoir , la peau , et les membranes muqueuses : et de là deux espèces d’absorptions de ce genre, chez l’homme , la cutanée et la muqueuse.

L’absorption accidentelle cutanée est celle que quelquefois exerce la peau sur les substances étrangères , tant solides que liquides et gazeuses, avec lesquelles cette membrane peut être en contact. Nous avons déjà dit que, de toute cerlitude chez l’homme, La peau n’absor-

bait aucuns alimens proprement dits. Paracelse dit avoir soutenu des malades avec des bains nourrissans, des bains de lait, de bouillon ; mais, s’il est vrai que la peau ait absorbé ces substances , elles n’ont agi que comme liquides. Il y a plus de doutes relativement aux boissons : au récit de voyageurs dignes de foi, la soif à été calmée par des bains , et par une application de vêtemens mouillés sur la peau; mais encore en admettant le fait, l’absorption des boissons par la peau n’en serait pas moins accidentelle , puisque nous ne sommes pas plongés natu : rellement dans l’eau. Enfin, à l’article dela respiration, nous prouverons que , chez l’homme, la peau n’absorbe pas non plus l'élément respirable , et que cet élément est exclusivement saisi dans le poumon. Ainsi, l'absorption cutanée dont nous voulons parler ici, évidemment n’est pas nutritive comme celles qui nous ont occupé jusqu’à présent; mais, par elle , peuvent pénétrer quelquefois dans l’économie plusieurs élémens des substances qui sont en contact avec la peau.

Cependant il y a débats parmi les physiologistes au sujet de cette absorption. Les uns disent qu’elle est aussi fréquente que facile, et invoquent des faits nombreux. Après Les bains, disent-ils, le corps augmente de poids, et la sécrétion urinaire redouble d’activité pour débarrasser l’économie de toute l’eau que la peau a absorbée. Il en est de même à la suite du séjour dans un air humide. Gorter a vu, dans un de ces cas, le poids du corps être augmenté de 2 à 6 onces, et Keil de 18. Symson, faisant prendre un bain de pied à un fébricitant, a vu l'absorption de l’eau se faire , au point que le niveau du liquide baissât sensiblement. Mascagni a vu les ganglions de l’aine se gonfler à la suite de pédiluves :

M. Chaussier, en plongeant des animaux dans du gaz hydrogène sulfuré, les a asphyxiés, quoique l'appareil fût disposé de manière que ces animaux ne respiraient pasle gaz funeste. Qui ne sait, que par la peau, pénètrent souvent les vapeurs métalliques, celles du cuivre, du plomb, du mercure ? Bichat s’est assuré que par cette voie il absorbait les miasmes putrides des amphithéâtres d'anatomie; et, pour qu’on ne pût pas attribuer les effets qu’il observait à l'absorption par les voies pulmonaires, comme on l'avait objecté aux expérimentateurs précédens, il avait combiné son expérience de manière à ce qu’il respirait un air autre que celui chargé des miasmes cadavériques. Qui pourrait méconnaître que l’absorption cutanée est une voie par laquelle pénètrent fréquemment les germes des maladies , un moyen de transmission des diverses contagions, de la variole, de la vaccine, etc. ? Enfin, ilest si peu possible de douter de l’action absorbante de la peau , que les médecins y onteu recours, pour faire pénétrer dans l’économie, les médicamens destinés à guérir les maladies. Dès la plus haute antiquité , les médicamens furent introduits par cette voie ; les Anciens purgeaient à l’aide de boules qu’on maniait dans les mains, et qu'ils appelaient, pila purgatoria. Lors de la découverte de la syphilis, et de l’action spécifique du mercure sur cette affection, c’est en frictions que cette substance fut employée. Les Arabes donnaient presque tous les médicamens sous cette forme : de nos jours, Chiarenti, Brera, Chrétien, ont rappelé l'usage de cette méthode eispnoïque. Nous avons vu MM. Pinel, Alibert , Duméril, dans des expériences semblables à celles faites jadis par les Arabes , administrer avec succès en frictions, des purgatifs, des vomitifs, des

diurétiques, des vermifuges, jusqu’au quinquina luimême. Ainsi l’action absorbante de la peau semble d’après ces faits être incontestable; et l’on émet généralement le sage précepte d’y avoir égard dans le choix des topiques que l’on emploie dans la pratique de la médecine : souvent on a vu, par exemple, survenir des accidens d’empoisonnement, consécutivement à l’application de topiques qui contenaient de l’arsénic.

Au contraire , d’autres physiologistes nient, ou au moins croient moins fréquente et moins facile qu’on ne l’a dit, l'absorption cutanée. Ils n’ont jamais vu , disentils , l’eau d’un bain être absorbée, non plus que l’humidité de l'air dans lequel on est plongé : si, dans ces cas, le corps a augmenté de poids, et si l’urine a été plus abondante, c’est qu'il y avait eu diminution dans la perspiration cutanée. L’épiderme est, selon eux, un obstacle que la nature a placée elle - même sur la peau pour prévenir son action d'absorption, et nous arracher aux dangers qui nous auraient continuellement menacés si cette absorption avaitété si facile. L’absorption cutanée n’a lieu que si l’épiderme est enlevé, ou si la substance à absorber est placée au-dessous de lui, ou est de nature à le détruire , et à mettre ainsi à nu la surface absorbante, On sait, en eflet, que pour obtenir avec plus de certitude une absorption cutanée , il faut souvent déposer la matière à absorber au - dessous de l’épiderme, comme dans l’inoculation de la variole , de la vaccine. Si des frictions cutanées facilitent l’absorption, c’est qu’elles enlèvent l’épiderme, ou l’amollissent , ou font pénéirer au-dessous de lui la substance à absorber. Les bains agissent de même. Qui ne sait que les points de la peau où l'absorption est la plus facile, sont ceux où l’épiderme

est plus mince , aux lèvres, à la bouche, au gland, ete. ? Qui ignore que l'absorption s'effectue en quelques minutes dans tous les lieux où la peau est dénudée, comme à la surface d’un vésicatoire , par exemple ? et quel accoucheur, quel anatomiste ne connaît le danger qu’il y a pour l'absorption à avoir des écorchures aux doigts ? Enfin, Séguin a fait des expériences pour prouver que la peau n’absorbe pas d’eau dans le bain, et que l’épiderme qui recouvre cette membrane est un obstacle naiurel à cette action : il a soumis deux fois par jour, et pendant une ou deux heures, des malades affectés de syphilis, à des pédiluves faits avec 16 livres d’eau et 3 cros de sublimé , et aucun n’a guéri, sauf trois qui avaient des excoriations aux jambes. Dans d’autres expériences , ce savant a trouvé que l'absorption se faisait d'autant plus facilement, que la substance mise en contact était plus irritante , plus disposée à détruire l’épiderme et à se combiner avec lui : il plaça sur la peau de l’abdomen d’une personne, la peau étant convenablement lavée et nettoyée, des morceaux du poids d’un gros de cinq substances différentes : mercure doux , scamonée , gomme gutte, sel d’Alembroth et émétique ; chacune de ces substances était maintenue sous un verre de montre séparé; après 10 heures de séjour , et la chaleur de la chambre où se faisait l’expérience étant à 15 degrés , il trouva que c’était la substance la plus irritante qui avait le plus perdu de son poids , qui conséquemment avait été absorbée en plus grande quantité ; il y avait eu deux tiers de grain du mercure d’absorbé , un grain de somme gutte, 5 d'émétique, et 10 de sel d’Alembroth.

La vérité est entre ces opinions extrêmes; et, s’il est impossible de méconnaître en de certains cas la réalité

de l'absorption cutanée , il faut aussi avouer que cette absorption est moins fréquente qu’on ne l’a dit, et que réellement l’épiderme y met obstacle : en beaucoup de cas où la contagion à été rapportée à l'absorption cutanée, cette contagion était due à l'absorption respiratoire. Dès-lors, puisque cette absorption dépendle plus souvent de la condition que la matière à absorber parviendra sous l’épiderme , on concoit pourquoi elle est si peu sûre, pourquoi l’état de sueur la contrarie, etc. Puisque l’épiderme influe si prochainement sur elle, on concoit pourquoi elle variera selon les âges , les sexes , les saisons , etc. Mais il reste bien évident toutefois que cette absorption est insolite, e& n’entre pas dans le système général de la nutrition.

L'absorption accidentelle muqueuse est celle qu’exercent les membranes muqueuses sur les substances étrangères , tant solides que liquides et gazeuses , avec lesquelles ces membranes sont naturellement en contact , OU qu’on peut appliquer exprès à leur surface. Nous avons déjà dit souvent que ces membranes muqueuses représentaient dans leur ensemble une sorte de peau intérieure , élant aussi dans un contact forcé avec des substances étrangères. Or, ces membranes exercent sur ces substances une action d'absorption , qui est même beaucoup plus active que l'absorption cutanée , soit parce qu’elles n’ont pas d’épiderme, ou en ontun moins épais, soitparceque ces membranes étant le siége des absorptions digestive, respiratoireet excrémentitielle, sont par suite aptes à effectuer toute absorption quelconque. Aussi personne ne les a méconnues. La faculté absorbante de la muqueuse gastrique est démontrée par le passage dans le sang de quelquesuns des principes non chylifiés des alimens et des bois-

sons , de leur matière colorante, par exemple; par celui des médicamens qu’on fait pénétrer par cette voie , etc. La matière des lavemens est aussi absorbée dans le gros intestin. Souvent la syphilis a été contractée par le rectum , de même que c’est par la bouche que dans la méthode de Clark pénètre le mercure destiné à la guérir. M. Chaussier a asphyxié des animaux par une injection de gaz hydrogène sulfuré dans cette membrane muqueuse. Enfin , de nombreux expérimentateurs ont vu cette membrane absorber les diverses substances liquides ou gazeuses , que lon mettait exprès en contact avec elle.

Il en est de même de la membrane muqueuse pulmopaire : sans parler ici de l'absorption nutritive qu'elle exerce sur l’oxigène de l’air , elle en exerce une fort active sur toutes les substances qui peuvent être en contact avec elle : elle saisit, par exemple, les divers atomes, ou métalliques, ou pulvérulens , les miasmes délétères , odorans, l’eau , qui sont mêlés à l'air de la respiration , ou en suspension dans Ce gaz. La respiration d’un air humide à souvent donné lieu à une sécrétion urinaire plus abondante ; la respiration d’un air chargé de l’arome de l'essence de térébentine a donné à l’urine l’odeur de violelle, ce qui prouve que l’arome avait été absorbé. Beaucoup de faits qui étaient attribués à l'absorption cutanée , sont dépendans de l'absorption pulmonaire. On ne peut la méconnaître dans les asphyxies positives , puisque les gaz délétères ont alors été retrouvés dans le sang. Elle est aussi la source de beaucoup de contagions, ie l'introduction fréquente dans l’économie de germes de maladie : parelle on peut faire pénétrer les médicamens, et e’estenvpartie sur Cetle absorption que Beddoës et

d'autres médecins ont fondé la méthode de rendre médicinal l'air qu’on fait respirer à des malades. Enfin , des substances liquides elles-mêmes ont été absorbées dans le poumon ; Gohier a vu disparaître ainsi celles qu’il avait injectées dans les bronches de quelques chevaux, par une ouverture qu'il avait faite à leur trachée-artère, au-dessous du larynx.

Nous en dirons autant de la membrane muqueuse génito- urinaire. N'est-ce pas par cette membrane que se contracte la syphilis ? Les injections qu’on pousse dans la vessie n’y sont-elles pas souvent absorbées ?

Encore une fois , ces absorptions muqueuses sont plus actives que la cutanée, probablement parce que ces membranes devant être le siége des absorptions digestives, respiratoire et excrémentitielles , la nature a dû ne pas les revêtir d’épiderme, et, au contraire , a dû faire prédominer en elles la condition de structure qui fait l’absorp ton. Mais il n’en est pas moins certain que ces absorptions sont accidentelles , et étrangères au mécanisme de la nutrition.

Telles sont les deux surfaces de notre corps , qui étant naturellement en contact avec des substances étrangè res, peuvent en effectuer l’absorption. Mais il faut ajouter qu’il n’est aucune de nos parties qui ne puisse absorber de même les corps étrangers qui sont mis en contact avec elles. [ci il faudrait rappelerles nombreuses expériences faites par les physiologistes , pour faire pénétrer dans l’économie , à l’aide de l'absorption , et par toutes surfaces quelconques du corps, des sub stances étrangères, tant solides que liquides et gazeuses. M. Chaussier à fait une plaie à un animal vivant , a inséré dans la plaie un calcul, a obtenu sur lui la cicatri-

sation, et a vu, avec le temps, ce calcul être rongé par F’absorption , et disparaître, MM. Dupuytren et M agendie ont injecté divers liquides dans jes cavités des membrapes séreuses , dans les aréoles du tissu cellulaire , dans les parenchymes des organes, el ils ont vu l’absorption s’en faire. MM. Achard, Gallandat, Nysten, Chaussier ont injecté dans les mêmes lieux différens gaz, de l’oxigène , de l’acide carbonique , du gaz hydrogène sulfuré , etc. , etils ont vu aussi l'absorption s’emparer de ces gaz. Qui ne sait d’ailleursque c’est par cette absorption que disparaît l'air quiremplit le tissu cellulaire, dans ce qu’on appelle l’emphysème? Toute partie donc absorbe lorsqu'elle n’est pas revêtue d’une couche d'épiderme ; soit parce que c’est le propre de tout tissu vivant , ainsi que nous avons dit que cela était dans les derniers animaux ; soit parce que dans l’homme toute partie contient une dépendance des systèmes vasculaires que nous verrons être les agens des absorptions. Du reste, nous n'avons pas besoin de prouver que les absorptions de ce dernier genre sont insolites , et étrangères au plan de la nutrition, puisqu'il faut porter exprès sur les surfaces qui les effectuent les matières qui sont saisies.

2° Absorptions accidentelles internes. Ce sont celles qui opèrent sur des matériaux provenant du corps humain lui-même : et ceux-ci sont; ou des sucs excrémentitiels , soit de santé, soit morbides, qui, par cela seul qu'ils sont excrémentitiels , sont de véritables corps étrangers pour l’homme ; ou toute humeur quelconque du corps, lorsqu'elle estune fois sortie de sa filière accoutumée , de son appareil spécial.

Ainsi, quand un suc excrémentiliel quelconque ne peut être excrété , qu'un obstacle à son expulsion le fait

séjourner dans son appareil spécial, Fabsorplion s’en empare , et le reporte dans le sang. Ainsi la bile est souvent résorbée , et va, comme dans l'ictère, temdre en jaune toutes les parties. Ainsi, dans la paralysie de la vessie, ou quand on a lié chez un animal vivant les ureières , l’urine est reportée dans le sang, etimprègne tous les parenchymes , tous les fluides. Cela est vrai des matières fécales elles - mêmes; on a vu , lors d’un séjour prolongé de ces matières dans le rectum , l'absorption s’en faire en partie, et la transpiration de la personne exhaler l’odeur des fèces. Ge que nous disons des sucs excrémentitiels propres à l’état de santé, doit s’entendre aussi des sucs excrémentitiels morbides, du pus, des ichors, etc. : quand ces fluides n’ont pas une issue facile au dehors, ils sont résorbés aussi; et de là résultent peut-être la fièvre lente qu’on chserve en ces cas, l’infection générale du sang, etc.

D'autre part , toute humeur quelconque du corps, quand elle est hors de sa filière, de ses vaisseaux propres , peut être considérée commeun corps étranger ; et, si elle ne détermine pas par sa présence une inflammaüon , des dépôts , elle est recueillie parl’absorption. Ainsi le sang extravasé dans une ecchymose, épanché dans une cavité splanchnique quelconque, dans le tissu du cerveau lors d’une apoplexie , etc., estrésorbé. Cela est vrai de matières solides elles-mêmes; et c’est ainsi, par exemple. que disparaissent le cristallin dans l'opération de la cataracte par abaïssement, lefætus dans une grossesse extra-utérine ; que se résolvent beaucoup d’empâtemens , d’engorgemens , d’altérations organiques , qu’ont laissées dans des organes des maladies antérieures.

Ilest bien évident encore que toutes ces absorptions

ne sont qu'éventuelles, puisqu'elles sont subordonnées aux circonstances insolites qui les réclament : seulement, tandis que le plus souvent les autres absorptions éventuelles sont nuisibles, celles-ci sont avantageuses , médicatrices , et ont pour but de réparer les désordres qui existaient dans l’économie.

Telles sont les absorptions de la seconde classe, ou éventuelles. Îl est bien évident qu’elles diffèrent déjà des nutritives , en ce qu’elles ne sont pas constantes , et ne font pas partie intégrante du mécanisme de la nutrition; mais elles s’en distinguent encore, en ce qu’elles ne font pas comme elles subiraux matières qu’elles ontintroduites dans l’économie une forte élaboration ; le plus souvent elles laissent ces matières intactes , ou au moins elles leur impriment une altération si peu profonde, qu’on peut le plus souvent les reconnaître avec leurs qualités premières dans les vaisseaux où elles ont pénétré. Voyez, par exemple , les absorptions cutanées : Bichat retrouvait dans les gaz qui sortaient de son intestin , l'odeur cadavérique des miasmes qu'avait absorkés sa peau. On retrouve plus ou moins dans le sang , et avec leur nature propre, les substances médicamenteuses qu’on a appliquées en frictions. Puisque d’ailleurs ces substances vont toutes exercer une action spécifique sur quelques organes , il faut bien qu’elles aient conservé un peu de leur nature première, et qu’elles n’aient pas été changées ea entier en un fluide identique , comme nous avons dit que l’étaient les matériaux des absorptions nutritives. Il en est de même de l’absorption externe muqueuse. Quant à l'absorption accidentelle interne, cela est vrai aussi de tous les sucs qui sont excrémentitiels ; n’a-t-on pas distingué sûrement la bile dans le sang ? N’y est-elle pas en

DES ABSORPTIONS EN PARTICULIER. 198 totalité ou en partie dans la jaunisse ? L’urine n'y estelle pas de même dans les cas décrits par M. Richerand sous le nom de fièvre urineuse ? Il n’y a de doute que pour les sucs récrémentitiels : d’un côté, on peut méconnaître leur présence dans le torrent circulatoire; et, de l'autre , rien n'empêche de croire qu’ils sont changés dans les fluides des absorplions nutrilives , puisqu'ils ne sont autres que les matériaux de ces mêmes absorptions.

Cette dernière différence est bien importante à constater, puisqu'il en résulte que , dans ces absorpiions éventuelles , nous aurons toute certitude des agens qui les auront effectuées , retrouvant les matières dans les Vals seaux où elles auront été introduites; tandis que nous n’aurons pas cet argument direct et irrécusable pour les absorptions nutritives. Mais nous verrons que nous conclurons des unes aux autres.

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