SUPÉRIORITÉ UYGIÉNIQUE DES EXERCICES AUTOMATIQUES
adapter à un train inaccoutumé les mouvements qui d’ordinaire s’exécutaient machinalement , sans l’intervention des facultés dirigeantes.
Quand un homme exécute un mouvemenf automatique, il fait appel à la mémoire de sa moelle épinière, et détourne son attention du travail. Quand, au contraire, le mouvement est nouveau pour lui, ou difficile, ou qu’il nécessite un effort violent, les facultés conscientes sont obligées d’entrer énergiquement en action ; le sens musculaire apporte ses renseignements précis sur le degré de contraction qu’il faut donner aux muscles; les facultés qui président à la comparaison et au jugement apprécient ce qu’il faut ajouter ou retrancher à l’effort musculaire pour donner au mouvement toute sa précision ; enfin la volonté intervient pour donner l’impulsion définitive à l’acte musculaire. Ce sont là autant de facteurs qui viennent augmenter la dépense d’influx nerveux, sans faire rendre au muscle plus de travail utile.
L’automatisme dans les mouvements économise le travail du cerveau, comme la mémoire économise le travail d’esprit. 11 y a des formules qui abrègent les travaux mathématiques , en nous dispensant de faire plusieurs opérations élémentaires. De même, par des séries de mouvements automatiques nous sommes dispensés de coordonner attentivement chaque acte musculaire dont la moelle épinière a gardé pour ainsi dire la formule.
Si nous entrons à présent dans l’application pratique des faits de physiologie que nous venons d’exposer, nous voyons du premier coup d’œil la grande supériorité hygiénique des exercices qui peuvent s’exécuter automatiquement. Économie d’influx nerveux, repos complet du cerveau, silence absolu des facultés psychiques, telles sont les conditions dans lesquelles l’exercice automatique s’effectue. Le travail de l’organisme humain est alors exécuté par les rouages les plus grossiers de la machine, et c’est sur les agents subalternes du mouvement que la fatigue fait sentir ses effets. Les centres nerveux, n’ayant pris aucune part au travail, ne subissent pas les malaises qui en sont la suite. — La fatigue , après les exercices automatiques , est franchement musculaire : elle atteint plutôt le corps et le membre que la tête et les nerfs.
LE RÔLE DU CERVEAU DANS L’eXERCICE
11 n’est pas difficile, dès lors, de comprendre l’immense avantage que présentent les exercices automatiques, quand on cnerche dans le travail musculaire un dérivatif pour les cerveaux fatigués par le surmenage intellectuel.
Nous avons jusqu’ici cherché à établir scientifiquement, par la physiologie , les caractères particuliers qui différencient les exercices où le cerveau n’intervient pas de ceux qui nécessitent un effort de volonté ou un travail de coordination. 11 nous reste à appuyer nos déductions théoriques sur des faits d’observation, et, pour cela, il est nécessaire de faire appel aux impressions de tous ceux qui ont pratiqué les exercices du corps.
Rien ne rappelle la fatigue due à l’apprentissage d’un exercice difficile comme celle qui accompagne la solution laborieuse d’un problème difficile. C’est le même effort pénible d’attention pendant le travail, c’est le même affaissement cérébral après. Des deux parts , l’homme fatigué rapporte le siège de son malaise à la tête. C’est que, dans les deux cas, le cerveau a travaillé.
11 faut être bien peu observateur pour n’avoir pas constaté la répugnance instinctive qu’éprouvent pour les exercices difficiles tous les sujets surmenés par le travail intellectuel.
Regardez un jeune écolier en face d’un prévôt qui lui enseigne les premiers éléments de l’escrime. Sa mine renfrognée, sa physionomie maussade exprimant la fatigue et l’ennui semblent dire : — « Qu’on me ramène à la version ! » — Ouvrez au même enfant la porte de son collège et donnez-lui la clef des champs : vous le verrez partir comme un trait, laissant ses jambes l’emporter dans la vive allure d’un temps de course. 11 fera en quelques minutes dix fois plus de travail que tout à l’heure en plastronnant^ mais ce travail est l’affaire de ses jambes : la tête ne s’en mêle pas. 11 reviendra bouillant de chaleur, essoufflé, tout en nage, mais l’esprit libre et le cerveau reposé.
Rappelez vos souvenirs de collège. Quels sont les jeunes gens les plus ardents aux exercices du corps, les plus passionnés pour le trapèze, — les « prix de gymnastique », enfin? Ceux justement dont les facultés intellectuelles ont échappé au surmenage pour cause de paresse, ceux dont la force nerveuse cérébrale ne s’est pas dépensée sur les livres, ouverts devant eux, mais qu’ils ne lisent pas. '
Si des observations inverses sont signalées , elles portent sur des sujets d’élite également bien doués du côté du cerveau et du