UTILITÉ DANS CERTAINES MALADIES
Les malades dont la respiration s’essouffle avec une très grande facilité , les emphysémateux , par exemple , ne peuvent se livrer
aucun exercice de vitesse ou de force ; il en est de môme des phtisiques. Et pourtant ces deux catégories de malades auraient besoin de faire des respirations supplémentaires pour compenser l’insufTisance du champ respiratoire dont la maladie a réduit quelquefois de moitié l’étendue. Les exercices de fond constituent, dans ce cas, un moyen précieux de traitement. Ils permettent, en augmentant d’une très petite quantité à la fois l’acide carbonique formé par le travail , d’en rendre possible l’élimination complète à chaque mouvement d’expiration , et d’introduire en échange pendant l’inspiration un petit supplément d’oxygène. Si l’exercice est bien réglé, il peut se prolonger pendant des heures, et le malade bénéficiera alors, sans avoir passé par les dangers de l’essoufflement, d’une série de petites quantités d’oxygène dont le total sera équivalent à celui que pourra gagner un homme valide dans un exercice de vitesse ou de force. En nous en rapportant au calcul fait plus haut, nous voyons en effet qu’un exercice modéré , comme la marche , soutenu pendant quatre heures, fait absorber au sujet le même supplément d’oxygène que l’exercice le plus violent, la course par exemple, soutenu pendant une heure.
En général, on n’utilise pas assez les exercices de fond chezles personnes dont la respiration est insuffisante. Il faudrait prescrire hardiment aux tuberculeux et aux asthmatiques les longues marches en plaine , ou l’exercice soutenu de l’aviron en descendant le courant et en ramant dans un rythme très lent.
La respiration est la fonction la plus importante de celles que l’exercice met en jeu, mais elle n’est pas la seule dont il faille s occuper dans les exercices de fond. Cette fonction a pour but, en môme temps que l’absorption de l’oxygène, d’effectuer l’élimination de l’acide carbonique et de beaucoup d’autres éléments résultant des combustions dues au travail ; mais tous les produits de combustion ne s’éliminent pas par le poumon.
Le fractionnement du travail, (jui se prête si bien à l’expulsion régulièie de 1 acide carbonique, n a pas la même influence sur l’éliminalion des autres produits do désassimilation, sur les déchets (|u élimine 1 urine, par exemple. Si l’on se rapporte au cbapitie (jui traite des sédiments urinaires consécutifs au travail musculaire, on comprendra aisément que le fractionnement du
F. LAOnANOE. 1,.
LES EXERCICES DE FOND
travail ne peut pas empêcher l’accumulation des produits de combustion ((ue l’iirine élimine, parce que leur élimination se fait avec trop de lenteur. L’acide carbonique fourni par le travail s’échappe instantanément par le poumon ; les composés insolubles qui résultent du déchet musculaire ne se retrouvent dans l’urine que trois heures en moyenne après les efforts musculaires qui leur ont donné naissance. Si la lenteur du travail peut retarder le moment où ces déchets s’accunmlent, leur accumulation n’en est pas moins inévitable , puisque , dans un exercice (jui a duré trois heures , le travail se trouve terminé avant qu’aucune parcelle de ces déchets n’ait encore été entraînée au dehors.
Voilà pourquoi l’exercice de fond, s’il retarde l’apparition de la fatigue, ne met pas l'organisme à l’abri de ses suites.
C’est là, du reste, une remarquable conlirmation de notre théorie de la courbature. Selon nous, la courbature de fatigue est due à une surcharge du sang par les urates, à une sorte (i'uricémie passagère, comme rcssounicmont , autre forme de la fatigue, est dù à m\Q carbonicutioii excessive du liquide sanguin. Un homme ([ui chasse à pied, tout un jour, sans être entraiin* , subira inévitablement, le lendemain, les atteintes plus ou moins marquées de la courbature de fatigue, et pourtant son allure en chasse, type de l’exercice de fond, n'aura déterminé l’essounicment à aucun moment du jour.
Ces observations nous donnent la clef d’un fait assez surprenant au premier abord, et même inexplicable si l’on n’admet })as notre théorie, à savoir que les jeunes sujets supportent mieux les exercices de vitesse que les exercices de tond.
Un enfant de sept ans supporte très bien tous les jeux qui demandent des temps de course rapide et prolongée. Cela tient à la merveilleuse facilité avec laquelle ses poumons s adaptent aux exigences de la res[)iration forcée. L’acide carbonique fourni par le travail s'élimine avec une très grande promptitude , et 1 organisme ne s’en trouve pas incommodé.
Mais l’acide carbonique n’est pas le seul produit de désassimilation que l’organisme doive éliminer par le travail : il s en forme d’autres dont la sortie est plus lente, notamment ceux qui résultent de la désassimilation dos tissus azotés. Or la dc-'idssimilüLiou est, beaucoup plus prompte chez V enfant (lue che,^ l'homme fait, car les tissus jeunes ont moins de stabilité que les tissus adultes. De là production plus abondante des déchets azotés