SUPÉRIORITÉ DES EXERCICES DE JAMBES
quelle que soit la forme de l’exercice , si le bras seul travaille , observera-t-on que la respiration ne sera pas considérablement activée. L’exercice pourra amener la fatigue locale avant que le besoin de respirer n’ait augmenté d’intensité. 11 pourra même se faire que le travail de deux bras réunis ne représente pas, au bout d’un temps donné, une somme de travail suffisante pour nécessiter des respirations plus amples.
En général, les exercices c{ui se pratiquent avec les jambes représentent une plus grande somme de travail que ceux qui se pratiquent avec les bras. Les muscles du membre supérieur ne pourraient supporter sans une fatigue extrême une dépense de force qui ne coûte aucun effort aux membres inférieurs. 11 n’est fatigant pour personne de faire 500 mètres à pied en cinq minutes : quel gymnasiarque pourrait se transporter dans le même temps à la même distance en progressant à force de bras le long d’une corde tendue? Le travail mécanique serait cependant, au total, le même : déplacement d’un même poids suivant une même direction horizontale, et à une même distance.
Ce n’est donc pas aux muscles des bras qu’il faut s’adresser pour dilater la poitrine. L’exercice musculaire ne peut produire le développement du thorax que par un effet indirect, et nullement par un effet direct comparable à l’augmentation de volume du muscle qui travaille. Le muscle qui se contracte souvent grossit, parce que sa nutrition s’en trouve activée. Mais le thorax ne se dilate que lorsque la masse du sang, surchargée d’acide carbonique, exige une plus grande quantité d’air pour s’hématoser.
C’est à la sensation du besoin plus urgent de respirer, c’est à la «soif d’air», qu’est dû le mouvement instinctif par lequel les côtes se soulèvent avec énergie, pour attirer dans la cavité tho- ■ racique une plus grande quantité de fluide atniosphérique.
La soif d’air, poussée trop loin, amène l’essoufflement, qui n’est autre chose qu’une lutte impuissante de l’organisme cherchant en vain à donner satisfaction à un besoin. Quand ressoufflement est très modéré, il produit des mouvements respiratoires très amples; mais quand il est excessif, les respirations deviennent très courtes, en même temps qu’elles se précipitent.
Aussi l’exercice n’a-t-il plus aucune ellicacité pour dilater la poitrine, quand l’essoufflement atteint un degré extrême.
En résumé, la méthode la plus profitable pour dilater le poumon, développer le thorax et ouvrir la poitrine, consiste à exé-
LES RÉSULTATS DE l’eXERCICE
cuter des exercices capables d’augmenter le besoin de respirer, sans les pousser jusqu’à un degré excessif d’essoufflement.
Si nous passons de l’explication physiologique à l’observation des faits, nous voyons que la pratique donne une éclatante conürmation h la théorie.
Les exercices de force amènent rapidement l’ampliation du thorax. 11 en est de même des exercices de vitesse quand ils nécessitent une grande énergie dans les mouvements. — Aucun exercice ne développe la poitrine aussi rapidement que la course, si ce n’est la lutte.
Les montagnards présentent tous une grande largeur de poitrine, et on a cité pour l’ampleur extraordinaire de leur thorax les Indiens qui habitent les hauts plateaux de la Cordillère des Andes. Ce développement excessif de la cavité respiratoire chez les peuples des montagnes est dû à deux causes agissant dans le même sens : ascension continuelle de pentes escarpées, et résidence habituelle à une grande altitude, dans un milieu où l’air est rarélié. Le fait de gravir des sentiers à pic comporte une grande somme de travail, d’où augmentation du besoin de respirer; la respiration dans un air rarélié oblige le sujet ù faire des inspirations plus profondes pour suppléer par le volume de l'air inspiré à l’insuffisance de ses propriétés vivifiantes.
Les chanteurs, sans autre exercice que la pratique du chant, arrivent à développer leur thorax, et acquièrent une grande puissance respiratoire et une augmentation rernaniuahle des dimensions de la poitrine.
Des observations nombreuses prouvent qu’il suffit de faire volontairement chaque jour un certain nombre de respirations forcées pour constater, au bout d’un temps assez court, des ampliations du thorax qui atteignent 2 et 3 centimètres.
Si on demande à l’exercice musculaire le même résultat, il faut choisir une forme de travail qui soit capable d’augmenter l’intensité de l’effort respiratoire, c’est-à-dire un exercice qui mette en jeu de puissantes masses musculaires. On obtiendra ainsi en peu de temps une grande quantité de travail sans amener la fatigue. Or les jambes, trois fois plus fortement musclées que les bras, peuvent faire trois fois plus de travail qu’eux avant d’arriver à se fatiguer. Les membres inférieurs sont donc plus capables que les bras d’éveiller le besoin de respirer, qui est proportionnel à la quantité de force dépensée.