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RÔLE DES TISSUS DE RÉSERVE

qué assidûment chaque jour a fait disparaître peu à peu les tùsus de réserve qui s’étaient accumulés dans les muscles. Le travail a brûlé et dissipé les matériaux économisés par l’inaction.

Les tissus de réserve sont destinés à ne séjourner que temporairement dans l’économie : ce sont des provisions destinées à faire les frais des combustions, et non à entrer dans la trame intime du corps pour en devenir partie intégrante. Aussi ces tissus sont-ils plus facilement atteints que les autres par le mouvement de désassimilation. Ils résistent moins aux combustions du travail ; ils brûlent plus facilement, se détachent des organes avant d’avoir subi leur dernier degré d’oxydation, et restent à l’état de produits de combustion incomplète. Ces déchets, suivant l’expression de M. Bouchard (1), sont de véritables cendres organiques.

Mais les matériaux capables de donner lieu à ces déchets ne forment dans l’organisme qu’une provision limitée, qui se dépense d’autant plus vite que le travail musculaire est plus intense. Aussi l’exercice violent a-t-il bientôt dissipé les réserves résultant de l’exercice insuffisant, et, avec les tissus de réserve, disparaissent aussi les déchets dus à la désassimilation trop facile de ces provisions exubérantes. L’homme entraîné ne fait plus de déchets uratiques, parce qu’il a épuisé les provisions capables de leur donner naissance, parce qu’il a bnilé ses réserves.

Plus on pénétre dans le détail des faits, et plus cette opinion se confirme.

Les amateurs de gymnastique savent tous qu’en reprenant un exercice du corps abandonné trop longtemps, il est impossible d’échapper à la courbature ; mais tous ceux qui ont eu l’occasion de passer par cette petite épreuve savent qu’il y a deux manières depayerson tribut. — Les uns font chaque j our une petite quantité de travail qu’ils augmentent graduellement, et arrivent ainsi, au bout d’un temps assez long, à reprendre la dose d’exercice habituelle. Ceux-là ne ressentent après l’exercice qu’un très léger malaise , et leurs urines ne font qu’un imperceptible dépôt. Ils arrivent à se remettre à la gymnastique la plus violente sans avoir passé par la courbature complète. C’est qu’ils n’ont produit à chaque fois qu’une très minime quantité de déchets de combustion. Ces déchets étaient insuffisants pour déterminer un malaise grave dans l’organisme, et trop peu abondants pour

(1) Bouchakd, loc. cil.

LA FATIGUE

troubler fortement les urines. — D’autres préfèrent se libérer plus vite et font du premier coup tout le travail possible, exerçant leurs muscles sans aucun ménagement. Il en résulte pour le lendemain une violente courbature et des urines surchargées d’urates. Mais à la troisième séance , en général, ils ont repris toute leur aptitude au travail et se trouvent désormais à l’abri do la fatigue consécutive. A ce moment aussi , les urines ne peuvent plus former de dépôts, et gardent à la suite de l’exercice une limpidité parfaite.

Ces deux méthodes différentes aboutissent, en résumé, au même résultat : l’épuisement des tissus de réserve.

Si nous cherchons à établir aussi nettement que possible les conclusions qui se dégagent des faits observés par nous, et exposés ici pour contribuer à l’étude de la fatigue consécutive, nous serons fondé à formuler deux opinions, dont l’une représente un fait certain, et l’autre une hypothèse très vraisemblable.

1° Nous pouvons présenter comme un fait certain l’augmentation des produits de combustion incomplète qui forment les sédiments uratiques, dans tous les cas où le travail musculaire doit être suivi des malaises généraux fébriles ou non fébriles de la courbature.

2“ Nous proposons comme vraisemblable l’hypothèse qui établit un rapport de cause à effet entre ces deux phénomènes étroitement unis par une coexistence constante : production des déchets azotés qui forment les sédiments uratiques , et apparition des malaises généraux de la fatigue consécutive. Cette hypothèse nous semble appuyée sur des déductions suffisantes pour qu’il nous soit permis d’attribuer la courhature de fatigue à une sorte d’auto-intoxication de l’organisme par des produits de désassimilation.

Il y aurait ainsi une certaine analogie entre le processus de la courbature et celui de l’essoufQement. Ces deux formes de la fatigue seraient dues à la surcharge du sang par certains produits de désassimilation.

Le malaise respiratoire qu’on appelle essoufflement est dû à la saturation du sang par un produit de désassimilation qui s’élimine par le poumon. Le malaise général qu’on appelle fatigue consécutive ou courbature de fatigue doit être attribué à la présence dans l’économie de certains produits de désassimilation qui s’éliminent par le rein.

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