LA COLONNE VERTÉBRALE DANS LE SAUT
arc, puis se redresse, pareil à un ressort qui se détend. Quand on saute avec élan, la vitesse acquise par un temps de course est utilisée pour lancer le corps; mais une fois en l’air, l’homme qui saute en hauteur a besoin de mettre en jeu la puissance musculaire de la région dorsale. Sur une très curieuse photographie instantanée due à M. Marey (1), on peut voir dix attitudes successives du sauteur qui franchit un obstacle, et, parmi ces attitudes correspondant à divers moments du saut, il s’en trouve quatre ou cinq où l’on voit la colonne vertébrale, d’abord vigoureusement fléchie par un mouvement qui relève les genoux et les rapproche du membre, se placer, deux dixièmes de seconde plus tard, dans la position d’extension forcée , par suite d’un mouvement de bascule du tronc qui tend à porter le plus en avant possible les membres inférieurs. Le corps du sauteur est alors dans une direction extrêmement oblique par rapport à la surface, du sol. L’axe du tronc fait, avec le plan sur lequel il va reposer, un angle de 45°, incompatible évidemment avec la station sur les pieds. Il faut alors qu’un vigoureux coup de rein replace la colonne vertébrale dans la position verticale, sous peine de chute en arrière.
C’est ainsi qu’à chaque instant, dans les exercices gymnastiques, la colonne vertébrale s’associe activement à l’action des membres pour achever un mouvement qu’ils ont commencé.
La plupart des exercices exécutés à l’aide des agrès semblent faire travailler exclusivement les bras, et nécessitent pourtant le concours très actif des muscles qui meuvent les vertèbres. Maintes fois, dans les rétahlissements en avant ou en arrière, l’acte musculaire est facilité par un imperceptible mouvement de flexion de la colonne vertébrale qui fait bomber le dos, ou par un effort d’extension qui le creuse.
Dans les cas que nous avons cités, la colonne vertébrale a un rôle actif, par les muscles qui s’attachent aux vertèbres et qui participent énergiquement au travail. Il y a d’autres circonstances dans lesquelles la tige osseuse du rachis a un rôle passif et subit seulement l’influence de la pesanteur. Quand on est suspendu par les bras au trapèze et que le corps retombe verticalement par son propre poids, tous les muscles du dos sont dans le relâchement complet, mais les vertèbres auxquelles ils s’attachent subissent la traction du poids du corps, suspendu dans l’espace.
(i) MAnEY, la Machine animale.
Le point de suspension qui est l’attache des épaules correspond à l’extrémité supérieure de l’arc dorsal, ou à la septième cervicale. A partir de ce point d’attache, tout l’ensemble du corps obéit à la pesanteur qui l'attire en bas, et il est facile de comprendre que toutes les courbures formées par l’épine dorsale ont alors une tendance à s’effacer, car toutes les pièces mobiles qui forment le rachis tendent à prendre la direction du fil à plomb.
Le même résultat se produit si le corps, au lieu d’être suspendu par les bras, est soutenu par eux. Au lieu d’élever les mains audessus de la tête pour saisir un bâton et s’y suspendre, le gymnasiarque peut, en abaissant les membres supérieurs, prendre appui sur des barres horizontales avec les poignets et soulever le corps en tendant les bras. Dans ce cas, le point de soutien sera placé au même niveau que l’était, tout à l’heure, le point de suspension, et le corps sera de même abandonné passivement à la pesanteur qui tendra à effacer les courbures de la colonne vertébrale.
Une foule de mouvements de gymnastique exigent que le corps demeure un instant, dans cet état d’inertie, soutenu par les bras abaissés, ou suspendu par les bras élevés au-dessus de la tête. Mais ce ne sont d’ordinaire que des positions préliminaires que le corps ne doit pas garder,ettrès promptement la colonne vertébrale doit s’associer à des évolutions diverses qui ne lui permettent pas de garder son rôle passif.
Au trapèze, aux anneaux, à la barre fixe, le temps de suspension du corps par les poignets n’est qu’une sorte de courte préface de l’exercice. L’ascension à l’échelle et à la corde lisse, par la force des poignets, permet, au contraire, au sujet de laisser pendant toute la durée de l’exercice le tronc inerte et souple, les bras seuls devant travailler.
Aux barres parallèles, le corps est maintenu élevé au-dessus des bras, et reste inerte et souple pendant les mouvements de progression horizontale dus au déplacenient régulier des mains. Une grande partie des mouvements exécutés aux parallèles permet à la colonne vertébrale de bénéficier de 1 action de la pesanteur qui tend à en redresser les courbures.
On a utilisé, au point de vue orthopédique, le mécanisme des exercices dont nous venons de parler, pour redresser les déviations de la taille. La plupart des cures de la gymnastique « Suédoise » sont dues à une méthode qui consiste à suspendre le malade par les poignets ou à le soutenir sous les bras, le corps