AUTO-INTOXICATION ET AUTOPHAGIE
l’organisme par ses propres produits de désassimilation. Toutes les phases de la fatigue générale , depuis le simple malaise qui amène l’impuissance musculaire momentanée, jusqu’à l’essouftlement extrême auquel les animaux succombent, et à la fièvre de surmenage qui simule le typhus , sont dues à des substances toxiques plus ou moins actives, et retenues plus ou moins longtemps dans le sang.
Mais les troubles de nutrition qui sont les suites du travail ne peuvent pas s’expliquer tous par l’auto -intoxication du corps. Dans certaines formes du surmenage, on voit le mouvement de nutrition s’alimenter aux dépens des tissus les plus essentiels à la vie. Les tissus de réserve étant épuisés, les tissus formant la trame des organes sont attaqués à leur tour, et le corps, au lieu de s’assimiler des matériaux nuisibles, comme dans les autres formes du surmenage, se dépouille au contraire des éléments organiques indispensables à l’équilibre de la santé. — Il n’y a plus, dans ce cas, auto-intoxication, mais autophagie et épuisement.
Parmi les faits de la fatigue, il en est toute une série dont la classification méthodique semble jusqu’à présent impossible, parce qu’ils sont trop mal connus. On ne peut les ranger ni à côté des faits mécaniques , tels que les avaries subies par les muscles, ni à côté des troubles de nutrition, tels que les intoxications dues aux déchets, et l’épuisement dû à la diminution de ' la masse des tissus organiques. Nous les appellerons faits dynamiques de la fatigue, parce qu’ils semblent se manifester uniquement par une perte de force, sans qu’aucune lésion, aucune modification chimique, aucune perte matérielle puissent être constatées dans 1 organe. — Quand nous étendons le bras, au bout de cinq minutes la fatigue nous force à l’abaisser.
Que s’est-il passé dans les muscles pendant le temps si court qu’a duré la contraction? La fatigue n’est pas due à la formation des déchets : cinq minutes de contraction ne suffiraient pas pour modifier profondément la nutrition du muscle; elle n’est pas due à un froissement matériel des fibres : il persisterait pendant un temps plus long. On ne peut invoquer, dans le cas que nous citons , qu’un effet dijnamique , une perte de la force contenue
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LA FATIGUE
dans le muscle, sans modification anatomique appréciable de son tissu.
Cette l'atigue dynamique du muscle est tout à fait semblable à celle qu’on peut observer dans les éléments nerveux après un fonctionnement exagéré. Un nerf qu’on excite un grand nombre de fois finit par perdre momentanément le pouvoir de transmettre les excitations reçues ; de même les Centres Nerveux perdent leur pouvoir auto-moteur quand il a été trop longtemps mis en jeu.
On appelle épuisement l’état d’un organe qui a perdu ainsi momentanément son énergie spéciale ; mais il ne faut pas confondre cet épuisement dynamique avec l’épuisement organique dont nous avons fait l’histoire et qui se caractérise par la diminution de certains éléments anatomiques. Dans la substance nerveuse épuisée, on voit diminuer non la masse des molécules matérielles, mais simplement la manifestation do l’énergie propre dont ces molécules sont douées.
Découvrira-t-on dans le nerf fatigué des troubles do nutrition aujourd’hni méconnus? Tout porte à le croire, puisqu’on sait que la substance nerveuse s’échauffe et se congestionne quand elle est en activité. Son travail est soumis aux mêmes conditions physiologiques que le muscle, et sa fatigue doit être soumise aux mômes lois. Mais, dans le muscle lui-même, on a pu constater un épuisement de la contractilité musculaire qui semble dû, dans certains cas , à une semblable dépense de l’énergie de la fibre , indépendamment de toute intoxication par les produits de désassimilation et do toute déperdition matérielle dans l’organe. On ne peut donc se refuser à admettre, parmi les faits de la fatigue, une série de phénomènes dus h une simple déperdition de l’énergie vitale par suite de l’activité môme de l’élément qui a travaillé. Il faut faire une catégorie provisoire de ces faits sous le titre do fatigue dynamique^ et admettre que cette forme de la fatigue est due, dans les nerfs et dans les centres nerveux, î\ une dépense trop grande de la force qu’on appelle, faute d’un meilleur mot, 1 influx nerveux.
L’influx nerveux, de môme que la chaleur de 1 électricité, est le résultat de la mise en liberté d’une force qui existait en puissance ou cl Vétat latent dans les molécules de la substance nerveuse, d’où certaines circonstances la font sortir. Une barre de fer chauffé qu’on plonge dans l’eau se refroidit par la perte de son calorique que le liquide plus froid lui soustrait. Un nerf qu on excite pour qu’il fasse entrer un muscle en contraction semble de
MÉCANISME PHYSIOLOGIQUE DE LA FATIGUE loo
mémo être spolié, par le fait de son travail de transmission, d’une certaine quantité d’énergie, et de môme que le fer rouge n’avait qu’une quantité déterminée de chaleur libre, de môme le nerf reposé n’avait qu’une somme limitée d’influx nerveux disponible qui a été dépensée par le travail.
L’analogie, jusque-là, semble satisfaisante ; elle cesse de l’ôlre si on considère que la chaleur perdue par le fer qui s’éteint ne se reproduit pas spontanément, tandis que le nerf, abandonné à lui-môme, retrouve son énergie, son influx nerveux, par le seul fait du temps qui s’écoule. La provision de force épuisée se renouvelle sans qu’il soit besoin d’aucune autre condition que de cesser un instant de la dépenser.
Supposez un réservoir d’une grande capacité dans lequel l’eau s’accumule grâce à un tuyau de conduite d’un très faible débit. Ouvrez le réservoir et utilisez l’eau qui le remplit, pour mouvoir une turbine : au bout d’un certain temps , la provision d’eau s’épuise et la turbine ne tourne plus. Pourtant la conduite d’eau ne cesse d’amener du liquide; et si vous fermez le réservoir, la masse qui s’accumule peu à peu redeviendra bientôt sulflsante pour faire marcher la roue. — Telle est, à défaut d’explication satisfaisante, l’image que nous proposons pour faire comprendre comment se succèdent les faits.
Nous nous sommes efforcé de présenter au lecteur une théorie aussi claire et aussi complète que possible de la fatigue ; on devra nous pardonner les lacunes et les imperfections de ce chapitre, en considération de sa nouveauté. Aucun auteur, jusqu’à présent, n’avait groupé dans un cadre méthodique tous les faits qui peuvent être la conséquence du travail, et n’avait cherché à en , déterminer les lois.
Les faits de la fatigue sont locaux ou généraux, immédiats ou consécutifs. Si nous cherchons à résumer les lois physiologiques, suivant lesquelles ces faits évoluent, nous verrons qu’ils se rattachent à quatre ordres de causes :
1® Lésions matérielles des organes du mouvement;
2“ Auto-intoxication par les déchets du travail ;
3® Résorption exagérée des tissus vivants ;
4® Épuisement dynamique des éléments moteurs.