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XVII. — TYPOGRAPHIE COMPACTE

dessinés par Jaugeon pour l'Imprimerie royale, types qui n'ont jamais été exécutés, et qui nous paraissent réunir à la fois les meilleures conditions d'élégance, de solidité et de visibilité.

Bien entendu, pour le haut des lettres, nous rejetons la coupe oblique, dont la raison d'être, purement traditionnelle, ne saurait être d'aucun poids.

Enfin, mais sans insister sur ce point controversable, nous pensons que les empâtements du haut devraient être symétriques par rapport aux jambages, comme ceux du bas. Alors un u prendrait la figure u analogue à celle d'un n retourné. Nous ne laisserions le trait terminal sur le côté gauche qu'à l'I, pour qu'on puisse le distinguer de l'I, et au premier jambage des lettres m n p et r, où sa prolongation à droite produirait de la confusion.

DE L'APPROCHE ET DE L'iNTERLIGNE.

Occupons-nous maintenant de la distance respective des lettres : elle joue un certain rôle dans leur visibilité.

Pour s'en assurer il suffit de s'éloigner de cette page, posée verticalement : on s'apercevra aisément que le présent passage, où l'on a intercalé des espaces fines entre toutes les lettres, est plus lisible que le reste.

Or, Fournier voulait que l'écart des lettres fût un peu moindre que celui des jambages de l'm, et Laboulaye propose de prendre l'écart égal à celui des jambages de l'n, où il est plus grand que dans l'm ; alors la distance des lettres n'étant remplie que par du blanc, paraîtra quelque peu plus grande que celle qui sépare les jambages. D'autre part, tous les typographes veulent que les lettres arrondies telles que l'o, l'e, etc., portent sur les côtés un peu moins de blanc que les lettres droites, telles que m ou n, car deux o, par exemple, paraîtraient plus distants que deux n si leur distance réelle n'était pas un peu moindre.

L'expérience qu'on vient de faire nous paraît démonstrative, et la lisibilité remarquable des livres anglais nous

paraît tenir en partie à l'extrême brièveté de la plupart des mots de cette langue, qui a pour effet de multiplier les blancs. Aussi n'hésitons-nous pas à préférer la règle de Laboulaye à celle de Fournier ; nous irions même volontiers ! un peu au delà et nous voudrions que les lettres droites portassent un peu plus de blanc que ne le demande Laboulaye. Les typographes pousseront les hauts cris, car cela diminuera l'uniformité d'aspect si traditionnelle, mais si contraire à la logique, et les bibliophiles nous pardonneront en faveur des belles éditions du temps passé, qui doivent une partie de leur lisibilité à ce qu'on n'avait pas encore uniformisé autant l'aspect des lettres et la valeur de l'approche.

Quant à l'interlignage, il suffit de renouveler avec le présent alinéa l'expérience de tout à l'heure pour s'assurer que la suppression totale des interlignes, dont l'effet est déplaisant, ne diminue pas la lisibilité. Les lettres telles qu'elles sortent de chez le fondeur portent par le haut et par le bas beaucoup plus de blanc que par le côté ; le raisonnement faisait donc parfaitement prévoir que l'interlignage est un pur luxe, auquel on aurait bien tort de renoncer quand la question de dépense n'intervient pas. Nous sommes surpris que M. Hermann Cohn n'accepte pas un résultat que la théorie et l'expérience s'accordent à démontrer. Il faut réserver l'interlignage et les grandes marges pour les livres soignés ; la librairie et le journal à bon marché feront mieux de recourir à des caractères plus gros que de compenser la dépense du papier occupé par les interlignes en employant des caractères trop fins. C'est d'ailleurs ce qu'ont parfaitement compris les éditeurs de journaux français; ceux qui savent leur métier n'emploient jamais d'interlignes. — Nous aurons d'ailleurs à revenir sur cette question.

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