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CHAPITRE I

LA FATIGUE LOCALE

La fatii^ue expérimentale . — Fatigue absolue et fatigue relative. — La fatigue dans les circonstances habituelles du travail ; elle est toujours relative. — Exemples de fatigue relative et de fatigue absolue .

Causes de la sensation de fatigue. — Causes de l’impuissance musculaire. — Influence des déchets de combustion ; transmission de la fatigue à des muscles qui n’ont pas travaillé. — Utilité de la fatigue.

Rôle du cerveau dans la fatigue. — Les mouvements inconscients fatiguent moins que les mouvements voulus ; conséquences pratiques.

Quand on isole un muscle sur un animal vivant et qu’on fait passer à travers ce muscle un courant électrique, on observe qu’il entre en contraction pendant tout le temps que dure le passage du courant. Pourtant, si l’expérience se prolonge, le muscle, au bout d’un certain temps, se contracte plus faiblement; un peu plus tard, il linit par ne plus se contracter du tout : il est fatigué.

La fatigue n’est d’abord que relative, et le muscle peut de nouveau entrer en contraction si on l’excite à l’aide d’un autre courant plus fort que le premier. Mais il arrive un moment où la fatigue est absolue, c’est-à-dire où le muscle a perdu complètement la propriété de se contracter sous l’inlluence de l’électrisation la plus énergicpie.

Jamais un muscle humain n’atteint par suite du travail l’état F. Lagrange. 4

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LA FATIGUE LOCALE

de fatigue absolue , d’inextabilité complète qu'on observe sur l’animal en expérience. Ce qui s’y oppose, c’est la sensation douloureuse éprouvée par l’homme bien avant le moment où le muscle deviendrait absolument incapable d’agir. Sous l’induence de la souffrance qu’occasionne la contraction , le travail s’interrompt et le muscle se repose. C’est là la dilférence capitale qui existe entre la fatigue vraie, absolue, telle qu’on peut la provoquer sur des animaux en expérience, et la fatigue qu’on observe cliniquement chez l’homme qui travaille.

Ce qui domine dans la fatigue d’un homme qui se livre à un exercice, c’est l’élément subjectifs la sensation douloureuse, qui ne lui permet pas de pousser le travail jusqu’à l’épuisement complet du muscle. On peut se représenter l’elTort que fait un homme énergique pour pousser son exercice aux dernières limites possibles comme une lutte entre la Volonté qui commande et la Sensibilité qui se révolte.

La plus énergique volonté ne peut arriver à épuiser la contractilité d’un muscle aussi complètement que le font les agents mécaniques ou physiques. Quand l’homme fatigué renonce à continuer un elfort qu’il a soutenu pendant un certain temps, on dit que ses muscles sont épuisés : ils ne le sont pas encore.

En voici la preuve.

On sait qu’une des attitudes les plus fatigantes qu’on puisse prendre est celle qui consiste à tenir le bras tendu horizontalement. C’est le muscle deltoïde qui supporte à peu prés tout le travail de cette position. Il y a peu d’hommes assez vigoureux pour tenir leur bras tendu pendant plus de cinq à six minutes. Au bout de ce temps le deltoïde ne peut plus agir et le bras retombe. Pourtant le muscle n’est pas épuisé : ses libres possèdent encore une grande force de contractilité, et la preiwe c est que certains agents, tels que l’électricité, peuvent mettre en Jeu cette force motrice sur laquelle la volonté n’a plus d’action. Si, chez un homme qui tient le bras tendu, on attend que la sensation de fatigue devienne intolérable, et si, au moment où le sujet se déclare à bout de force et va laisser retomber le bras, on fait passer dans le muscle deltoïde un fort courant d’électricité, la latigue semble disparaître, et le bras demeure tendu; le muscle n’avait donc jias perdu sa contractilité.

A quoi est due la fatigue locale ?

Celte question demande une double réponse ; il faut dire pourquoi le travail rend douloureuse la contraction musculaire dans

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