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QUANTITÉ DE TRAVAIL ET TOUR DE FORCE

dans le second cas , par les masses musculaires très puissantes des membres inférieurs.

Ni la difficulté que présente un exercice, ni la fatigue locale qu’il occasionne ne peuvent servir de base pour déterminer la quantité de travail qu’il exige.

On confond souvent, à tort, exercice violent avec « tour de force » ou avec exercice « difficile ». Dans tous les tours de force, il peut arriver que le travail, sans être très considérable, soit exécuté à l’aide d’un très petit nombre de muscles. L’exercice n’est alors qu’une sorte de démonstration de la force musculaire du sujet, qui effectue, par exemple, avec dix de ses muscles un travail que d’autres ne peuvent exécuter qu’avec vingt. Un homme qui saisit d’une main le bâton d’un trapèze et s’enlève d’un seul bras â la force du poignet fait preuve d’une grande force de biceps, mais le travail mécanique qu’il exécute est, en somme, strictement égal à celui d’un homme qui s’enlève avec les deux bras.

Quelquefois de prétendus tours de force ne sont que des tours d’adresse. Il y a dans la gymnastique, aujourd’hui officielle, qui s’exécute à l’aide à'agrès^ des mouvements nécessitant un long apprentissage, et qu’on arrive à exécuter avec une dépense de force insignifiante quand on en a saisi le mécanisme. La difficulté pour exécuter ces exercices ne consiste pas à dépenser une force musculaire très grande, mais à trouver, par tâtonnemen ts ou par méthode, les muscles qu’on doit faire agir. Une grande partie des mouvements exécutés au trapèze et les rétablissements dits à l'allemande de la barre fixe demandent plus de science que de force.

On ne doit pas confondre « quantité de travail » et « difficulté du travail ». Pourtant chaque jour cette erreur est commise et a pour résultat de faire donner la préférence, au point de vue hygiénique, à des exercices qui ne sont que savants, tandis qu’on délaisse des exercices véritablement violents, mais dans lesquels la force musculaire se dépense sans qu’il soit besoin d’en calculer laborieusement l’emploi.

Or, les effets généraux d’un exercice sont proportionnels â la dépense de force que nécessite un exercice, et non aux difficultés que présentent les détails de son exécution.

De nos jours on n’est pas loin de considérer le trapèze comme le régénérateur de l’espèce humaine. Il semble que l’art de mouvoir ses membres ne puisse s’acquérir qu’à la suite de longues recherches et de profondes méditations. Nous tombons sous la férule des pédants de la gymnastique, et il arrivera sans doute un F. Lagrange.

LES EXERCICES VIOLENTS

moment où nous serons aussi étonnés de prendre de l’exercice en marchant que l’était M. Jourdain de faire de la prose en parlant. Dans les établissements universitaires, et môme dans les pensionnats de jeunes filles, on peut voir se dresser les engins les plus compliqués et s’enseigner les mouvements les plus difliciles, on pourrait dire les plus grotesques. — On ne comprend pas, faute d’une analyse attentive , que beaucoup d’amusements auxquels s’adonnent de tout jeunes enfants sont en réalité des exercices violents, tandis que beaucoup d’exercices de la gymnastique officielle ne sont que des tours difficiles.

On peut prouver par des chiffres que la dépense de force , but qu’on veut atteindre par la gymnastique, est plus grande dans certains jeux d’enfants que dans certains exercices des agrès (fui semljlenl demander une vigueur exceptionnelle.

Supposons une jeune fille s’amusant k sauter à la corde. Chaque saut peut atteindre facilement une hauteur de 0,10 et se renouveler 100 fois par minute. Si nous représentons par la lettre P le poids du corps de la jeune fille, nous verrons que son travail évalué en kilogrammètres est de P X 0“,10 X 100 ou P X 10 mètres, ou, en d’autres termes, que le travail exécuté par une jeune fille qui saute à la corde pendant une minute représente une dépense de force capable d’élever son corps à une hauteur de 10 mètres. Or, il n’y a pas beaucoup de gymnasiarques capables de grimper à une hauteur de 10 mètres en une minute à la force des poignets ; il n’y en a probablement aucun qui pourrait continuer cette ascension pendant 3 minutes à la môme vitesse, tandis qu’il y a bon nombre de petites filles qui peuvent sauter à la corde pendant 5 minutes et plus sans s’arrêter.

Dans Pacte de sauter à la corde, le travail n’est pas exécuté avec les mêmes muscles que dans Pacte de grimper à la corde lisse ; aussi les effets locaux de ces deux exercices seront-ils différents. Mais, si dans les deux exercices le nombre de kilogrammètres effectués est le même , les effets généraux du travail seront identiques, car les modifications des grandes fonctions organiques, eten particulier les modifications de la respiration, sont en raison directe de la somme totale du travail effectué en un temps donné. Or, dans l’application de l’exercice à l’hygiène , ce sont surtout les effets généraux du travail qù’on recherche ; on veut activer le cours du sang, augmenter la puissance du mouvement respiratoire, associer en un mot toutes les grandes fonctions de l’économie au travail.

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