ACTION SUR LES MUSCLES
obéir ». Un cheval ardent attelé à une lourde charrette et qu’on lance au galop dans une côte, fait à la fois un travail de force et de vitesse, et présente souvent l’exemple des accidents de 1 exercice forcé; menacé d’asphyxie par 1 acide carbonique qui s accumule dans le sang, exposé à des ruptures de vaisseaux ou a des déchirures internes par la compression violente que détermine l’effort, l’animal meurt quelquefois subitement d’une rupture du cœur ou tombe tout d’un coup paralysé par une apoplexie de la moelle épinière.
Ainsi, en résumé, les exercices de vitesse ont l’avantage de pouvoir produire la même quantité de travail que les exercices de force et d’exciter avec la même intensité le besoin de respirer. De plus , ils augmentent l’activité des fonctions respiratoires avec moins de fatigue pour le poumon et pour le cœur, h cause de l’absence de Veffort qm n’intervient qu’exceptionnellement dans l’exercice de vitesse , et qui est obligatoire dans l’exercice de force. — De là une première cause de préférence à donner aux exercices de vitesse quand il s’agit d'augmenter la consommation d’oxygène du sujet.
Du côté du système musculaire, l’exercice de vitesse, pour un nombre égal de kilogrammètres en un temps donné, produira moins de fatigue que le travail de force et exposera moins l’appareil moteur aux divers accidents qui résultent des tiraillements et des froissements des parties mobiles.
Mais ces avantages sont balancés par un autre qu’il faut reconnaître aux exercices de force , le développement plus grand donné aux muscles. L’alHux du sang à la fibre musculaire est d’autant plus considérable que l’effort est plus intense, et le contact de ce liquide avec l’élément contractile est d’autant plus prolongé que la contraction est plus durable. Ce fait est prouvé par l’observation suivante. Chez un homme qu’on saigne, le sang s’écoule un instant de lui-même par plénitude des veines, puis le jet s’arrête. Si l’on fait alors exécuter des mouvements aux muscles de l’avant-bras, le jet recommence, non parce que les veines reçoivent une pression qui les vide, mais ])arce que la contraction attire plus de sang aux muscles (l).Or, si les muscles se contractent d’une manière énergique et soutenue, le jet sanguin se précipite plein et ininterrompu. Si l’on s’étudie à faire une série de
(1) Makkï, la Circulalion du sang.
F. Laohanoe.
LES EXERCICES DE VITESSE
petites contractions se succédant avec une grande rapidité, le jet devient saccadé, plus mince, et fournit pour le môme temps un écoulement moins abondant. Ce fait prouve que moins de sang traverse les muscles pendant une série de petites contractions très rapprochées que pendant une seule contraction très soutenue.
Il n’est pas besoin d’autre démonstration pour prouver que la nutrition du muscle doit être moins active pendant les exercices de vitesse que pendant les exercices de force, puisqu’on sait que la nulrilion d’une région du corps est en raison directe de la quantité de sang qui s’y porte.
Les déductions (lue nous venons d’exposer en nous basant sur la physiologie du travail musculaire sont pleinement conlirmées par l’observation directe des faits. Les exercices de vitesse ne développent pas très sensiblement les muscles, tandis que les exercices de force les font augmenter beaucoup de volume. Tout le monde connaît l’exagération du développement musculaire des hercules de foire ; on sait aussi que les coureurs de profession ont souvent les mollets grêles. En revanche, les exercices de vitesse développent plus que tous les autres l’ampleur de la poitrine, et de tous les exercices du gymnase aucun n’améliore plus rapidement la respiration (jne la course dite de résistance.
Il est un point particulièrement intéressant h étudier dans la physiologie des exercices de vitesse : c’est la dépense excessive d’influx nerveux qu’ils occasionnent. La vitesse dans les mouvements exige, de la part des centres nerveux, un surcroît de travail, qui peut, selon nous, trouver une explication satisfaisante dans les faits physiologiques que nous allons exposer.
Le muscle n’obéit jamais instantanément à la volonté qui lui commande un mouvement. C’est là un fait mis en lumière par llelmholtz en 1850. Ce physiologiste a moniré qu’en excitant à l’aide d’une décharge électrique un point donné des nerfs moteurs, on observe toujours un intervalle appréciable entre 1 instant de l’excitation du nerf et celui de la contraction des muscles auxquels cette excitation est conduite. Ce « retard » est dû, en partie, au temps qu’emploie l’excitation à cheminer à travers les nerfs; mais, en tenant compte de la durée de ce trajet, qu on a pu
RÔLE nu SYSTÈME NERVEUX
mesiirGr exactGinent, on trouve qu’il reste encore une fraction de temps appréciable, pendant laquelle le muscle déjà atteint par l’excitation électrique n’est pas encore entré en contraction.
Helmhollz a donné le nom de tempf; perdu à cette période de silence pendant laquelle l’organe moteur , ayant déjà entendu l’appel de la volonté, n’y a pas encore répondu par un mouvement.
(3r, diverses conditions peuvent faire varier la durée du temps perdu, et rendre plus lente ou plus prompte l’obéissance du muscle à l’excitation qu’il reçoit. Parmi ces conditions, les unes sont inhérentes au muscle et peuvent se résumer en une seule, qui est Vexcüabilité plus ou moins grande qu’il présente; les autres dépendent de l’agent excitateur du muscle, et sont subordonnées à l’intensité plus ou moins grande avec laquelle cet agent fait sentir son action.
La condition la plus elïicace pour abréger le « temps perdu » est l’intensité de l’excitation reçue par la libre musculaire. — Supposons l’organe moteur actionné par un courant électrique ; le temps perdu étant, par exemple, de deux centièmes de seconde avec une force électrique représentée par le chiffre 1 , sa durée se trouvera réduite à un centième de seconde si on double l’intensité du courant. Supposons , à présent , que l’excitant du muscle soit la volonté : la même loi sera applicable à la durée du temps perdu, et celui-ci sera d’autant plus court que le commandement volontaire s’accompagnera d’une excitation plus forte de la fibre musculaire. Or, une excitation plus forte de la libre musculaire ne peut être obtenue, ainsi que nous l’avons dit dans la première partie de ce livre, qu’au prix d’un ébranlement plus violent des cellules cérébrales et des libres nerveuses ({ui sont les organes conducteurs de l’inllux nerveux volontaire.
L'effurt de volonté , — synonyme d’ébranlement nerveux, — devra donc èlre d’autant plus intense qu’on voudra rapprocher davantage le moment où l’ordre du mouvement est donné do celui où le mouvement est exécuté.
Les exercices de vitesse qui exigent la répétition très fréquente des mouvements, c’est-à-dire le passage alternatif et très rapide du relâchement à ta contraction, du repos au mouvement, nécessiteront donc un ellbrt de volonté supplémentaire destiné à hâter la réponse du muscle à l’appel qui lui est fait. Do là un supplément de dépense nerveuse qui no se traduit pas par une contrac-
LES EXERCICES DE VITESSE
tion plus énergique , mais par une contraction plus soudaine; qui n’aboutit pas à une augmentation du travail effectué, mais à une diminution du temps perdu.
Cette explication, que nous croyons pouvoir déduire de la loi d’Helmholtz , se trouve confirmée par l’observation des faits , car les exercices de vitesse s’accompagnent de certains phénomènes de fatigue qui sont hors de proportion avec la quantité de travail mécanique qu’ils représentent et qui doivent être attribués à un surcroît de travail nerveux.
Nous avons vu que , parmi les conditions capables de faire varier la durée du « temps perdu » , il fallait compter en première ligne V excitabilité plus ou moins grande du muscle. L’excitabilité est la propriété qu’a le muscle de répondre par une contraction à une excitation qu’il reçoit soit d’un agent extérieur, soit de la volonté.
11 y a des causes qui diminuent l’excitabilité du muscle ; la plus commune est la fatigue. Un muscle fatigué ne répond plus tà des excitations faibles qui, cependant, suffisaient à l’actionner avant qu’il n’eût travaillé. De plus, si l’excitation devient plus forte et acquiert une intensité suffisante pour provoquer une contraction, on remarque que cette contraction se produit lentement, paresseusement, et que la période de temps perdu est plus longue qu’ou ne l’observait dans le muscle frais. Pour obtenir d’un muscle fatigué une réponse très prompte, il faut avoir recours à des excitations d’une très grande intensité. — Ce fait nous explique comment la fatigue musculaire fait perdre à l’homme son aptitude à la vitesse, avant de lui faire perdre la faculté de produire des contractions musculaires énergiques.
Plus le muscle est excitable, plus il est apte à obéir vivement à la volonté, plus il est capalile d’exécuter des exercices de vitesse. Ür , — c’est là un point digne de remarque, — tous les muscles n’ont pas, naturellement, la même excitabilité; tous ne présentent pas la môme aptitude à répondre instantanément à l’agent qui les excite.
Chez certaines espèces animales , on observe un très long intervalle entre l’excitation électrique du muscle et sa contraction. Ce sont justement les espèces connues pour la lenteur de leui s mouvements volontaires. Il est curieux de voir (ju un muscle de tortue, par exemple, n’entre en contraction (jue deux centièmes de seconde après avoir été excité, tandis (luc chez 1 oiseau