COORDINATION PLUS PARFAITE DES MOUVEMENTS
Le travail que peut produire un homme ne dépend pas seulement de la force réelle de ses muscles , mais de la manière dont il sait l’utiliser.
L’éducation des muscles produit une économie de force dans les mouvements. Toute contraction musculaire chez un homme bien exercé a un effet direct et utile au mouvement cherché ; chez n^omme inhabile, beaucoup de muscles sont paralysés dans leur effet par l’intervention maladroite d’un muscle antagoniste; ce n’est qu’à la suite de tâtonnements inconscients et souvent répétés que la volonté sait à quel muscle elle doit s’adresser pour obtenir le mouvement voulu. Chaque mouvement se perfectionne par l’apprentissage , parce que l’exécution finit par en être confiée aux muscles les plus aptes à l’exécuter.
On serait tenté de croire que chaque muscle a une destination fixée à l’avance , et qu’il suffit de vouloir déplacer une partie du corps dans une direction donnée pour trouver immédiatement le groupe musculaire auquel doit être confiée l’exécution du mouvement; les actes ordinaires de la vie s’exécutent sans tâtonnement, et il suffit de vouloir un mouvement usuel des bras et des jambes pour l’exécuter. En général, il est facile à un homme et même à un singe d’imiter très fidèlement un mouvement ou une attitude qu’on lui montre, parce que généralement il s’agit d’actes musculaires déjà exécutés maintes fois par celui qui les reproduit. Mais il n’en est pas de même poür les actes nouveaux auxquels le corps n’est pas accoutumé, et il faut une pratique assidue pour apprendre certains mouvements qu’on ne connaissait pas, ou même pour perfectionner des mouvements que l’on connaissait déjà.
11 n’est qu’une manière utile d’étudier les mouvements : c’est d’en faire. En agissant soi-même, on comprend aisément qu’il y a pour chaque acte, même le plus insignifiant, plusieurs procédés dont les variantes échappent presque toujours au spectateur, mais sont ressenties par l’acteur du mouvement. On arrive par l’apprentissage à faire un choix parmi ces différents procédés et à prendre, naturellement, celui qui représente la plus grande économie de force pour le même travail.
De là la grande difficulté d’évaluer la force réelle d’un individu en se basant sur la mesure de son effort. On peut soutenir qu’un dynamomètre quel qu’il soit no donne pas la mesure exacte de la force de l’homme, parce qu’il y a une manière de frapper, de tirer ou de presser sur le dynamomètre.
Quoi de plus brutal en apparence et de moins soumis à l’édu-
l'accoutumance au travail
cation musculaire, de moins indépendant delà dextérité du sujet, que le fait de frapper à tour de bras sur une enclume avec un lourd marteau? Pourtant la force du choc ne dépend pas seulement delà vigueur du forgeron. Tout le monde a pu voir dans les foires une sorte d’appareil dynamométrique composé d’un poteau élevé au bas duquel se trouve un plateau horizontal. L’homme qui veut mesurer sa force frappe sur ce plateau avec un marteau à long manche. Le choc du marteau se communique, à l’aide d’un mécanisme, à une poupée mobile qui monte verticalement le long du poteau. La hauteur à laquelle s’élève la poupée mesure la force du coup de marteau. Or, généralement, les hommes les plus vigoureux ne font pas monter la poupée à une aussi grande hauteur que le propriétaire de la machine , souvent de force très ordinaire, mais qui a eu le loisir de faire l’apprentissage de son engin et de la manière de s’en servir. 11 y a manière de frapper un coup de marteau ; ceux qui ne connaissent pas le tour de main à donner retiennent le eoup^ c’est-à-dire font intervenir dans le mouvement des muscles dont la contraction est contraire à son exécution. De l’action antagoniste de ces muscles résulte l’amortissement du choc, et, quoique la dépense de force musculaire soit plus considérable, puisiiu’il entre en jeu un plus grand nombre de muscles, le résultat apparent est moindre.
Il y a une manière de marcher, une manière de courir, une manière de soulever un fardeau avec le moins d’effort possible. L’habitude de pratiquer un exercice aboutit donc à une diminution de dépense musculaire, à une économie de travail d’où résulte l’augmentation apparente des forces de l’homme exercé.
L’influence de l’éducation ou de l’apprentissage spontané ne se fait pas seulement sentir sur les mouvements musculaires: toutes les grandes fonctions modifient leur jeu pour l’adapter aux exigences de l’acte qu’on leur demande chaque jour. Si le pianiste apprend à mouvoir ses doigts avec précision et rapidité, le chanteur apprend à respirer avec ampleur et à mesurer son souffle de façon à ne pas couper le chant par une inspiration intempestive.
Dans les exercices violents, l’éducation de la respiration a une importance capitale. Les coureurs expérimentés arrivent à dominer les effets réflexes du mouvement respiratoire, et à faire des respirations amples et profondes, tandis que les débutants, obéissant sans résistance au.x besoins de leurs poumons novices.
ÉDUCATION DE LA IlESDIRATION
s’essoufflent par des mouvements trop précipités et trop raccourcis du thorax. On peut arriver à régler sa respiration à l’aide de certains principes méthodiques enseignés, mais on y arrive, sinon aussi vite, du moins aussi sûrement, en se laissant aller aux tâtonnements plus ou moins conscients qui accompagnent tout exercice nouveau.
En résistant tous les jours h un mouvement réflexe primitivement irrésistible, il n’est pas impossible d’arriver à dominer ce mouvement. Les personnes qui retiennent leurs larmes ou leur rire, qui étouffent un éternuement ou arrêtent une quinte de toux, sont la preuve que la volonté énergiquement tendue peut lutter d’une façon efficace contre une impulsion instinctive et un besoin organique.
Par contre , on peut arriver, en se laissant aller aux mouvements spontanés, à se créer de véritables maladies. Certains malades, en prenant l’habitude de tousser avec excès. Unissent par créer de toutes pièces des toux . '‘l'veuses, contre lesquelles tous les remèdes échouent parce qu’on n’emploie pas le bon qui serait un effort tenace de la volonté.
L’éducation des réflexes, l’empire pris sur les organes, en un mot l’asservissement des mouvements habituellement spontanés aux ordres de la volonté, peuvent donc amener une grande diminution de la fatigue dans les exercices de corps.
Les modifications purement fonctionnelles qui surviennent dans 1 organisme par l’effet de l’accoutumance ne peuvent être attribuées à un autre facteur qu’à l’agent régulateur des fonctions organiques, c est-a-dire au Système Nerveux.
C’est le système nerveux qui préside à toutes les fonctions, et lient sous sa domination le jeu de tous les organes. S’il survient un trouble dans la structure, la nutrition, ou simplement dans le fonctionnement du système nerveux, on observe immédiatement que les fonctions organiques subissent des perturbations diverses, et cela malgré l’intégrité parfaite des appareils qui les exécutent. Du côté des muscles on voit des paralysies, des contractures, des convulsions succéder aux plus légères lésions du cerveau, de la moelle épinière ou des nerfs. On voit aussi, du côté des organes internes, des troubles profonds se manifester dans la
l’accoutumance au travail
fréquence, le rythme ou l’intensité des mouvements du cœur et du poumon, et cela en l’absence de toute lésion des appareils de la respiration et de la circulation, et sous l’influence unique d’un trouble passager de circulation dans certains points des centres nerveux. Enfin, les glandes elles-mêmes peuvent présenter une perversion complète de leurs sécrétions sous l’influence des moindres lésions subies par les nerfs qu’elles reçoivent.
On ne peut, de même , attribuer qu’au système nerveux, et aux modifications que peuvent subir ses éléments, les perfectionnements observés dans le jeu des organes, dans le cas où ces organes ne présentent pas des changements de structure capables de les expliquer, — Si un muscle, après avoir acquis le summum de développement auquel il peut atteindre, continue à augmenter de puissance par l’effet du travail, et cela tout en cessant de s'accroître, on ne peut attribuer cet accroissement purement dynamique de sa puissance, qu’à un changement, — connu ou non, — dans la partie du système nerveux qui préside à ses mouvements.
Or, en étudiant la structure des nerfs chez un homme accoutumé au travail, on n'y constate aucun changement appréciable, pas plus que dans celle du cerveau et de la moelle épinière. Entre la substance nerveuse d’un homme adonné à l’exercice corporel, et celle d’un homme qui ne fait pas agir ses muscles, il est impossible de constater aucun caractère différentiel rappelant les changements si tranchés que produit sur la fibre musculaire l’état de travail comparé à l’état d’inaction. Et pourtant l’esprit se refuse à admettre que la loi de transformation des organes par l’exercice puisse atteindre tous les appareils organiques du corps à l’exclusion d’un seul. Il est prouvé que la substance grise du cerveau est un organe indispensable à l’exécution des mouvements volontaires : comment croire que sa nutrition puisse ne subir aucune influence, et ne conserver aucune trace de ce fonctionnement répété, alors que nous voyons tous les organes associés même indirectement au travail, le poumon et la peau, par exemple, présenter une apparence extérieure et une structure intime qui trahissent à l’œil de l’observateur les habitudes de travail du sujet?
S’il est démontré que « la fonction fait l’organe », si le travail modifie les appareils à l’aide desquels il s’exécute, 1 exercice musculaire doit forcément produire des modifications dans le cerveau, instrument indispensable à l’exécution des mouvements volontaires. Ee travail nerveux qui se produit dans la substance grise