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CHAPITRE IV

LE TRAVAIL d’eXCITATION LATENTE.

Le chat qui guette la souris. — De « l’arrêt « chez les animaux. Travail nerveux que nécessite cet acte. — Identité de certaines phases des exercices du corps avec le phénomène de l’arrêt. — Un assaut d’escrime. — Analyse physiologique du « coup droit ». — Importance du temps eu escrime. — Les tireurs qui ont du « départ ». — L’à-propos du coup. — L’excitation latente du muscle et la diminution du « temps perdu ». — Explication tirée de la découverte d’Helmholtz. — Le rôle du cerveau en escrime. — Comment le tireur trahit ses intentions. — Un conseil de Bazancourt.

Effets du travail d’excitation latente. — Fatigue nerveuse et fatigue intellectuelle. — La fatigue,-nerveuse ; ses effets sur la nutrition. — Pourquoi les chats ne deviennent pas obèses.

Avez-vous observé un chat endormi qui s’éveille tout à coup au grignotement d’une souris? — Il se dresse et tend l’oreille. Regardez-le à l’arrêt : aucun muscle ne tressaille. Dans son immobilité absolue, il semble dormir encore; mais sa moustache hérissée et son oeil étincelant annoncent qu’une vie plus intense anime son corps en apparence inerte; tous ses membres sc.nt tendus comme des ressorts , et ses muscles , galvanisés par une forte excitation nerveuse, n’attendent qu’une dernière impulsion pour entrer violemment en jeu.

Aussi, quand la souris se montre, sa capture est-elle instantanée : avec la rapidité de l’éclair, l’animal a bondi et la griffe a frappé son coup meurtrier.

Pour obtenir ce passage soudain de l’immobilité à l’action, le chat avait préparé ses muscles, distribuant à chacun une provision d’influx nerveux, les tenant pour ainsi dire en éveil dans un état intermédiaire entre le repos et l’action. — On appelle en physiologie excitation latente cette préparation que doit subir le muscle pour devenir apte à obéir instantanément à l’ordre de la volonté.

LE RÔLE DU CERVEAU DANS l’eXERCICE

L’excitation latente des muscles est une dépense de force qui échappe à toute évaluation mécanique, parce qu’elle ne se traduit pas au dehors par un travail en kilogrammétres ; mais c’est un acte physiologique qui ne passe pas inaperçu pour le système nerveux, et dont il faut tenir compte dans l’analyse d’un exercice du corps. — Chez le chat qui guette la souris, la fatigue de la chassa ne consiste pas dans le hond que fait l’animal pour capturer sa proie, mais plutôt dans la tension nerveuse qui précède son élan.

Une foule d’animaux chasseurs nous donnent, comme le chat, l’occasion d’étudier cet acte si intéressant de V arrêt. Chez le chien de chasse, le dressage et l’hérédité ont fait disparaître la seconde partie de l’acte, celle qui en est le hut naturel, he pointer de race ne « force » jamais l’arrêt et ne bondit pas sur le lièvre, mais ses muscles n’échappent pas à cette excitation latente qui, dans le principe, a pour but de les rendre plus aptes à agir, et qui, dans la chasse à tir, a pour effet de créer une attitude particulière indiquant au chasseur la présence du gibier.

Beaucoup d’exercices, parmi les plus usités, nécessitent une préparation préalable des mouvements qui rappelle étonnamment le phénomène de « l’arrêt » ; ce sont les exercices dans lesquels la vitesse prend le caractère de la soudaineté. les fois que les

muscles doivent passer instantanément de l’immobilité à l’action, et cela à l’instant précis où l’esprit conçoit l’opportunité du mouvement, il faut qu’un travail nerveux très intense vienne précéder l’acte musculaire; il faut que le cerveau fasse subir au muscle une préparation sans laquelle l’organe du mouvement ne serait pas apte à obéir sans perdre de temps.

Ce point nécessite, pour être mis en lumière, une analyse assez subtile qu’on ne peut présenter sans l’appuyer d’un exemple.

Dans une salle d’armes, deux tireurs qui font assaut passent quelquefois des minutes entières à s’observer, à s’épier sans faire aucun mouvement. Tout à coup à cette immobilité succède un élan d’une extrême rapidité : l’un des tireurs a vu du jour, c’est-à-dire un espace de quelques millimètres que l’autre avait découvert par un déplacement imperceptible de la main, et la lame , lancée à toute vitesse au moment même où l’adversaire se découvrait, est arrivée en pleine poitrine. — C’est là une des bottes les plus appréciées de l’escrime, et ceux qui l’exécutent avec succès sont réputés avoir de V à-propos dans l’attaque.

Que se passe-t-il dans cet instant si court que demande l’exécu-

LES MOUVEMENTS DE DÉTENTE "-il

tion d’un coup droit? Le tireur est découvert, son adversaire juge qu’il peut l’atteindre; au même instant, les muscles se détendent et l’arme atteint le but.

Rien de plus facile en apparence que ce mouvement qui consiste à tendre le bras en droite ligne, pendant que les jarrets jettent vivement le corps en avant dans la direction du coup à porter. Pourtant ce coup si simple qui n’exige ni feintes savantes, ni finesse de doigté , et qui consiste seulement à pousser l’arme droit devant soi, est une des attaques les plus difficiles de l’escrime. Pareil au chat qui guette la souris, le tireur qui observe son adversaire doit saisir pour l’attaquer l’instant précis où l’occasion se présente, sous peine de perdre l’à-propos du coup. Il faut avoir fait soi-même de l’escrime pour comprendre la valeur d’une fraction infinitésimale de seconde, quand on veut saisir pour faire une attaque le moment où l’ennemi se découvre : la conception du coup et son exécution doivent se confondre, pour ainsi dire, dans la durée d’un éclair.

On appelle mouvement de détente la tension soudaine du jarret qui jette en avant le corps du tireur, et l’élan brusque du bras qui lance la lame vers le but à atteindre. Or, la « détente » ne peut s’obtenir qu’au prix d’une obéissance presque instantanée des muscles à la volonté. Il y a un mot en escrime pour caractériser l’aptitude d’un tireur à passer instantanément au moment voulu de l’immobilité absolue au mouvement le plus rapide : on dit qu’il a du départ. Les tireurs qui n’ont pas de départ peuvent juger un coup, et reconnaître l’instant précis où il faudrait partir, mais la jambe et le bras n’obéissent pas assez vite. Le coup peut avoir été conçu à temps , mais il est exécuté trop tard. C’est que le « départ » des muscles et l’instantanéité du mouvement exigent un travail nerveux considérable, dont certains faits de la physiologie vont nous permettre de donner l’explication.

Le muscle n’obéit jamais instantanément à la volonté qui lui commande un mouvement. C’est là un fait mis en lumière par Helmholtz en 1830. Ce physiologiste a montré qu’en excitant à l’aide de l’électricité un point donné des nerfs moteurs, on observait un intervalle appréciable entre l’instant de l’excitation et celui de la contraction. Ce retard du muscle est dû en partie au temps qu’emploie l’excitation électrique à cheminer à travers le nerf; mais en tenant compte de la durée de ce trajet, qu’on a pu mesurer exactement , on trouve qu’il reste une fraction de temps appréciable pendant laquelle le muscle déjà atteint

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