ÉVOLUTION DE L'ÉCRITURE EN RELIEF
Les personnes qui voudraient des détails circonstanciés sur l'histoire de l'écriture ponctuée devront lire les deux volumes où M. Pagnerre a récemment traité cette question. Le manuscrit, dont M. Pagnerre a enrichi la bibliothèque Braille, est en abrégé orthographique, et daté de 1902. Il s'en trouve un résumé dans l'annexe du volume publié à la suite du Congrès international pour l'amélioration du sort des aveugles, tenu à Bruxelles, en 1902.
L'histoire de Valentin Haùy qui, vers la fin du xvme siècle, enseigna la lecture à quelques aveugles au moyen de lettres ordinaires en relief, est trop connue pour qu'il soit utile de la raconter ici. Il fut le fondateur des Ecoles d'aveugles de Paris et de Saint-Pétersbourg. Peu à peu, dans différents pays, on perfectionna la fabrication de livres estampés, à l'usage des aveugles, notamment en simplifiant la forme des caractères employés. Parmi ces simplifications, la plus célèbre est celle de l'anglais Moon.
En 1820, Prony présentait à l'Académie des Sciences un rapport sur un système d'écriture, inventé par le capitaine Barbier (1). Dès cette époque, Barbier indiquait la supériorité, pour l'aveugle, d'une écriture formée de points saillants. Il produisait cette écriture au moyen d'un poinçon guidé, comme cela se fait encore aujourd'hui, par le contour d'une cellule rectangulaire. Sous le papier, une plaque portait
(1) Guilbeau. Notice sur Barbier, journal de Valentin Haùy. Paris, oct. 1891. Rapport de Cuvier et Molard, sur un Mémoire de Charles Barbier, brochure in-18 de 24 pages; se trouve à la bibliothèque Braille, 31, avenue de Breteuil, sous le n° 118. Cette brochure renvoie à des rapports faits en 1820 par M. de Prony et en 1823 par M. Lacépède.
Barbier. Notice sur les salles d'asile, le retour à la simplicité primitive de la théorie alphabétique, l'instruction familière des enfants du premier âge, des aveugles de naissance et des sourds-muets. Brochure in-8°, Paris, 1834. Cette brochure se trouve également à la bibliothèque Braille et à celle de l'Institut, dans un volume de Mélanges de statistique, n° 259.
un rayage dont l'emploi s'est transmis jusqu'à nous, du moins en France.
Trois ans plus tard, MM. Ampère et Lacépède firent un nouveau rapport à l'Institut. Barbier avait amené deux aveugles sachant lire par son système. Surpris de l'excellence du résultat, les commissaires firent sortir l'un des deux aveugles et dictèrent une phrase à l'autre. Aussitôt rentré, le premier lut sans hésitation la phrase que son camarade venait de poinçonner. Ainsi l'écriture ponctuée et les moyens de la tracer régulièrement sont l'œuvre de Barbier, qui, de plus, avait disposé la plaque rayée de manière à pouvoir être instantanément déplacée pour que l'aveugle fût à même de se corriger. Braille lui a d'ailleurs pleinement rendu justice en terminant la préface d'un de ses livres par la phrase suivante (1) : « Nous aimerons toujours à répéter que notre reconnaissance appartient à M. Barbier, qui, le premier, a inventé un procédé d'écriture au moyen de points, à l'usage des aveugles ».
Au cours des vingt ou vingt-cinq ans qu'il consacra au perfectionnement de l'écriture en relief, Barbier paraît avoir modifié à plusieurs reprises la disposition de ses points saillants avant d'aboutir à la cellule rectangulaire pouvant recevoir six points. Dans une brochure qui se trouve à la bibliothèque Braille, sous la cote IlOf du catalogue, on trouve l'explication détaillée de la fabrication des tablettes de Barbier mises à la portée des aveugles (2). J'indiquerai d'abord l'une de ses notations ponctuées, d'après un tableau et un volume appartenant à la collection de M. Boissicat, économe à l'Institution nationale de Paris. L'impression en relief est parfaite et on va voir que, dans ce système, un illettré peut apprendre à lire en quelques heures. La pierre angulaire du système est le tableau en noir suivant, qu'il faut apprendre par cœur, ligne par ligne. Ce travail de mémoire, le seul exigé par Barbier, est singulièrement facilité par la disposition logique et déductive des articulations inscrites dans le tableau et qui rappellent les articu-
( (1) Procédé pour écrire au moyen de points, 2e édition. Imprimerie de l'Institution royale des jeunes aveugles. Paris, 1837 (Collection particulière de M. Boissicat).
(2) Annales de l'Industrie nationale et étrangère ou Mercure technologique. Bachelier, 55, quai des Augustins. Paris, 1822.