‹ Physiologie de la̕mour moderneChapitre 6 sur 35 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

A parler franc, il ne portait, ce scrupule, que sur certains détails des toutes premières méditations, — qui me paraissaient compromettre, comme à plaisir, par des partis pris de plaisanterie brutale, ce qu'il y a dans les autres d'analyse sérieuse et douloureuse. « Si Claude pouvait revoir ses épreuves, » me disais-je, « avec deux ou trois coups de crayon il mettrait ces vingt malheureuses pages au point, et je me moquerais du prudhommisme et de la tartuferie des critiques sur le reste... » Aussi quelle joyeuse surprise lorsque je reçus de Mlle Claudia Larcher, la tante de mon malheureux ami, un dernier paquet de notes, retrouvées dans un coin de secrétaire où Claude les avait sans doute cachées et oubliées ! C'était un nouveau projet des deux premières méditations. Il y reste trop d'inutile cynisme. Du moins ce texte-ci ne permettra plus au lecteur de bonne foi de se méprendre sur l'intention de l'écrivain. D'autre part, les curieux de variantes, s'il en est pour ce livre incomplet, retrouveront à travers la collection de la Vie Parisienne les pages remplacées dans le volume par une version plus conforme au ton général de l'œuvre. Sur la feuille de garde qui enveloppait les morceaux corrigés, Claude avait écrit : « Ces brutalités sont nécessaires pour amener la Méditation IV, d'un si essentiel enseignement. » On jugera de cet enseignement et de cette nécessité. Quant à moi, quoiqu'il me fût cruel de voir lancer à mon meilleur ami le reproche d'avoir

X PHYSIOLOGIE DE i/AMOUR MODERNE

spéculé sur le scandale, je n'aurais pas supprimé de mon chef une ligne d'un manuscrit qui m'était sacré. Je me réjouis qu'un hasard inattendu ait levé mes doutes, et je livre cet ouvrage, sans crainte, aujourd'hui, qu'on y voie autre chose — j'entends légitimement — qu'un recueil de remarques plus ou moins intéressantes sur un sujet dont les sages passent leur vie à dire : « Il n'y a pas que cela dans le monde, » et à prouver par leur conduite qu'il n'y a pourtant que cela. Car cela, ce mystérieux et fatal charme d'amour, — heureux, c'est le paradis, — malheureux, c'est l'enfer. J'ajouterai, pour ne pas manquer au goût de ce que mon ami appelait V auto-ironie, qu'il en est de cet enfer comme de l'autre. « Ce grand roi, » disait le prince de Ligne de Frédéric II, « attachait beaucoup d'importance à sa damnation. Il en parlait trop... » J'ai souvent pensé à cette phrase en lisant les plaintes de Claude. — Que sa sincérité lui serve d'excuse !

Rapallo, 3 octobre 1890.

DE

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