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UTILITÉ DE LA COLÈRE

On pourrait citer des exemples à l’infini pour établir la nécessité d’un travail préalable destiné à échauffer le muscle avant l’exécution d’un exercice musculaire demandant une grande dépense de force.

Il est intéressant de voir que la nature a donné aux animaux et à l’homme l’instinct de ces mouvements préparatoires quand il s’agit d’attaquer ou de se défendre.

La colère est , en principe , le prélude d’une agression contre un ennemi, et l’animal ou l’homme qui veulent attaquer font une série de gestes qui sont en quelque sorte une préparation de leurs moyens d’action. Le chien retrousse ses lèvres pour découvrir les canines qui vont mordre, et l’homme prend instinctivement une attitude favorable à la lutte. « La tête est droite la (( poitrine effacée, les pieds s’appuient solidement sur le sol. Les « bras prennent des positions diverses : tantôt ils restent raides « le long du corps, tantôt ils se fléchissent ; mais on voit ordi- « nairementles poings se fermer, du moins chez les peuples qui « ont l’habitude de combattre ü, coups de poing, les Européens, « par exemple (1). » ’

Suivant nous, la colère a évidemment pour but, ainsi que le dit Darwin, de préparer un homme ou un animal à la lutte; mais elle ne l’y prépare pas seulement en lui faisant prendre une attitude lavorahle à la stratégie de l’attaque ou de la défense, elle l’y prépare surtout en lui faisant faire des mouvements qui élèvent la température du corps. De tout temps on a remarqué que , chez un homme irrité, le corps s’échauffe , et la locution : « bouillant de colère », est passée dans le langage usuel. Quand la colère n’est pas assez violente pour échauffer spontanément les muscles l’homme et l’animal font d’instinct une série de mouvements qui’ tout en exprimant une menace à l’adresse de leur adversaire’ tendent à augmenter la chaleur vitale et à porter le corps au degré de température le plus favorable à l’action. Tout le monde a remarqué que les gestes sont d’autant plus exubérants que 1 homme est moins décidé à attaquer. Si la colère est réellement très violente, les gestes sont inutiles ; l’homme, arrivé au paroxysme de la fureur, ne perd pas son temps à gesticuler il fond immédiatement sur son ennemi. Ses muscles ont acquis’ par le fait seul de l’accélération du cours du sang, la température au'il leur faut pour agir. ^

(1) Darwin, l’Expression des émolions.

F. Lagrange.

LE TRAVAIL MUSCULAIRE

Les gestes de la colère sont en réalité des mouvements violents qui en très peu de temps font monter la température du corps au degré voulu pour que les muscles aient leur summum d’action. Ces gestes se retrouvent chez tous les animaux. Ils ne peuvent s’expliquer d’une manière satisfaisante , si l’on n’admet pas qu’ils sont un travail préparatoire , ayant pour but de mettre l’animal en possession de sa faculté d’agir. Le lion qui se bat les flancs de sa queue, le taureau qui laboure la terre de ses cornes ne font pas autre chose qu’un cheval de course qui prend son canter. Quand on donne un petit galop au cheval quelques minutes avant la course, on fait monter d’un degré la température de ses muscles : c’est une locomotive qu’on chauffe.

On retrouve ce travail préparatoire des muscles dans tous les exercices qui demandent de la vigueur ou de l’adresse. Le pianiste fait quelques gammes, ou prélude par quelques traits avant d’attaquer son grand morceau. En escrime on tire le mur avant de commencer l’assaut. Dans l’exercice de la Boxe Française, qui demande un grand déploiement de force et d’agilité , les mouvements du salut durent plusieurs minutes. Le but de tous ces mouvements préliminaires est d’élever la température des muscles agissants. Un muscle qui a travaillé est un muscle qui s’est échauffé, et un muscle échauffé est déjà le siège d’un commencement de contraction qui facilite l’action de la volonté, comme la vitesse acquise par un corps lourd rend plus efficace l’impulsion qu’on ajoute à celle qu’il avait déjà.

Le coup de collier d’un cheval qui démarre une voiture immobile est toujours plus pénible que celui qu’il donne pour accélérer le mouvement du véhicule en marche et pour passer du pas au trot. Le muscle échauffé est déjà entré en état de demi-contraction : la volonté a toute facilité pour augmenter et diriger son action.

Bien des faits d’observation vulgaire s’expliquent par cette action de la chaleur sur le muscle. On sait que le sommeil abaisse la température du corps : chez les animaux hybernants qui dorment tout l’hiver, la température descend de -f 37“ à + 20“. La contractilité musculaire baisse dans les mêmes proportions. A l’aide des appareils enregistreurs, M. Marey a obtenu des tracés graphiques indiquant la forme et l’intensité de la secousse musculaire chez la marmotte. Il a remarqué une différence considérable entre le moment où l’animal vient de sortir de son sommeil et le moment où il est bien réveillé. La température et 1 énergie musculaire augmentent en même temps.

hÔLE DE LA CtlALEUR

Chacun peut remarquer sur soi-même un certain engourdissement des membres au sortir du lit. Les animaux qu’on surprend dans leur sommeil sont toujours assez longtemps à trouver toute leur énergie musculaire, et n’ont pas, au départ, la vitesse qu’ils acquièrent après quelques secondes de fuite. Quand un lièvre déboule et essuie deux coups de fusil qui ne l’atteignent pas, le chasseur maladroit le croit presque toujours blessé. Il semble incapable de courir et ses premiers pas sont si lents qu’un chien pourrait le prendre ; mais au bout de quelques mètres, les illusions du tireur novice se dissipent : l’animal est réchauffé et file comme un trait.

La chaleur est donc un élément indispensable à la contraction musculaire. Il ne faut pas pourtant que la température atteigne un degré trop élevé, car alors, au lieu d’augmenter l’activité des muscles, la chaleur la détruit. Pour l’homme et les mammifères, il n’y a plus de contraction dans un muscle qui atteint -j- 45”. A cette température, les combustions vitales attaquent trop profondément les tissus musculaires et détruisent d’une manière définitive leurs propriétés : le muscle meurt.

L’excès de travail musculaire suffit pour amener l’organisme à cette température à laquelle le corps ne peut vivre. C’est une des raisons pour lesquelles un animal meurt forcé. Si le travail devient excessif, il arrive à produire une telle quantité de chaleur que le rayonnement par la surface du corps et l’évaporation des liquides de l’économie ne peuvent plus suffire à ramener la température dans les limites compatibles avec la vie. Le sang surchauITé est mortel pour les centres nerveux : l’animal dont le corps s’est surchargé de calorique sous l’infiuence d’une course trop prolongée meurt dans des conditions analogues à celles d’un homme frappé d’insolation sous le soleil du tropique.

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