‹ Physiologie des exercices du corps (volume 2)Chapitre 145 sur 183 · MÉMOIRE DE LA MOELLE ÉPINIÈRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE DE LA MOELLE ÉPINIÈRE

le résultat constaté par lui ou par moi a été constamment le même : 19 coups d’aviron par minute.

Ainsi, au bout d’un certain temps, cet exercice delà rame, dont l’apprentissage avait été assez laborieux, s’était en quelque sorte stéréotypé dans les organes moteurs et s’exécutait de lui-même. De plus, pendant ce voyage, l’allure de route que nous avions adoptée au départ s’était maintenue toujours la même pendant les neuf jours qu’avait duré le trajet. Chaque matin les muscles reprenaient leur mouvement régulier de la veille , se contractant dix-neuf fois dans chaque minute, avec une régularité d’horloge, sans aucune intervention de nos facultés conscientes. — Notre « nage » était devenne automatique.

Ainsi le cerveau, organe de la pensée, peut cesser de présider à un mouvement sans que celui-ci perde sa régularité et sa précision. Quand un mouvement a été souvent répété, il semble que la moelle épinière en retienne la forme et le mode d’exécution, comme le cerveau retient le son et l’articulation des mots. Comment un mouvement compliqué, tel que celui de la rame, peut-il s’imprimer dans la moelle épinière? 11 est bien difficile de le dire ; mais qui dira comment des mots, des phrases, des pages entières s’écrivent dans le cerveau et nous permettent de répéter, sans en rien omettre, de longues tirades de vers apprises il y a trente ans ?

11 faut donc se borner à accepter le fait bien constaté et à en tirer les conclusions légitimes. On ne peut se refuser à admettre la mémoire de la moelle épinière. Cet organe, qui est primitivement conducteur des mouvements que le cerveau commande, en garde le souvenir et peut les répéter dans certaines conditions, sans que la volonté intervienne autrement que pour ouvrir la série de ces mouvements et pour la clore. La mémoire de la moelle épinière a pour résultat la persistance à l’état automatique d’un mouvement habituellement pratiqué.

Mais la moelle épinière ne garde pas seulement le souvenir des différents temps d’un acte souvent répété: elle conserve aussi fidèlement la mémoire de la mesure, du rythme et de la vitesse avec laquelle ces difïèrents temps se succèdent. C’est de la persistance des impressions laissées au système nerveux par un acte souA’ent répété que résulte la création des allures lentes ou vives de chaque individu.

On s habitue ii la lenteur comme à la vivacité des mouvements,

LE RÔLE DU CERVEAU DANS l’eXERCICE

et souvent la rapidité de la démarche, aussi bien que la lourdeur de l’allure sont le résultat d’une première habitude contractée des l’enfance et dont il est difficile de se défaire plus tard.

L’automatisme marque d’un cachet indélébile les premiers actes musculaires exécutés, comme la mémoire incruste dans un jeune cerveau les premières phrases apprises par cœur.

Quand un cheval a commencé à galoper dans un train ralenti, il est très difficile de le jeter plus tard dans un mouvement plus rapide. Dans les grandes écuries de course, on utilise des enfants de très jeune âge assez rompus déjà à l’équitation pour qu’on puisse les laisser sur le dos des chevaux qui courent. Avec ce poids léger le cheval peut être lancé, dès le premier galop, â une vitesse qu’il ne pourrait atteindre s’il portait nn homme sur la selle au lieu d’un bambin. Les entraîneurs attachent une grande importance à ces premières habitudes du mouvement , et nous avons entendu un de nos sportsmen les plus habiles déplorer l’impossibilité de se procurer en province ces boys aussi légers que des singes. Sous eux le cheval prend l’habitude d’un train qui déroute et décourage, dès le début de la course, les chevaux qui ont été entraînés dans un mouvement plus lent.

Les tireurs, dit Bazancourt, n’auront jamais de la vitesse en escrime s’ils s’attardent trop longtemps à régulariser leurs mouvements, ce qui leur ralentit la main.

Il faut un effort de la volonté pour s’opposer à un acte devenu inconscient, et pour changer une allure acquise. Si les muscles sont abandonnés à leur impulsion machinale, ils retombent toujours dans le rythme qui s’est créé par les lois de l’automatisme. Le cheval accoutumé dès le jeune âge à un mouvement ralenti fait une dépense supplémentaire d’inllux nerveux quand on veut accélérer son galop normal ; et il ne faut pas attribuer le surcroît de fatigue uniquement au surcroît de travail que produit la vitesse plus grande. En effet, ce malaise nerveux dû à l’effort que nécessite une coordination nouvelle du mouvement, l’animal l’éprouvera aussi si on l’oblige de ralentir outre mesure une allure déjà lente comme le pas.

C’est ainsi que peut s’expliquer la fatigue ressentie par un marcheur habitué à un pas rapide quand il est obligé d’accommoder son allure à celle d’un promeneur qui va trop lentement. Le malaise ressenti quand on reste en deçà de son allure, aussi bien (jue celui (ju’on éprouve quand on veut aller au delà, sont dus à ce (ju’un effort de coordination nouveau doit intervenir pour

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