LES ACCIDENTS DU TRAVAIL
quentes de ruptures musculaires quand ils s’exécutent aA^ec une très grande énergie ou une très grande AÛtesse.
Quelquefois une contraction maladroite AÛent raccourcir le muscle au moment même où une cause mécanique tendait ii proAmquer rallongement de ses libres. Le muscle, soumis à deux influences opposées, ne résiste pas et se déchire. — Nous de\’ons à notre ami le docteur J. Lemaistre l’observation d’un homme qui, faisant de la gymnastique, s’est rompu une grande partie du muscle pectoral. C’était un jeune soldat exécutant une « culbute aux anneaux » , sous l’impression des menaces brutales de son moniteur. Poussé par la crainte d’être puni s’il ne mettait pas assez de hardiesse dans son élan, et retenu par l’appréhensiou d’un mouvement nouveau pour lui, le gymnasiarque, après avoir vivement lancé son corps de manière à lui faire décrire un mouvement de révolution d’avant en arrière, chercha à le retenir, au rnomenl où il avait déjà la vitesse acquise de la chute. Le tronc était, à ce moment, aussi éloigné que possible des bras, ceux-ci se trouvant relevés au-dessus de la tête. Dans cette position d’abduction forcée, les libres du pectoral, — muscle adducteur, — étaient aussi allongées que possible et portées aux dernières limites de la tension. C’est alors qu’un effort do contraction tendant à augmenter encore cette tension excessive provoqua leur rupture. Le muscle se déchira dans toute son épaisseur, et sur l’étendue de ses deux tiers inférieurs.
Ces résultats de l’exercice, quelque intérêt qu’ils puissent présenter pour le médecin, ne méritent pas de nous arrêter longtemps, car leur mécanisme est facile à comprendre, et leur production est tout accidentelle. Nous avons hâte de passer à d’autres faits intimement liés à l’acte physiologique de la contraction musculaire, et qui sont les résultats inévitables et obligés du travail.
Parmi les effets de l’exercice musculaire les plus frappants , sont les modifications que subit le muscle lui-même sous l'influcnce du travail. Le muscle augmente do volume, et en môme temps change de structure ; il perd la graisse qui inliltrait ses fibres et tend à ne retenir en lui-même que ses éléments propres, les fibres musculaires, dont la densité, étant plus grande que celle
LES RÉSULTATS DE l’eXERCICE
des autres tissus, donne à toute la région qui travaille une fermeté caractéristique. De plus, la graisse environnante est brûlée par la contraction, aussi bien que celle qui faisait partie constituante de l’organe. Le tissu cellulaire au milieu duquel le muscle était en quelque sorte noyé avant d’avoir été soumis à un travail soutenu, se brûle pour alimenter les combustions, et toute la région subit un changement de forme caractérisé par des saillies et des bosselures : les muscles ressortent. On peut ainsi, à la seule inspection d’un homme adonné à un exercice violent ou à une profession très laborieuse, déterminer quelles sont les parties du corps où le travail musculaire s’est localisé.
L’accroissement des muscles sous l’influence du travail est dû à la circulation plus active qu’il subit pendant la contraction. Quand un membre travaille, le sang y alïlue, attiré par une force physiologique difficile à expliquer, mais dont les effets se font sentir à tous les organes qui travaillent , à tous les éléments qui fonctionnent. Le mouvement en vertu duquel le sang est attiré au muscle pendant le travail a pour but de fournir à cet organe les matériaux nécessaires aux combustions. Le muscle, en effet, ne peut produire du travail sans produire de la chaleur ; mais quand il s’échauffe , c’est aux dépens de certains matériaux hydro-carhonés que le sang lui apporte, et il ne se brûle lui-même que faute d’apport suffisant. Aussi ne voit-on le muscle diminuer par le travail que dans le cas d’épuisement organique, alors que la constitution appauvrie ne peut lui fournir un sang suffisamment riche en matériaux combustibles.
Grâce à l’apport incessant des matériaux fournis par le sang, le muscle ne s’use pas lui-même, à moins pourtant que la contraction ne soit exagérée et trop longtemps soutenue. Dans le cas de surmenage persistant, le muscle finit par diminuer et s’user, ainsi qu’on le voit sur certains coureurs de profession dont les jambes se desséchent par l’abus qu’ils en font. Le muscle, livré à un travail excessif, finit par se brûler lui-même, les matériaux apportés par le sang ne suffisant plus â alimenter les combustions. C’est ainsi qu’un fourneau consume d’abord le bois qu on y apporte, mais finit, la chaleur étant trop vive, par se brûler lui-môrne et par oxyder le fer de ses grillages.
Le muscle utilise pour sa combustion les matériaux placés a sa portée, et c’est pour cette raison que les graisses qui 1 entourent disparaissent les premières et que le bras droit, par exemple, travaillant seul, peut perdre tout son tissu graisseux et
MODIFICATION DES FORMES EXTERIEURES 28o
présenter , à travers la peau amincie , des reliefs musculaires très accentués, pendant que le bras gauche, resté inactif, garde encore la forme arrondie et empâtée due à l’infiltration du tissu cutané par des matériaux graisseux exubérants.
Ainsi le travail, outre qu’il produit des effets généraux sur la nutrition, commence par modifier localement la structure de la région qui est plus particulièrement exercée. De là l’importance, au point de vue esthétique, de faire travailler également toutes les régions du corps , si l’on veut éviter dans l’aspect extérieur des irrégularités choquantes.
L’accroissement de volume du muscle s’explique aisément. La contraction y attire une plus grande quantité de sang , qui y séjourne même après la cessation du travail. Cet afflux de sang plus considérable est cause d’une nutrition plus intense par suite de l’abondance de matériaux qui baignent la fibre musculaire et mettent à sa portée plus d’éléments nutritifs.
Mais l’accroissement de volume n’est pas la seule modification observée dans le muscle par suite du travail : on peut y observer aussi un changement de forme correspondant aux mouvements qu’il exécute. C’est là un point très intéressant des effets locaux du travail , car il est intimement lié au mécanisme des déformations qu’on observe à la suite de certains exercices. Un muscle dont l’action prédomine constamment sur celle des autres muscles, ou, en d’autres termes, un muscle qui se contracte plus souvent que son antagoniste, finit par subir un certain degré de raccourcissement. Si , par exemple , les deux extrémités d’un fléchisseur se trouvent très souvent rapprochées par le fait môme de leur contraction et que leur action ne soit pas contrebalancée par une contraction aussi fréquente et aussi énergique de l’extenseur qui lui fait équilibre , ses fibres tendront à garder la forme ramassée qui leur est souvent imposée , et le muscle se raccourcira.
On observe souvent, chez les gymnastes, cette demi-contraction de la fibre, et, par suite, la prédominance d’une attitude particulière. Ceux qui abusent des exercices nécessitant la flexion do l’avant-bras sur le bras ac(iuièront un développement excessif du biceps, et ce muscle tend à se raccourcir en môme temps qu’il s’épaissit; le mouvement d’extension se trouve alors limité dans son étendue et l’avant-bras ne {)eut plus s’étendre; assez pour former une ligne droite avec le bras. De là une dé-
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forinalion qui est sans importance dans l’exemple cité, mais qui pourrait devenir une cause de diflbrmité si elle siégeait sur certains points du corps dont la direction doit être régulière sous peine de défaut d’harmonie dans les lignes, et d’élégance dans l’attitude.
Supposons que cette contracture musculaire si fréquente aux membres, chez la plupart des amateurs de trapèze, vienne à se produire dans les muscles de la région dorsale : les mômes elfets vicieux que nous observions tout à l’heure sur la direction du bras vont se faire sentir sur la direction de la colonne vertébrale. Si les muscles fléchisseurs des vertèbres agissent plus ([ue les muscles extenseurs, ils tendront à se raccourcir, leurs antagonistes gardant leur dimension normale, et les vertèbres se trouveront lléchies en avant. De là une attitude penchée inévitable. Si les muscles latéraux de la colonne vertébrale ont été exercés de préférence, c’est sur eux qu’on pourra observer le raccourcissement des fibres. Les vertèbres seront attirées soit à droite, soit à gauche, suivant que les muscles d’un côté auront ac(iuis plus do développement que ceux de l’autre. Il se produira ainsi des déviations latérales de la taille, ou, suivant l’expression technique, des scolioses.
Nous verrons, on parlant des exercices qui déforment, combien sont fréquentes les scolioses dans les exercices qui se localisent d’un seul côté du corps, l’escrime par exemple.
Ces scolioses sont d’abord purement musculaires et peuvent disparaître soit en faisant cesser l’exercice qui a développé outre mesure l'action des muscles d’un côté, soit en faisant pratiquer un exercice capable de développer les muscles du côté opposé, de façon à égaliser l’action de chacun des antagonistes et a obtenir l’équilibre des forces inverses d’où résulte la rectitude de la tige vertébrale.
Mais ce moyen sera insuflisant, s’il est applifiué trop tard, car il peut arriver que la prédominance des muscles, d un côté, et la déviation qui en résulte entraînent des troubles consécutifs dans la nutrition des vertèbres , et occasionnent des déformations de ces os.
En effet, la colonne vertébrale est constituée par un long enchaînement d’osselets très courts , empilés les uns sur les autres et dont chacun peut se mouvoir sur celui (pii le supporte. Si une vertèbre est attirée à droite , par exenqde , le mouvement do bascule qu’elle exécute porte son poids sur son bord droit et