FARDEAUX PORTÉS SUR LA TÊTE
Tous les exercices qui exigent l’action parfaitement harmonique des muscles extenseurs et fléchisseurs des vertèbres tendent à donner à la taille une rectitude parfaite. Tous ceux au contraire qui font prédominer constamment Faction d’une moitié du corps rompent l’harmonie des forces musculaires.
Un fardeau constamment porté sur une épaule déforme la taille; le rachis sc dévie du côté opposé du corps, dont les muscles sont obligés d’entrer vigoureusement en action pour attirer le tronc de leur côté et faire contre -poids au fardeau. Si leur contraction est très prolongée et très fréquente, ils subissent, comme tous les muscles soumis à une action trop durable, un raccourcissement qui maintient l’épine dorsale dans l’attitude qu’elle a trop souvent subie. La colonne vertébrale se déjette du côté opposé au fardeau, et, par suite de ce mouvement de bascule, l’épaule qui a l’habitude d’être chargée remonte et s’élève. Les chargeurs qui portent de lourds colis , les ouvriers de chemin de fer qui chargent des traverses destinées à la voie , ont habituellement l'épaule gauche relevée, parce que c’est presque toujours elle qui subit la charge. — Leur travail tend à déformer le tronc en relevant l’épaule « qui porte ».
Si le fardeau est porté sur la tête, deux cas peuvent se produire: ou bien la charge est excessive, et les extenseurs de la colonne vertébrale ont peine à la supporter. Il arrive alors que les vertèbres cèdent à une pression trop lourde et se fléchissent en exagérant la courbure de l’épine. Une voussure du dos est le résultat de cette forme du travail.
Il n’en est plus de même si le fardeau porté n’est pas trop lourd, et s il doit, comme il arrive habituellement, être tenu en équilibre. Ce n est plus alors un travail de force que subit la colonne vertébrale , mais un travail de précision, et le porteur doit surtout s appliquer à donner à la tige vertébrale une direction parfaitement conforme à celle de la pesanteur. L’axe du corps devra donc devenir vertical et la taille ne pourra pas se dévier, sous peine de déplacement du fardeau.
On ne pourrait trouver un meilleur exercice orthopédique pour rectifier la tenue vicieuse d’un enfant, que le port sur la tête de fardeaux légers. S il n’y a aucune altération des vertèbres, si la déviation de la colonne qu’on veut prévenir ou combattre est due seulement à un défaut d’harmonie dans l’action des muscles dorsaux, cet exercice d’équilibre est plus propre que tout autre à remédier à la difformité naissante.
LES RÉSULTATS DE l’eXERCICE
Bon nombre d’observateurs ont remarqué combien la taille est élégante et régulière chez les femmes du peuple qui portent sur la tête l’eau qu’elles vont puiser à la fontaine ; combien elle se dévie au contraire dans les pays où c’est l’épaule qui supporte le poids de la cruche.
Les femmes de Ténériffe , au dire d’un voyageur qui a visité l’ile, sont remarquables par l’élégance de leur taille; elles sont étonnantes aussi pour leur adresse à porter en équilibre sur la tête toute espèce d’objets très légers.