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INFLUENCE SUR LA COMPOSITION DU SANG

implique l’idée d’une absorption plus active des matériaux puisés dans l’alimentation et la fixation plus régulière de ces matériaux sur les organes et les tissus vivants. Mais pourquoi la nutrition s’accroît-elle sous l’influence de 1 exercice? Paice que, dit M. Dujardin-Baumetz , l’activité des fonctions cellulaires augmente et se régularise. Reste fi déterminer comment le mouvement musculaire augmente et régularise 1 activité des cellules.

Il nous semble impossible d’expliquer l’activité plus grande des cellules, fi la suite de l’exercice, autrement que par une augmentation de l’excitation qu’elles reçoivent des nerfs et du sang. On sait , en effet , que les propriétés de la cellule sont sous la dépendance de ces deux agents. Si on coupe les filets nerveux qui se rendent aux glandes, leurs sécrétions se trouvent profondément modifiées ou môme complètement suspendues. Mais, d’autre part, les nerfs eux-mômes sont sous la dépendance du sang, puisque la ligature ou l’obstruction des vaisseaux nourriciers qui se rendent fi la moelle épinière ou au cerveau abolit instantanément les propriétés de ces organes.

C’est donc dans le liquide sanguin, ce « régulateur du système nerveux », qu’il faut chercher en dernière analyse les causes capables de modifier « les fonctions cellulaires » qui président à la nutrition. Or, l’exercice modifie profondément la composition du sang.

Au premier abord, les modifications subies par le sang sem- .( blent de nature fi entraver les fonctions de la cellule nerveuse, :j plutôt qu’fi la rendre plus active. En effet. Cl. Bernard a montré, : en analysant le sang veineux d’un muscle en travail, que ce sang

devient subitement noir et ne contient plus d’oxygène, tandis qu’au contraire le sang veineux de ce même muscle fi l’état de repos renferme une quantité d’oxygène presque équivalente à ; celle contenue dans le sang artériel. Or, l’on sait que le sang veineux chargé d’acide carbonique et dépouillé d’oxygène exerce, sur la cellule nerveuse et sur tous les éléments organiques, une : action dépressive qui tend fi rendre leurs fonctions moins ac- I tives.

Mais les résultats consécutifs de l’exercice sont loin de ressembler à ses effets immédiats, et, si le sang est dépouillé de son ' oxygène pendant le travail, il en est au contraire plus chargé très peu de temps après que le travail a cessé. C’est que, pendant l’exercice, si les combustions sont augmentées, la respiration est considérablement activée. L’oxygène qui entre par le poumon

LES RÉSULTATS DE l’eXERCICE

vient remplacer celui qui est utilisé pour les combustions, et le résultat final de l’exercice n’est pas une perte, mais une acquisition de ce gaz.

L’exercice introduit dans l’organisme plus d’oxygène qu’il n’en est usé par les combustions, du moins l’observation directe des faits semble démontrer que , dans les instants qui suivent un exercice violent , le sang, après avoir été un instant surchargé d’acide carbonique, se trouve ensuite, au contraire, saturé d’oxygène. En effet, si l’on étudie un homme qui vient d’exécuter un travail musculaire capable de faire sentir son influence à la respiration, on constate qu’après avoir présenté la dyspnée et l’essoufflement dus à l’excès d’acide carbonique, il offre ensuite une remarquable diminution du besoin de respirer et un ralentissement notable des mouvements respiratoires.

Quand on observe un homme qui se repose à la suite d’un travail musculaire intense et soutenu, on voit la respiration, qui avait d’ahord pris une accélération très marquée, revenir peu à peu à son rythme habituel, et si l’observation continue, on voit les mouvements respiratoires se ralentir encore, si bien qu’ils finissent par tomber au-dessous du chiffre normal.

Au cours d’une ascension dans les Pyrénées Orientales , nous avons fait sur nous-même et sur un guide les constatations suivantes : Au bas d’une montée, avant que la respiration ne fût influencée par l’exercice, les mouvements respiratoires étaient, chez notre guide, de 14 par minute, et chez nous de 16. Après vingt minutes de montée presque à pic, le guide respirait 28 fois par minute, et nous 30 fois. Mais après six minutes de repos, la respiration était descendue chez l’un au chiffre 10, chez l’autre au chiffre 9 pour une minute. Le résultat final de l’exercice avait donc été une diminution du besoin de respirer , une apnée momentanée. Or, on sait que l’augmentation de la quantité d’oxygène emmagasinée dans le sang produit la diminution du besoin de respirer (1).

Ainsi un homme qui prend de l’exercice fait provision d’oxygène. Ce gaz s’emmagasine en quelque sorte au sein des éléments anatomiques qui entrent dans la structure de l’organisme ; il s’attache surtout aux globules sanguins , dont il rend la couleur plus rutilante, tout en augmentant leur pouvoir vivifiant. Ce sang plus vivant, si l’on peut ainsi dire, apporte aux organes une exc.i-

(Ij Ch. Richet, Revue scientifique du 4 mai 1887, page 725.

LE BESOIN d’exercice

tation salutaire qui les dispose à fonctionner plus activement.

On a prouvé expérimentalement que tous les éléments de 1 organisme subissaient une sorte de réveil de leur énergie par le contact d’un sang très fortement oxygéné. Sous l’influence d une injection de sang oxygéné, on a vu les sécrétions des glandes être activées, la contractilité des fibres musculaires fatiguées reparaître, et même la vie renaître dans les cellules cérébrales d un animal décapité (1).

On comprend que, sous l’influence d’un sang très oxygéné, les glandes du tube digestif puissent sécréter plus activement les sucs nécessaires à l’élaboration des aliments ; que les fibres contractiles de l'intestin accomplissent avec plus d’énergie leurs mouvements péristaltiques si nécessaires h la digestion ; que les vaisseaux absorbants, enfin, attirent à eux, par un mouvement ■d’endosmose plus puissant, les molécules nutritives élaborées dans le tube digestif. C’est ainsi que l’acquisition d’une plus grande quantité d’oxygène entraîne une intensité plus grande des mouvements d’assimilation, et par conséquent l’accroissement de volume du corps.

L’exercice produit donc des effets salutaires aussi bien chez les sujets qui assimilent trop peu que chez ceux qui ne désassimilent pas assez ; le travail musculaire est un régulateur de la nutrition aussi indispensable aux tempéraments trop riches qu’aux constitutions appauvries. Aussi n’est-il aucun individu, aucun être vivant qui ne soit instinctivement porté à se soumettre à ce I puissant modificateur général.

Quand on a tenu très longtemps à l’écurie un cheval vigou- * reux, on le voit, à sa première sortie, faire des bonds et des ) ruades, et montrer par ses allures fringantes un grand désir de I mouvement. On dit alors que l’animal est gai. Cette vivacité plus î grande n’a pourtant pas pour uniqu-e but de manifester la joie 1 qu’il éprouve d’être rendu à la liberté; elle est la manifestation ' du besoin d’exercice que ressent l’animal. C’est de même sous l’empire du besoin d’exercice que les fauves des ménageries tournent constamment dans leur cage; que les enfants, au sortir de

ü) Expériences de Brown-Squard.

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classç, s’élancent par bonds et par sauts clans la cour de récréar tion, et que les chiens jouent à la poursuite dans les rues.

Tout être vivant qui est resté longtemps immobile éprouve le besoin d’agir, et ce fait suffirait pour prouver l’importance hygiénique de l’exercice musculaire.

Le besoin d'exercice est une des nombreuses sensations qui portent les êtres vivants à accomplir les actes nécessaires à la conservation delà vie ou de la santé. L’immobilité prolongée produit un besoin d’exercice musculaire, comme le travail soutenu produit le besoin de repos (1). Le besoin de repos s’appelle la fatigue; le besoin d’exercice n’a pas reçu de nom particulier et mériterait pourtant une désignation spéciale au même titre que la faim, la soif, etc.

Sous l’influence du défaut d’exercice, certains matériaux, cpii devraient être usés chaque jour parle travail, s’accumulent dans la machine humaine, dont ils encombrent les rouages et gênent le fonctionnement. Ces matériaux sont les tissus de réserve, dont nous avons indiqué l’origine et la destination. Il est nécessaire, pour l’équilibre parfait de la nutrition, que les tissus de réserve soient utilisés et usés à mesure qu’ils se forment. Quand ils ne sont pas régulièrement détruits et qu’ils tendent à gêner, en s’accumulant, le jeu des organes, nous nous sentons poussés à faire agir nos muscles, dans le but inconscient de brûler ces tissus par le travail, et le besoin d’exercice se produit.

Mais la surabondance de tissus de réserve n’est pas la seule cause du besoin de mouvement ; si la privation d’exercice peut amener l’exubérance de certains tissus inutiles dans l’organisme, elle peut amener aussi la diminution des tissus nécessaires à l’équilibre de la santé, et entraîner ainsi l’appauvrissement de la constitution ; et si l’on voit des sujets trop inactifs acquérir un embonpoint exubérant et devenir pléthoriques, on en voit d’autres s’étioler et maigrir faute de mouvement.

C’est ainsi que le besoin d’exercice se fait sentir aussi bien aux sujets maigres qui assimilent trop peu, qu’aux sujets gras et pléthoriques qui ne dépensent pas assez.

Le besoin d’exercice répond donc à deux nécessités physiologiques dont l’instinct nous donne avis. Il peut provenir d’une sur-

(1) Le besoin d’exercice se produit avec d’autant plus d’intensité que la température est plus basse ; par un froid vif et piquant, on est plus porté à agir que pim es fortes chaleurs. Dans ce cas, le besoin d’exercice dérive d’un instinct qui nous por e à dégager de la chaleur par le mouvement.

LE GOUTTEUX ET l’OBÈSE 26c)‘’

charge de tissus de réserve et de l’urgence qu’il y a pour 1 organisme cl brûler ces tissus ; il peut aussi avoir pour point de départ une langueur générale des fonctions et le besoin d un excitant capable de leur donner une activité nouvelle.

Le besoin de brûler les réserves trop abondantes, la nécessité d’attirer plus d’oxygène dans l’organisme, telles sont les deux causes qui unissent leur action pour déterminer la manifestation de l’instinct qui pousse tout être vivant h augmenter le travail de ses muscles. Mais si cet avertissement utile est méconnu, si l’on n’obéit pas au besoin d’exercice, deux ordres de phénomènes se produisent.

En premier lieu, la quantité d’oxygène introduite dans l’économie étant insuffisante, le sang devient moins riche, moins vivifiant; son contact ne donne plus aux organes cette précieuse excitation, ce coup de fouet salutaire qui active leur jeu et met en action toute leur énergie. L’appétit fait défaut, par manque d’excitation des organes digesiiis, par paresse de l’estomac et des intestins. Les muscles perdent leur excitabilité et répondent plus lentement à la volonté qui les excite. En un mot, toutes les fonctions languissent et l’organisme s’affaiblit.

D’autre part, les tissus de réserve, n’étant pas régulièrement brûlés , s’accumulent peu à peu et leur présence en excès dans l’économie finit par occasionner des troubles profonds de la santé. Rien de plus fréquent, avec les habitudes de la vie sédentaire, que les maladies par accumulation des tissus de réserve'. Le défaut de désassimilation de la graisse produit l'Obésité ; l’insuffisance de combustion des tissus azotés produit la Goutte.

Ces deux maladies ne sont pas l’apanage exclusif de l’espèce humaine. Tout le monde a pu remarquer combien les animaux domestiques, sous l’influence du défaut d’exercice, tendent à devenir trop gras ; on sait moins, peut-être, que l’inaction peut les rendre goutteux. Les alouettes gardées en cage présentent souvent aux deux pattes des dépôts d’urates calcaires absolument semblables aux « tophus » qu’on observe dans les pieds des hommes atteints de la Goutte.

On sait que la vie est une combustion incessante , et que la' chaleur vitale est le résultat de combinaisons chimiques continuelles. L’air attiré par le poumon laisse au sang son oxygène, qui est le principal sinon l’unique agent des combustions. Les corn-

les résultats de l’exercice

bustions n’ont pas lieu dans le poumon même, comme le croyait Lavoisier, mais dans l’intimité des tissus et dans la profondeur de tous les organes.il faut donc que le corps comburant, l’oxygène, soit constamment à portée des corps qui doivent être comburés. Aussi ce gaz est-il apporté par le sang jusqu’aux extrémités les plus reculées du réseau circulatoire.

Quand la provision d’oxygène apportée par la respiration est insuffisante, les combustions sont ralenties et incomplètes, comme celle d’une cheminée dont le tirage est trop faible. Si le feu languit dans une cheminée qui tire mal^ c’est qu’il y passe moins d’oxygène, par suite du ralentissement du courant d’air atmosphérique qui la traverse. Ainsi, dans le corps humain, le poumon peut représenter la cheminée qui fournit l’oxygène aux tissus destinés à brûler. Si l’exercice est insuffisant, la respiration introduit dans le sang un trop faible apport d’oxygène, et les combustions vitales languissent.

De l’insuffisance de l’oxygène résulte V oxydation incomplète des tissus destinés à être désassimilés. Faute d’un supplément de gaz comburant, les tissus azotés par exemple, au lieu de se brûler complètement pour former de Yurée^ produit très riche en oxygène , se transforment en acide urique composé , beaucoup moins oxygéné. Or, l’urée est un produit soluble, d'une élimination facile, et, du reste , presque inoffensif pour l’organisme. L’acide urique, au contraire, est peu soluble, et par conséquent passe difficilement à travers la trame des organes éliminateurs ; s’il se forme dans le sang en quantité excessive, il s’élimine mal; l’urine , qui est chargée de l’entraîner au dehors, en laisse dans le sang une trop grande quantité et la Goutte tend à se produire. La Goutte , en effet , n’est autre chose qu’une surcharge du sang par l'acide urique. Des accidents très variés peuvent être le résultat de la saturation de l’organisme par ce composé azoté qu’on pourrait appeler le « poison goutteux ». Quand il se dépose sur les articulations , il donne lieu à l'accès de goutte ; quand il va engorger les canaux éliminateurs des reins , il produit la Gravelie.

11 n’entre pas dans le cadre de ce livre de présenter le tableau complet des maladies par insuffisance des combustions. Mais il était nécessaire de prendre un exemple parmi les faits les plus vulgaires de la pathologie pour faire comprendre le mécanisme du défaut d’exercice dans la production des maladies.

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