‹ Physiologie des exercises du corpsChapitre 136 sur 184 · ÉDUCATION DES MOUVEMENTS 34T · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DES MOUVEMENTS 34T

dérnénent et se contorsionnent en marchant et n’ont plus, en un mot, ni précision ni mesure dans aucun de leurs actes musculaires.

La chorée ou danse de Saint-Guy nous donne l’occasion d’étudier des individus chez lesquels la coordination des mouvements a disparu. Pour rétablir la discipline dans leurs muscles affolés , rien de meilleur que ces exercices qui exigent pour chaque mouvement un contrôle sévère de la part des centres nerveux .

Mais, en dehors dé certains cas très spéciaux, les exercices de difficulté ne doivent pas être recherchés par la médecine. Ils peuvent être un passe-temps utile, et même devenir une passion salutaire capable de préserver un jeune homme d’entraînements dangereux; ils peuvent donner à l’homme un sentiment de confiance en lui-même, parce qu’ils sont utiles à la défense personnelle; ils peuvent enfin faire d’un lourdaud un homme alerte et souple, mais ils ne feront jamais d’un sujet malingre un homme largement charpenté.

Chaque exercice tend à modifier l’organisme dans un sens favorable à son exécution et à créer des types aptes à l’accomplir. C’est une conséquence de la loi physiologique en vertu de laquelle " la fonction crée l’organe ». Il suffit de connaître le type de structure qui convient le mieux à la réussite d’un exercice donné pour en conclure avec vérité que la pratique de cet exercice aura tendance à modifier, dans le sens de ce type, la conformation du sujet qui s’y livre. Les exercices de force tendent à rendre le sujet plus massif, ceux de vitesse à le rendre plus léger. On peut trouver entre les animaux et les hommes des analogies de conformation qui se rapportent d’une manière frappante aux analogies de travail. Le portefaix et le lutteur sont bâtis comme le bœuf et le cheval de trait ; le boxeur anglais ressemble au bouledogue. Si on veut chercher le résultat des exercices de difficulté, on verra une ressemblance frappante entre l’homme qui s’y adonne beaucoup et l’animal qui y excelle ; l’acrobate ressemble au singe.

Tel est le résultat le plus frappant des exercices difficiles : ils tendent à rendre les mouvements plus aisés, et l'exécution du travail plus facile. Mais, précisément en vertu de l’économie de force qui résulte de l'adresse acquise , ils associent moins que les autres exercices les grandes fonctions de l’organisme au travail musculaire. En économisant la force dépensée, ils tendent à diminuer la dépense de chaleur, à réduire le plus possible l’inten-

LE RÔLE DU CERVEAU DANS l’eXERCICE

sité des combustions et la production d’acide carbonique qui en est le résultat. De cette façon, le besoin de respirer est peu augmenté, et l’essoufllement n’a pas de tendance à se produire. Pour les mêmes raisons, la circulation du sang est aussi moins activée dans les exercices d’adresse que dans les exercices de force et de vitesse. Ce ne sont pas les exercices difficiles qui influencent avec le plus d’intensité la circulation et la respiration.

En revanche, ces exercices produisent sur le système nerveux des effets particuliers qui s’expliquent par l’intervention très active des fonctions d’innervation dans la coordination des mouvements.

Si l’on se place au point de vue de l’hygiène pure, on peut dire que les exercices difficiles sont loin d’avoir l’utilité des exercices de fond ou des exercices de vitesse. Bien rares sont les cas dans lesquels le médecin devra donner la préférence au travail de coordination sur le travail de force.

Le raffinement du sens musculaire, la dextérité extrême des mouvements peuvent avoir leur utilité dans certaines circonstances de la vie. Il est sans doute très pratique de savoir tirer l’épée quand on affronte les luttes du journalisme et de la tribune ; il est précieux, en cas d’incendie, de pouvoir grimper comme un singe le long d’une corde lisse; il n’est pas désagréable de porter dans ses moindres mouvements un cachet d’aisance qui rende élégantes toutes les attitudes du corps. Mais l’hygiène se place à un point de vue tout autre. Le corps a besoin, pour atteindre son développement complet, que la partie la plus matérielle de la machine humaine entre vigoureusement en jeu. Or, les exercices qui développent la dextérité du sujet tendent à faire supporter la majeure partie du travail aux parties les plus délicates de l’organisme humain. Ils amènent une économie dans la force dépensée par les muscles, grâce à un travail supplémen taire qui se solde aux dépens des nerfs et du cerveau.

Dans les exercices difficiles , toutes les facultés psychiques doivent venir s’associer au travail des muscles. De là découlent les conditions les plus caractéristiques des exercices de difficulté : ils exigent un travail cérébral. Le jugement, la mémoire, la comparaison, la volonté, tels sont les facteurs d’ordre moral qui président à leur exécution. Le cerveau, le cervelet, les nerfs sensitifs , tels sont les organes matériels dont le concours très actif est indispensable.

Les sujets dont le cerveau subit déjà de fortes dépenses par le

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