T. EFFORT
sorte (le discipline qui attribue à chaque muscle son rôle pailiculier. La Volonté qui commande a sous ses ordres une foule d’agents qu’il n’est pas facile de faire agir du premier coup a\ec ensemble. L'homme qui exerce ses muscles est pareil à un général qui fait manœuvrer ses troupes pour les avoir dans la main au jour de la bataille.
Ainsi s’explique l’augmentation apparente de la force musculaiie à la suite de certains exercices. 11 y a certainement augmentation réelle de la puissance de contraction dans le muscle qui travaille tous les jours, mais souvent cette augmentation parait si rapide qu’on serait embarrassé pour l’expliquer si on ne songeait pas à faire intervenir l’éducation, nous allions dire le dressof/f' des muscles.
Quand un homme soulève de terre un lourd fardeau, on voit la respiration se suspendre, la face rougir, les veines du cou et du front se gonfler. On dirait qu’au moment où toute la force du corps se déploie, un lien invisible vient étreindre le cou et faire obstacle en même temps à la circulation de l’air dans les poumons et au cours du sang dans les veines.
Les phénomènes qui accompagnent un acte musculaire très énergique ressemblent en effet beaucoup à ceux qui pourraient résulter d’une constriction exercée sur la gorge, et d’un commencement de strangulation. Toutes les fois qu’on fait effort, les voies aériennes se ferment et les vaisseaux du thorax sont comprimés.
Le portefaix qui veut charger un fardeau sur ses épaules le saisit d’abord, puis, avant de l’enlever de terre, il s’arrête un très court instant comme pour se préparer au mouvement. Ce temps d’arrêt est utilisé par des préliminaires importants.
Avant l’exécution du mouvement, une profonde inspiration doit être faite. L’air est attiré en grande quantité dans le poumon, et le larynx se ferme aussitôt pour l’empêcher d’en sortir. La poitrine se gonfle. Les côtes se trouvent ainsi écartées et repoussées en haut, mais en même temps il se produit une énergique contraction des muscles abdominaux qui tend ii les attirer en bas. L’air qui gonfle les poumons se trouve ainsi soumis à une compression vigoureuse, et les parois du thorax, repoussées en haut
LE TRAVAIL MUSCULAIRE
d une part, attirées en bas d’autre part, se trouvent iimnobiliséeE par l’action simultanée des deux forces de direction inverse qu’elles subissent.
L immobilisation des parois thoraciques est le but cette sorte de lutte des forces antagonistes de la respiration qui oppose les muscles expirateurs aux muscles inspirateurs, et qu’on appelle en physiologie Veffort.hQÿ, côtes, devenues momentanément immobiles, peuvent présenter un point d’appui fixe et solide 5 tous les muscles qui s’y attachent, et en particulier aux grandes masses musculaires qui meuvent les bras, la colonne vertébrale et le bassin; ces muscles entrent alors énergiquement en jeu, et le fardeau est soulevé.
Aussitôt l’acte musculaire accompli, la poitrine se dégonfle. L’air qui s’y trouvait retenu en est expulsé brusquement, en produisant une sorte de soupir bruyant qui indique la fin de \' effort.
L’effort est un acte physiologique qui associe intimement entre eux un grand nombre de muscles et d’os pour les faire concourir au même mouvement, et qui, de plus, associe violemment au travail musculaire deux grandes fonctions de l’économie : la res piration et la circulation.
On regarde généralement l’efTort comme un phénomène inti mement lié aux très grands déploiements de force. 11 peut pourtant se produire dans bien des cas où la quantité de travail effectué est très faible. La condition essentielle de la production de l’effort, c’est la nécessité de donner à la contraction d’un groupe musculaire toute la force dont ce groupe est capable.
Chaque fois qu’un homme veut mettre dans un acte musculaire, aussi localisé soit-il, toute l’énergie possible, on voit inévitablement cet acte s’accompagner d’une série de faits physiologiques dont le résultat final est la suspension des mouvements respiratoires.
Regardez un homme qui presse fortement une noix dans sa main pour la casser. Si les doigts sont très vigoureux et la coque peu résistante , la contraction musculaire reste localisée dans l’avant-bras , et rien n’est dérangé dans le fonctionnement normal des organes. La physionomie reste calme et la respiration n’est pas troublée : la noix est brisée mns effort. Mais si la coque résiste et que l’homme fasse appel à toute sa force, on voit la contraction musculaire gagner le bras, puis l’épaule, et s’étendre enfin au cou, ùla poitrine et à l’abdomen. La respiration se suspend , la face se congestionne , les veines du front et du cou se
l’effort
gonflent et font saillie ; et quand la noix est enfin brisée , une sorte de gémissement se produit, semblable à celui du portefaix qui a soulevé de terre un fardeau.
On est , au premier abord, surpris qu’un acte dans lequel les fléchisseurs des doigts sont, en somme, les seuls muscles directement mis en jeu, puisse nécessiter l’entrée en contraction de muscles très éloignés , et on ne comprend pas du premier coup que, pour fermer la main avec toute l’énergie possible, il faille contracter les muscles de l’abdomen.
C’est que le corps est formé d’une multitude de pièces mobiles, et qu’un muscle ne peut donner toute sa force contractile si l’une de ses extrémités ne prend pas appui sur un point fixe. Il faut donc, si on veut Axer l’avant-bras, que le bras soit immobilisé sur l’épaule, celle-ci sur le thorax, et le thorax lui-même sur le bassin. Or ce résultat ne peut être/ atteint sans qu’une grande masse d'air soit retenue dans le poumon, car le poumon gonflé d’air comprimé est le seul point d’appui fixe que puissent trouver les pièces osseuses mobiles du thorax. Le poumon rempli d’air forme une sorte de coussin résistant sur lequel les muscles de l’abdomen appliquent fortement les côtes en les attirant en bas.
C’est ainsi que, par un enchaînement de contractions musculaires successives, des mouvements localisés dans l’extrémité des membres peuvent demander le concours des muscles abdominaux et des côtes, et déterminer en définitive la compression du poumon et des organes thoraciques et abdominaux, en un mot tous les résultats de l'effort.
L’effort, phénomène si complexe, qui associe les grandes fonctions de l’organisme aux actes musculaires les plus localisés , résulte donc de l’impossibilité de fixer un os des membres sans que tous les os qui composent le tronc soient complètement immobilisés. Son but est de faire du thorax, du cou et du bassin un tout rigide et résistant, de souder en une seule pièce le système articulé que représente le tronc.
Une perturbation profonde se produit toujours dans l’organisme pendant l’effort, car cet acte entrave momentanément la respiration et la circulation.
Le poumon sert de point d appui aux côtes et subit une pression proportionnée à l’intensité du travail. Le premier résultat de cette pression énergique, c’est de distendre les cellules pulmonaires remplies d air, d’où possibilité des déchirures de leur paroi.
le travail musculaire
Mais le poumon lui-même transmet la pression qu’il subit aux organes qui l’avoisinent, les gros vaisseaux, le cœur. Le sang est refoulé dans les veines caves et reflue dans les veines périphériques, qui se gonflent et deviennent saillantes au cou et au front. Les capillaires sont gorgés de sang et la circulation est momentanément interrompue dans les organes, le cerveau, le poumon.
Les grosses artères et le cœur lui-même subissent aussi l’influence de l’effort ; le calibre de l’aorte peut être momentanément effacé, et les battements du cœur suspendus pendant un instant par la compression qu’il subit. La tension du sang se trouve fortement augmentée dans les veines et dans les artères pendant la durée de l’effort. Aussi voit-on souvent les efforts prolongés donner lieu à des ruptures de capillaires veineux, quelquefois même à des déchirures de veines d’un fort calibre. Dans les efforts les plus modérés, la stase sanguine, la congestion passive momentanée des organes internes ne peuvent être évitées.
Le mécanisme de l’effort nous a montré combien il est diflîcile aux grandes fonctions organiques de s’isoler du travail des muscles, quand ceux-ci se contractent avec une très grande énergie. Mais il n’est pas nécessaire que le travail soit très intense et que l’effort se produise pour que toute l’économie subisse l’influence de la contraction musculaire. Nous allons voir que la mise en action des muscles amène toujours des modifications importantes dans le fonctionnement des grands appareils de l’organisme, et cela quelle que soit la modération de l’acte musculaire effectué.
Si on étudie le cours du sang dans les artères d’un muscle en travail, on constate que le liquide y circule avec une plus grande activité qu’au moment du repos. Ce résultat s’observe , aussi minime que soit le travail effectué, et aussi peu volumineux que soit le muscle agissant.
Ainsi un instrument enregistreur spécial étant adapté à l’artère nourricière du masseter d’un cheval, si on note la vitesse du cours du sang à divers moments, on remarque une accélération très manifeste du courant au moment où l’animal fait agir le muscle, — pour mâcher l’avoine, par exemple. • — Il se fait un afflux plu& considérable du liquide sanguin vers l’organe en