TRAVAIL INTELLECTUEL ET COMBUSTIONS ORGANIQUES
Si on pousse plus loin l’analyse, on voit que d’autres points de ressemblance s’observent entre les résultats du travail intellectuel et ceux de l’exercice physique.
En premier lieu, dans le cerveau qui pense, aussi bien que dans le muscle qui se contracte, les combustions étant activées, il en résulte une destruction plus active de certains tissus vivants qui alimentent ces combustions. — C’est ainsi qu’une locomotive (pii accélère sa marche doit augmenter sa consommation de charbon. — Une certaine perte est subie par l’organisme aussi bien à la suite du travail d’esprit qu’après un exercice du corps.
Ce n’est pas tout.
Les combustions ne font pas complètement disparaître les tissus qui les alimentent; elles les transforment et les dénaturent comme le fait la üamme d’un foyer du charbon et du bois qu’elle consume. Le bois qui brûle donne naissance à des produits de combustion qu’on peut retrouver dans un foyer éteint , et ([ui sont les cendres et la suie. De même l’organisme, après le travail, renferme des produits de combustion, appelés aussi produits de dhassbnilation parce qu’ils ne sont plus semblables aux tissus organiques dont ils faisaient auparavant partie.
Les produits de désassimilation, — c’est là un point des plus inléressants de l’histoire du travail, — sont impropres à la vie, et doivent être rejetés hors de l’organisme, sous peine d’y déterminer des accidents. Aussi y a-t-il dans le corps humain une série d’organes excréteurs ou éliminateurs chargés de balayer, si l’on peut ainsi parler, toutes ces impuretés.
Mais si la production des déchets de comhustion est très considérahle, comme il arrive à la suite d’un travail exagéré, il peut arriver que les organes éliminateurs soient insuffisants , et que les produits de désassimilation s’accumulent à des doses excessives , capables de troubler profondément les grandes fonctions vitales.
Or, suivant des théories qui commencent à prendre cours, — et auxquelles nous avons apporté ailleurs la contribution de quel- ([ues faits assez probants, — certaines lormes do la fatigue seraient ducs à la présence en excès, dans le sang, de certains produits de désassimilation accumulés par les combustions du travail.
LE RÔLE DU CERVEAU DANS l’eXERCICE
Quand la fatigue est poussée trop loin , elle prend le nom de surmenage.
Le surmenage musculaire présente des formes diverses, mais, entre autres accidents, il peut produire un état fébrile analogue au typhus ou à la fièvre typhoïde. De l’avis de tous les médecins, aujourd’hui, ces fièvres de surmenage qu’on observe chez les animaux, aussi bien que chez l’homme , sont dues à une sorte d’empoisonnement du corps par ses propres éléments, h, une auto-intoxication de l’organisme par des produits de désassimilation accumulés en trop grande abondance à la suite d’un excès de travail.
Mais le surmenage intellectuel aboutit aussi, d’après quelques membres de l’Académie de médecine (séance du 7 mai 1887), à des étals fébriles de forme typhoïde. La similitude des effets indique clairement la similitude des causes , et prouve qu’on doit attribuer à une accumulation de produits de désassimilation les lièvres de surmenage provenant de l’excès d’étude , aussi bien que celles qu’on observe après l’abus des travaux corporels.
Quelles sont au juste les substances de désassimilation qui résultent du travail cérébral? Personne ne saurait le dire au juste, car on ne connaît pas même la composition exacte de tous les déchets organiques qui prennent naissance pendant le travail des muscles, hcaucoup mieux étudié que le travail du cerveau. On sait seulement, d’après les travauxles plus récents de M. Gautier, que certains poisons analogues fi ceux de la putréfaction peuvent SC former sous l’influence des actions chimiques qui dégagent la chaleur vitale. Ces poisons, qui sont des alcaloïdes rapports ont-ils avec le travail d’esprit? Quelle est môme leur corrélation avec le travail musculaire? — Autant de questions sur lesquelles la lumière n’est pas encore faite.
Dans l’état actuel de la science, on ne peut connaître ces poisons (pie par leurs effets, et l’organisme vivant est le réactif qui décèle leur j)réscncc par les troubles ([u’il en ressent. En tout cas, la singulière ressemblance ([ue présentent les troubles de la sanie après les excès de travail d’esprit et api'ès le surmenage des muscles nous autorise à conclure à une analogie de cause.
Les médecins ont dei)uis longtemps signalé la iunesle inlluencc exercée [)ar le surmenage sur les maladies (pii peuvent atteindre riiuinme. On reconnait au surmenage intellectuel la même action aggravante qu’au surmenage physique sur la