CHEVAUX DE COURSES, JOCKEYS, BOXEURS
régime auquel ils ont été soumis a fait disparaître tous les matériaux inutiles au mouvement et a développé au contraire les tissus nécessaires au travail. Leur graisse a presque entièrement disparu et a été remplacée par des muscles.
L’entraînement des jockeys ne produit guère que la moitié de ce résultat. Chez eux le tissu graisseux disparaît, mais le tissu musculaire n’augmente pas ; de cette façon la perte n’est pas compensée par une recette, et la masse du corps diminue. Pour le jockey, on ne se préoccupe pas de l’augmentation de la force musculaire , mais de la diminution du poids , puisque le but cherché est de mettre sur le dos du cheval un homme aussi léger que possible.
L’entraînement du jockey ne peut nous servir de type, dans cette étude ; c’est même faire abus de langage que d’appeler entraîné un homme qu’on fait maigrir par tous les moyens possibles sans chercher à développer en lui aucune énergie spéciale. L’entraînement, tel que nous le comprenons, suppose l’acquisition de certaines qualités actives, d’une certaine supériorité dans l’exécution des mouvements spéciaux d’un exercice. Pour le jockey, nous appliquerions plutôt le mot d’entraînement à la période de temps pendant laquelle il fait le rude apprentissage de l’équitation de course. L’homme auquel est confié le dressage d’un jeune poulain de pur sang subit, en effet, un véritable entraînement, dans le sens complet du mot; car les défenses de son élève lui donnent l’occasion de faire travailler vigoureusement tous les muscles qui concourent à maintenir un cavalier en selle, et ces muscles sont très nombreux.
En France, les écuries de course ont des entraîneurs pour leurs chevaux. En Angleterre il y a des entraîneurs pour hommes, qui préparent leur sujet soit à la course à pied, soit à la course à la rame, soit au combat de boxe. La manie des paris est le mobile et le point de départ de ces méthodes destinées à donner au champion toutes les chances de gain possibles ; mais une résistance inouïe à la fatigue, une vigueur qui dépasse toute croyance, et au total une santé parfaite, on sont la conséquence.
Voici les faits que Royer-Collard, en 1842, vint exposer devant l’Académie de médecine à propos des résultats de l’entraînement méthodique qui produit cet échantillon de l’homme arrivé au summum du développement de la force et de la résistance, qu’on appelle le Boxeur :
« L’homme qui a subi l’entrainement n’a pas sensiblement
F. LAOnANOE.
l’accoutumance au travail
« perdu de son poids, à moins qu’il ne fût alteinl d’obésité avant « d’entrer en condition. Le plus souvent même, il pèse quelques « livres de plus, mais ses membres ont singulièrement augmenté « de volume. Les muscles en sont durs, saillants, très élastiques « au toucher ; ils se contractent avec une force extraordinaire « sous l’intluence du choc électrique. L’ahdomen est effacé , la « poitrine saillante en avant; la respiration ample, profonde, ca- « pahle de longs efforts. La peau est devenue ferme, lisse, net- « toyée de toute éruption. On note que les portions de la peau « qui recouvrent la région axillaire et les côtés de la poitrine ne « tremblotent pas pendant les mouvements des bras ; qu’elles « paraissent au contraire parfaitement adhérentes aux muscles « sous-jacents. Cette fermeté de la peau et la densité du tissu « cellulaire, résultant l’une et l’autre de la résorption des liquides « et de la graisse, s’opposent à la production des épanchements « séreux. » ( Comptes rendus Acad, de médecine.)
Voici maintenant, d’après le même auteur, de quoi sont capables dans la lutte les hommes dont on vient d’exposer la structure:
« Les boxeurs sont nus jusqu’à la ceinture et cherchent à « se lancer de vigoureux coups de poing depuis la tête jusqu’à « l’omhilic. Si l’un d’eux est renversé étourdi par la violence de « l’assaut, on lui accorde une minute de repos. Avant que la rni- (( nute entière soit écoulée, il se relève et recommence la lutte ; « sinon il est déclaré vaincu. Dos boxeurs ordinaires, dans un « combat d’une heure et demie, s’arrêtent ainsi trente à quarante « lois.
« La durée du combat varie de quelques minutes à quatre ou « cinq heures. On conçoit que des blessures graves, et même la « mort, puissent en être le résultat. On en a vu de tristes exemples, « mais c’est là une circonstance extrêmement rare. Le plus sou- « vent, chose remarquable, il ne reste plus, après quelques jours, « aucunes traces de ces coups si terribles.
« Une force prodigieuse, une adresse singulière, une insensibi- « lité aux coups qui passe toute croyance, et en même temps une « santé parfaite, tels sont les phénomènes que nous présentent « ces hommes, assurément bien différents des autres hommes ».
Pour amener un homme à ce point de vigueur et de résistance à la fatigue, il suffit de six semaines. Pendant ce temps si court, le sujet est soumis à un travail musculaire d une intensité graduellement croissante ; mais il doit s’astreindre aussi à un
LE RÉGIME DE l’eNTRAÎNEMENT 19o
régime alimentaire particulier et à des pratiques d’hygiène spéciales.
Toutes les pratiques de l’entraînement ont pour objectif un double but : 1" développer l’énergie musculaire du sujet; 2° augmenter sa résistance à la fatigue. Ces deux résultats sont atteints à l’aide de moyens appliqués empiriquement et dont on a constaté par l’expérience les excellents effets, sans les expliquer, jusqu’à présent, d’une manière satisfaisante. Pour se faire une idée des procédés habituellement usités par les entraîneurs , il suffira de lire le compte rendu de l’entraînement d’un certain J. G, garçon boucher, qui se préparait à une course de régates , sous la direction de M. Symes.
Cet entrainement ressemble beaucoup à celui des boxeurs, car il a pour but de développer toute la puissance musculaire du sujet, et d’augmenter jusqu’aux dernières limites possibles sa résistance à la fatigue. Il en diffère pourtant, par un détail important ; c’est la nécessité d’alléger autant que possible le poids du rameur, afin de diminuer la charge de l’embarcation qu’il conduit. Aussi remarquera-t-on que le sujet de l’observation citée a perdu 37 livres (anglaises), tandis que les boxeurs conservent le môme poids après avoir subi leur préparation qu’avant de s’y soumettre. — Nous empruntons cette observation à l’ouvrage du docteur Worthington sur « l’Obésité ».
Voici le régime suivi, et ses résultats :
« amil. — Se lever à six heures du matin , prendre « 4-0 grammes de sulfate de magnésie, se promener doucement « pendant une demi-heure.
« Huit heures du matin : déjeuner composé d’une côtelette de « mouton ou d’un beefsteak, de cresson, une demi-pinte de thé « avec un peu de lait et de sucre, petite quantité de pain sec ou « pain grillé.
« De neuf heures du matin à midi, se promener à la vitesse de « 3 milles par heure.
« Une heure après midi ; dîner composé de bœuf ou mouton « (maigre) rôti, saignant ou bien cuit selon le goût, légumes verts,
« trois quarts de pinte de vieille ale, pain rassis en petite quantité.
« De deux heures à quatre heures après midi , se promener à la « vitesse de 3 milles par heure.
« Cinq heures après midi, demi-pinte de thé, pain sec ou pain « rôti, deux œufs crus dans le thé, ou deux œufs à la coque peu « cuits.
l’accoutumance au travail
« De six heures h huit heures du soir, se promener à la vitesse de « 3 milles par heure.
« Neuf heures du soir ; souper, demi-pinte de vieille ale avec un « morceau de pain sec ; se promener doucement pendant une « demi-heure.
« Dix heures du soir : se coucher.
« Môme régime continué pendant trois jours.
« 4 avril. — Se lever à six heures du matin ; se promener dou- « cernent pendant une demi-heure.
« Huit heures du matin : déjeuner comme avant.
« Dix heures du matin : s’habiller de plusieurs habits complets « de flanelle pour la déperdition {wastinr/) ; marcher paidant deux « heures aussi rapidement que possible, et ensuite prendre une « douche immédiatemem en rentrant, la transpiration étant à « son maximum. Un petit verre de vin de Xérès ou un quart de « pinte de vieille ale, si la soif est insupportable.
« Une heure trente minutes après midi : dîner comme avant.
« Deux heures trente minutes à quatre heures après midi : se « promener assez rapidement (3 milles par heure).
« Quatre heures après midi : ramer 2 milles.
« Cinq heures trente minutes : thé comme avant.
« 5 avril. — Résultat de la course de déperdition : perte de « poids, 8 livres [anglaises).
« Exercice avant déjeuner, déjeuner comme aux jours précé- « dents.
« Onze heures trente minutes du matin; ramer 2 milles, douche « froide en sortant du bateau.
« Midi et demi : verre de Xérès ou un quart de pinte de vieille ale.
« Une heure trente minutes après midi : dîner comme avant.
« Deux heures trente minutes à quatre heures après midi : mar- « cher rapidement.
« Quatre heures après midi ; ramer 1 mille aussi rapidement « que possible.
« Cinq heures trente minutes : thé.
« Neuf heures du soir : souper.
« Dix heures du soir: se coucher.
« 6 avril. — Même régime : ramer deux fois par jour 2 milles,
« chaque course suivie de douche froide. Continuer jusqu’au « 14 avril.
« 14 avril. — Perte de poids par exercice : 7 livres [am « glaises).
ENTRAÎNEMENT d’UN RAMEUR DE LA TAMISE
« Deuxième déperdition : môme régime sous tous les rapports « que celui du 4 avril.
n i5 avril. — Résultat de la deuxième déperdition : perte de « poids, 4 livres.
« Continuer le régime ordinaire, c’est-à-dire sans la déperdition, « jusqu’au 23 avril. — Perte de poids par exercice, 7 livres.
a 27 avril. — Troisième déperdition: perte de poids, 3 livres.
« Jusqu’au 7 mai, régime ordinaire de l’entraînement: perte de « poids par exercice, S livres.
« 8 mai. — Quatrième déperdition : perte de poids, 3 livres.
« Jusqu’au 15 mai., jour de la course, régime ordinaire de « l’entraînement; pas de perte de poids. »
L’entraînement avait duré six semaines et avait amené une perte de poids de 37 livres. Il est curieux de voir combien ce résultat si rapide a été peu persistant chez le môme sujet.
« Le i5 juin., — un mois après, — le même individu se prête sente pour faire l’entraînement en vue d’une course de 2 milles « à la rame. Sous l’influence de ses habitudes antérieures, il « avait regagné en poids 21 livres. Comme il était fort pressé « par le temps, son entraînement ne dura que huit jours.
« Ce court délai fut pourtant suffisant pour le débarrasser de « ses 21 livres et le mettre en état de gagner facilement sa « course. »
Cette observation nous montre avant tout le peu de stabilité des modifications produites par les pratiques de l’entraînement. On voit que le sujet avait repris en un mois, par le retour à ses habitudes de vie, la conformation que l’exercice violent et les manœuvres de déperdition avaient si profondément modifiée en six semaines.
Si l’on analyse la méthode de M. Symes, on y remarque deux ordres de pratiques : les unes destinées à augmenter le volume des muscles par le travail ; les autres ayant pour hut de diminuer la masse des tissus mous à l’aide d’évacuations de toute espèce.
On sait que les muscles grossissent par le fait môme de l’exercice, et il est inutile d’insister pour faire comprendre combien des muscles devenus plus volumineux augmentent la force du sujet ; mais il est nécessaire d’expliquer l’efficacité des évacuations pour augmenter la résistance à la fatigue.
On sait que toute déperdition subie par l’organisme tend à augmenter le pouvoir absorbant des vaisseaux. Les sueurs profuses,
l’accoutumance au travail
les diurèses abondantes, les évacuations intestinales répétées, les saignées copieuses, augmentent très sensiblement le besoin d’assimiler des liquides. Ce besoin nous excite à produire une sorte de compensation entre les pertes et les acquisitions du sang. Il se satisfait habituellement aux dépens des aliments liquides apportés du dehors, et se traduit par l’augmentation do la soif, mais il se manifeste aussi par une tendance à l’absorption do certains matériaux do l’organisme lui-même. Dans ce cas, le mouvement d’assimilation s’appelle résorption.
La thérapeutique utilise souvent la force de résorption compensatrice pour faire disparaître des substances morbides accumulées dans certaines parties du corps. Ainsi les liquides épanchés dans les cavités naturelles ou inliltrés dans l’épaisseur de la peau et des chairs peuvent être résorbés à la suite d’une série de ))urgations, ou do l’emploi prolongé des diurétiques, et même sous l’inlluence des sudations répétées. On voit alors les sujets se débarrasser des liquides pathologiques qui les gênaient et diminuer de volume.
Le travail compensateur de résorption ne s’arrête pas aux liquides et se fait souvent sentir à des tissus solides pou stables, tels que la graisse. On voit des sujets perdre leur embonpoint sous l’intluence d’une transpiration excessive. C’est en vertu d’une résorption compensatrice que la graisse d’un sujet qui s’cntraine peut diminuer sous l’intluence des purgations, et sous celle des suées que provoquent les manœuvres dites « de déperdition ».
Quel est maintenant l’avantage de la résorption dos graisses au point do vue do la résistance à la fatigue ? Nous avons eu l’occasion d’en parler à plusieurs reprises et il nous sutlira de rappeler sommairement : 1° que la graisse augmente le poids inutile, le poids mort du sujet ; 2“ qu’elle empêche la réfrigération du corps pendant le travail ; 3“ qu’elle augmente, par la combustion de ses éléments carbonés, la production de l’acide carbonique. — Augmentation do travail mécanique pour les mêmes mouvements; augmentation des souffrances dues à réchauffement excessif du corps ; augmentation de ressoulllemont pour le même effort musculaire : telles sont les causes de fatigue dues à l’excès de tissus adipeux.
L’amaigrissement du sujet est donc la première étape de l’entrainement. Ce résultat s’obtient par le fait même du travail, par suite de la combustion dos tissus de réserve ; mais il est rendu plus rapide par une foule de moyens accessoires, les frictions,
PHYSIOLOGIE DE l’ENTRAÎNEMENT
los enveloppements dans des linges mouillés, les bains de vapeur, les vêtements extrêmement chauds, etc.
On peut se convaincre par expérience que la disparition de la graisse amène toujours une diminution de certains malaises de la fatigue, et surtout de réchauffement du corps, et de l’essoufllement. Une série de suées à l’étuve disposent bien le sujet aux exercices de vitesse, avant même qu’il n ait fait aucun travail.
Les autres pratiques de l’entraînement peuvent se résumer en trois préceptes : 1“ éviter dans l’alimentation tout ce qui peut favoriser la reproduction de la graisse perdue ; 2“ favoriser le fonctionnement de la peau ; 3" fournir à la respiration un air bien o.xygéné.
On écarte du régime de l’homme qui s’entraîne les boissons aqueuses, parce qu’elles peuvent, en remplaçant trop vite les pertes faites par la sueur, diminuer la tendance à la résorption des tissus mous. Pour une raison analogue, on lui défend les farineux, les sucres et tous les aliments capables de pousser à la graisse, toutes les substances réputées aliments d’épargne, comme l’alcool.
Les fonctions de la peau ont une grande importance, et leur régularité parfaite est nécessaire à deux points de vue. En premier lieu, la peau est organe de sécrétion : elle élimine les déchets liquides ou gazeux qui résultent des combustions du travail, et nous avons dit que les malaises de la fatigue sont dus pour la plupart à une intoxication du sang par ces déchets. Il y a donc tout avantage, au point de vue de la résistance à la fatigue, à favoriser leur prompte sortie de l’organisme. En second lieu, la peau est un organe respiratoire qui absorbe l’oxygêne de l’air, et on sait combien un sang bien oxygéné est vivifiant et plastique.
11 est une autre prescription à laquelle les entraîneurs attachent une très grande importance; c’est la tranquillité d’esprit du sujet. L’homme « en condition » doit être tenu à l’écart de toute préoccupation, de toute émotion dépressive. Il faut éviter à ses nerfs toute espèce d’ébranlement, et le mettre à l’abri de toute sensation trop vive ; aussi lui défend-on les plaisirs de l’amour, aussi bien que les soucis elles peines morales. Nous ajouterons, d’après nos observations personnelles, qu’il faut lui interdire aussi les travaux de l’esprit. Le travail d’esprit s’ajoutant à l’exercice augmente la tendance à la désassimilation des tissus et favorise
l’accoutumance au travail
la déperdition^ mais il s’oppose h la reconstitution des éléments musculaires; de telle sorte que le sujet livré à la fois aux fatigues intellectuelles et au travail musculaire maigrit promptement et ne peut recouvrer sous forme de muscles les tissus de réserve qu’il a perdus. Il a tendance à tomber dans l’état de surmenage par épuisement organique .
Enfin l’aération parfaite du local habité par le sujet est considérée comme une condition capitale du succès de l’entraînement. L’homme qui s’entraîne doit habiter hors des grandes villes et respirer un air vivifiant capable de rendre son sang plus riche en oxygène.
Mais, parmi tous les agents modificateurs de l’organisme utilisés par les entraîneurs, le plus important est le travail. Il peut remplacer tous les autres , et aucun d’eux ne peut le suppléer. Le travail, en effet, est capable à lui seul de produire le double résultat cherché : augmentation du volume des muscles , et diminution des tissus de réserve. Il brûle directement les graisses en les utilisant pour alimenter la contraction musculaire ; il les use aussi indirectement en élevant la température du sang, et en échauffant le corps autant que pourrait le faire une étuve ou une surcharge de vêtements. Sous l’influence du travail, des combustions plus intenses se produisent dans les tissus , et une transpiration plus abondante produit la déperdition cherchée par l’entraîneur.
Outre ces effets qui sont communs au travail musculaire et aux moyens accessoires usités dans l’entraînement , il est des résultats que le travail seul peut donner. Et d’abord, la contraction musculaire souvent répétée est le seul moyen de développer les muscles, et par conséquent d’augmenter la force. De plus , il est une forme de la fatigue qui ne peut être atténuée , comme l’essoufflement , par la résorption des tissus graisseux : c’est la courbature. Nous savons en effet que cette forme de la fatigue n’est pas due à des produits résultant de la combustion des graisses, mais bien à des produits dus à la désassimilation de certains tissus azotés, de réserve qui s’accumulent dans les fibres du muscle inactif.
Or, le travail seul semble avoir jirise sur ces réserves azotées. Les suées et les déperditions artificielles, qui diminuent beaucoup la tendance à l’essoufflement, ne donnent pas la moindre immunité pour la courbature.
SUPÉRIORITÉ DE l’eNTRAÎNEMENT LENT 201
Ainsi tous les résultats obtenus par les moyens accessoires, tels que le régime alimentaire, les purgations et les suées, le travail musculaire à lui seul pourrait les donner. Mais alors le résultat se ferait attendre plus longtemps. Il faut aussi dire qu’il serait plus durable.
Les modifications qu’on observe dans le tempérament de l’être vivant sous l’influence d’un entraînement méthodique se produisent très promptement, mais se perdent avec la plus grande facilité. Six semaines de régime sévère amènent la « condition » parfaite, mais un mois d’interruption fait perdre au sujet tout le bénéfice de l’entraînement et le ramène à la conformation première.
L’observation des faits les plus usuels nous montre au contraire la stabilité des modifications acquises par le fait d’un travail musculaire persistant.
On voit tous les jours des hommes et des animaux soumis à une vie continuelle de travail musculaire acquérir ainsi à la longue la conformation que donne si vite la méthode de l’entraînement. Si un changement complet vient alors à se produire dans leurs habitudes, ils peuvent perdre les attributs de l’homme entraîné, mais ce n’est pas en un mois qu’ils reprennent, comme le sujet cité par Worthington, des tissus de réserve exubérants.
Quand un homme a passé sa vie dans le rude labeur des champs, ou dans la pratique assidue des exercices du corps , il est rare qu’il ne conserve pas une conformation svelte et musculeuse pendant de longues années après avoir abandonné le travail. De même , un bœuf de harnais employé à des travaux pénibles pendant un temps trop long et qu’on veut ensuite préparer pour la boucherie, semble réfractaire à l’engraissement, et sa chair reste ferme et coriace. Malgré le repos absolu et l’alimentation surabondante , ses muscles ne peuvent perdre tout à fait la dureté acquise par un travail prolongé.
Si nous jetons un coup d’œil sur un homme modifié par les préparations que nous venons de décrire sommairement, nous verrons qu’il s’est produit dans son organisme de profondes transformations qui en font pour ainsi dire un être nouveau. Il diffère par la structure de ses tissus, par la conformation et par
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le fonctionnement de ses organes de ce qu’il était avant l’entraînement.
Au point de vue physiologique, le caractère essentiel de l’homme entraîné , c’est l’augmentation des tissus destinés à mouvoir le corps , et la disparition presque complète de ceux qui ont pour rôle d’alimenter les combustions sans lesquelles les mouvements ne seraient pas possibles.
L’homme entraîné peut se comparer à une machine thermique dont on aurait consolidé les rouages, mais qui ne porterait plus avec elle les provisions de combustible destinées à alimenter le foyer. A la suite des préparations de l’entraînement, les tissus de réserve ayant disparu, c’est aux aliments seuls que l’homme doit demander les matériaux nécessaires à l’entretien du travail.
Aussi ne faut-il pas confondre la faculté de résister à la fatigue avec celle de supporter les privations. Le cheval de course, si apte h fournir un travail intense et prolongé, supporte fort mal le manque de nourriture et ne pourrait soutenir avec la maigre ration qui suffit à un bidet breton. Il en est de même chez l’homme entraîné : si l’alimentation vient à manquer, l’épuisement sera prompt. En revanche, les combustions, n’ayant plus pour aliments des tissus d’une désassimilation trop facile, produisent moins do déchets. La fatigue, qui est le résultat d’une auto-inloxication du corps par les déchets des combustions , aura moins de tendance à se produire.
Chez l’homme en parfaite « condition » , les produits d’excrétion que chassent hors du corps les organes éliminateurs ne seront plus les mêmes qu’avant l’entraînement, puisque les tissus dont la désassimilation leur donnait naissance auront été modifiés dans leur structure. Le poumon rejettera moins d’acide carbonique à travail égal , et n’éliminera plus certains produits gazeux encore mal définis, mais qu’on sait résulter de la combustion de matériaux tenus trop longtemps en réserve dans 1 organisme. La peau n’exhalera plus ces acides gras volatils dont l’odeur est quelquefois si caractérisée chez les personnes d une vie sédentaire. Les reins, enfin, à la suite d’un travail musculaire intense, ne rejetteront plus au dehors ce surcroît durâtes et d’autres déchets azotés qu’on retrouve dans les sédiments urinaires et qui sont si abondants chez les sujets non entraînés atteints par la courbature de fatigue.
Les hygiénistes ont depuis longtemps signalé ce fait que toutes