‹ Physiologie des exercices du corpsChapitre 2 sur 228 · FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

108, BODLKVARD SAINT-OEnUAIN, 108

Tous droits réservés.

WELLCOME INSTITUTE LIBRARY

CoH.

WelMOmec

Coll.

No.

AVANT-PROPOS

Les questions que nous avons cherché h préciser dans la Physiologie des exericces du corps n’avaient pas encore été posées d’une façon bien nette ; mais peut-être étaient-elles, comme on dit, dans Pair. Beaucoup de bons esprits commençaient à s’apercevoir qu’une direction scientifique devenait nécessaire pour l’application rationnelle des divers procédés de la gymnastique.

Jusqu’à présent on s’était surtout appliqué à faire ressortir les avantages de l’exercice sous toutes ses formes, et à montrer d’une manière générale les ressources hygiéniques que peut fournir à tout le monde le travail musculaire ; mais il restait à déterminer la meilleure manière d’utiliser pour chacun ce précieux modificateur de la nutrition, et à préciser le rôle de l’exercice suivant l’âge, le sexe, les tempéraments, les diverses conditions de la vie sociale ; ---t il restait, en un mot, à établir des règles et à formuler des méthodes pour l’application rationnelle de l’exercice musculaire, selon les cas et les sujets.

Pour arriver à ce résultat il fallait étudier avant toute chose les modifications passagères ou durables que produit le travail musculaire dans l’organisme, et distinguer, parmi ces modifications très diverses, celles qui sont plus particulièrement dues à la forme spéciale de tel ou tel exercice, à l’intensité du travail, ou à sa localisation sur telle ou telle région du corps. Celle élude préalable était indispensable pour arriver à déterminer quel exercice s’adapte le mieux aux conditions diverses dans lesquelles peut se trouver le sujet.

Or, la pliysiologie seule peut nous donner ces notions premières sur lesquelles s’appuiera l’hygiéniste pour établir ensuite

AVANT-PROPOS

la valeur comparative de chacune des formes de la gymnastique ou du sport.

La physiologie de l’exercice musculaire est une science encore toute nouvelle. Elle date, on peut le dire, des magnifiques travaux de M. Marey. A l’aide de la méthode graphique servie par les procédés mécaniques les plus ingénieux et par la photographie instantanée, M. Marey a pu analyser avec précision les allures naturelles de rhomme et des animaux ; il a ainsi établi les véritables hases de la science des mouvements et tracé la voie où doivent marcher les hygiénistes sous peine de faire fausse route. Il est indispensable de faire exactement l’analyse de chaque acte gymnastique avant d’en déduire son opportunité, ou, comme disent les médecins, son indication suivant les cas et les sujets. Mais il est indispensable aussi d’établir par une sorte de synthèse, toute la série des effets généraux utiles ou nuisibles qui se font sentir sur les grandes fonctions organiques à la suite de l’exercice musculaire, et de montrer combien ces effets sont différents suivant la dose de travail effectué ; suivant la manière dont l’effort musculaire se localise dans une région limitée, ou se généralise à tout le corps ; suivant que l’exercice demande un grand déploiement de force, ou seulement de la vitesse, de la continuité dans le travail, etc.

Jusqu’à présent, il faut bien le reconnaître, l’application de l’exercice à l’hygiène de l’homme n’a pas été guidée par des notions physiologiques suffisantes. C’est par des hommes du monde, des amateurs de sport, des gens de lettres, que sont écrits la plupart des livres ayant trait aux exercices du corps, et ces ouvrages, généralement riches en renseignements techniques, ne sauraient fournir au médecin aucun document physiologique sérieux.

Ces travaux, malgré leur insuffisance, n’ont pourtant pas été tout à fait inutiles, puisqu’ils ont enfin conduit l’esprit public à admettre, au point de vue général, la haute importance hygiénique de l’exercice.

Il reste au médecin à établir la valeur comparative de chacun des exercices usités, et à préciser, en s’appuyant sur des arguments physiologiques, la supériorité de chacun d’eux suivant les circonstances et suivant les sujets.

Il lui resterait aussi, en bonne justice, à préciser les inconvénients et les dangers que peut présenter chaque exercice dans certains cas ; mais on est, en général, fort mal accueilli quand

AVANT-PROPOS

on s’avise de faire la critique rationnelle d’un exercice quel qu’il soit, car chacun d’eux a de fervents adeptes disposés à le défendre énergiquement sans admettre qu’il soit passible d’aucun reproche. C’est que tous les exercices du corps ont ce résultat commun de produire dans l’organisme une série d’effets généraux capables d’améliorer la santé et d’augmenter la force physique de l’individu. Aussi tout homme ayant pratiqué assidûment un exercice quel qu’il soit, conserve-t-il à cet exercice une certaine reconnaissance pour les bénéfices très réels qu’il en a retirés. De la reconnaissance à la partialité il n’y a qu’un pas et c’est ainsi qu’on entend proclamer tour à tour, suivant les amateurs auxquels on s'adresse, la supériorité de l’escrime, du canotage, de la marche, de la gymnastique aux appareils, etc.

Quant à ceux qui ne se cantonnent pas dans un exercice unique, mais qui les étudient en les pratiquant tous, ils s’aperçoivent bien vite qu’à côté des effets généraux qui sont communs à toutes les formes du travail musculaire, chaque variété de la gymnastique ou du sport peut avoir un effet local sur telle ou telle partie du corps, des effets spéciaux sur telle ou telle fonction de l’organisme, et enfin des influences très diverses sur le mouvement de nutrition et sur le développement de l’individu.

De là découle forcément cette conclusion que tous les exercices ne sont pas également recommandables dans tous les cas et pour tous les sujets. Il faut faire un choix parmi les différentes formes de la gymnastique suivant le résultat qu’on veut obtenir, et il n’y a pas d’une manière absolue un exercice qui soit meilleur que tous les autres : le meilleur exercice est celui qui produit les effets physiologiques les plus conformes au résultat cherché. Or les résultats qu’on cherche à obtenir à l’aide de l’exercice musculaire sont de nature très diverse. La gymnastique des sapeurs-pompiers, par exemple, a pour but de faire des sauveteurs agiles et hardis, capables d’exécuter les mouvements les plus difficiles, plutôt que des hommes de belle taille et de proportions régulières ; dans la gymnastique des jeunes filles, au contraire, on cherchera, je pense, à favoriser le développement régulier du corps et rharmonie des formes, plutôt qu’à développer les aptitudes acrobatiques. L’escrimeur veut acquérir la précision des mouvements, la justesse du coup d’œil, l’accord parlait du cerveau avec la main, plutôt qu’il ne cherche à augmenter dans de grandes proportions sa force musculaire. De môme 1 équitation et beaucoup d’autres formes de sport visent

AVANT-PROPOâ

à développer chez l’homme certaines aptitudes tout ü lait spéciales.

Ces divers résultats de l’exercice devraient être soigneusement distingués de ses effets purement hygiéniques, et sont pourtant bien souvent l'objet d’une regrettable confusion.

L’application de l’exercice musculaire à l’hygiène de l’homme exige la solution d’un double problème. Le médecin doit so demander : 1" quelles modifications il serait désirable de produire dans la structure du corps ou dans le fonctionnement des organes pour améliorer l’état physique de son sujet; 2® quelle forme de l’exercice serait la plus capable d’amener ces modifications dont il a reconnu l’opportunité. De ces deux questions, l’une est du ressort de l’hygiène, et l’autre de celui de la physiologie.

Dans la voie qui doit conduire à la médication par l’exercice, la physiologie du travail musculaire marque la première élape à franchir; ce livre ne va pas au-delà. Il cherche à étudier le travail, ses effets locaux et généraux sur l’organisme sain et normal, sans s’occuper des nuances particulières de santé ou de maladie que peut présenter le sujet. Si on jugeait notre ouvrage au point de vue de l’hygiène, on y trouverait bien des lacunes, car il ne tient pas compte des différences individuelles que peuvent présenter les liommes, mais seulement des particularités diverses qu’offrent dans leurs résultats les diflérentes formes de l’exercice.

Aussi n’est-ce point ici un livre d’hygiène, mais une étude de physiologie.

Un autre volume que nous préparons aura plus spécialement pour objectif le point de vue d’application ; il aura pour titre le Rôle hygiénique de l’exercice muscidaire, et cherchera à préciser les indications des exercices du corps, et les services qu’on peut attendre de chacune des formes de la gymnastique ou du sport suivant l’âge, le sexe, le tempérament, le genre de vie, etc.

Ce second livre sera le complément de celui-ci.

Limoges, le I"' mai 1888.

Page 1