III. — ÉVOLUTION DE LA TYPOGRAPHIE
et, Fig. 8, avec réduction d'environ un tiers, l'alphabet de ses minuscules.
Pendant que Jaugeon rédigeait cet important travail, Philippe Grandjean, assisté de son élève Jean Alexandre, se mettait à l'œuvre, et, s'inspirant à la fois du goût de l'époque et des conseils de la Commission, gravait des caractères, qui me paraissent constituer un progrès évident sur ceux de Garamond (1693) (Fig. 9).
Avec les caractères de Grandjean, nous voyons disparaître dans le haut des lettres ces traits terminaux obliques qu'on a fait revivre de nos jours en reprenant les types dits elzéviriens; on remarque aussi, à mi-hauteur de la lettre I, un petit trait horizontal qui, depuis cette époque (1), sert pour ainsi dire de marque de fabrique aux produits de notre Imprimerie Nationale ; enfin, les lettres longues supérieures, telles que b, d, portent un trait terminal qui se prolonge vers la droite autant que vers la gauche, disposition qui, comme le petit trait de la lettre 1, était spéciale aux fontes de l'Imprimerie royale.
Cette particularité disparaît dans les caractères de Luce, qui furent acquis à grands frais par le roi en 1773, mais ne furent heureusement jamais employés.
Dans l'introduction de son Essai d'une nouvelle typographie, in-4°, 1771, Luce s'exprime ainsi :
« On sait que les caractères romains employés à l'Imprimerie royale ont, au-dessus de chaque colonne, deux empâtements coupés horizontalement et qu'on leur a donné cette forme, qui rend l'alignement d'en haut bien plus agréable, pour distinguer les ouvrages de cette imprimerie de tous ceux qui s'impriment ailleurs. Mes nouveaux caractères ne doivent donc avoir et n'ont en effet qu'un seul empâtement. Outre cela, cet empâtement est coupé obliquement du côté gauche...
« Ce qui m'a fait préférer cet empâtement à gauche, c'est la persuasion où je suis que tous les caractères typographiques tirent leur origine des écritures manuelles. Or, pour écrire, il me paraît naturel que la plume prenne d'abord un point d'appui du côté gauche d'où elle part, qui dispose et assure la main, pour tirer un trait perpendiculaire et former la colonne des lettres. »
(1) C'est en 1702, que Louis XIV fit ajouter aux caractères de l'Imprimerie nationale cette marque distinctive qu'elle a seule le droit d'avoir, une espèce de sécante placée sur le flanc gauche de la lettre 1.
La typographie de Luce était donc un retour au passé.
Les caractères célèbres que Firmin Didot grava pour l'Imprimerie Impériale (1811) conservent les traits terminaux si heureusement adoptés par Grandjean. Mais nous ne croyons pas'que Didot ait été bien inspiré en adoptant des déliés