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CAUSES DE LA FATIGUE LOCALE

un membre fatigué, et dire aussi pour quelle raison le muscle qui a travaillé trop longtemps finit par perdre momentanément le pouvoir de se contracter.

La contraction musculaire souvent répétée devient douloureuse mécaniquement, par les secousses et les tiraillements répétés qu’elle occasionne dans le muscle lui-même et dans les tissus voisins. Toute action mécanique faisant subir aux masses musculaires du corps des pressions, des mouvements et des chocs semblables à ceux qu’y détermine le travail, peut amener, aussi bien que le travail, la sensation de fatigue. On appelle « massage » une série de manœuvres pendant lesquelles les muscles sqnt soumis à des manipulations variées. A la suite de l’action exercée par la main du masseur sur les membres, on éprouve les mêmes sensations de fatigue locale que produit le travail musculaire. On est donc fondé à conclure que l’endolorissement d’une région qui a travaillé est dû à la même cause que celui d’une région qui a été massée , c’est-à-dire à une action mécanique.

On s’explique du reste aisément cette action. Le muscle est traversé par une foule de filets nerveux sensitifs. Ces petits rameaux sont froissés et tordus par le mouvement des fibres musculaires qui se gonflent et durcissent pendant les contractions énergiques du travail. Les fibres musculaires elles-mêmes sont tiraillées, ainsi que les tendons, et les aponévroses d’insertion et les synoviales subissent des frottements répétés. Il résulte donc, en somme, d’un travail musculaire très violent un véritable traumatisme pour toute la région qui est le siège de ce travail, et les conséquences de ce traumatisme peuvent être les mêmes que s’il était dû à des causes externes, telles que des contusions par exemple. Maintes fois , ainsi que nous le dirons en parlant des accidents du travail^ des ruptures, des inflammations, des abcès même peuvent être le résultat d’un excès d’exercice.

Mais, indépendamment de ces causes de malaise, le muscle en travail en subit d’autres moins connues et plus intéressantes. Il se passe dans la fibre musculaire des modifications de nutrition dues aux combustions qui accompagnent la contraction. Tout muscle qui se contracte s’échauffe, et cette augmentation de température est due à des combinaisons chimiques dont nous avons parlé au chapitre des Combustions. Les actes chimiques qu’on désigne sous le nom de combustions altèrent profondément la structure des tissus aux dépens desquels ils ont lieu, et de cette altération

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résultent des produits nouveaux qui séjournent pendant un certain temps dans le muscle.

Or, ces produits exercent sur le muscle une action particulière qui le paralyse et le met dans l’impossibilité de se contracter. — Si l’on fait subir aux muscles d’une grenouille l’action d’un fort courant électrique et qu’on prolonge cette action jusqu’au moment où la fatigue est complète, et où les membres de l’animal n’éprouvent plus la moindre secousse sous l’influence des excitants les plus violents, on aura dans ces muscles fatigués les éléments nécessaires pour faire une expérience des plus curieuses. En effet, leur substance, triturée dans un mortier et réduite en bouillie fine , renferme un principe capable de communiquer à des muscles sains et reposés la fatigue dont ils sont atteints. Quand on injecte à une autre grenouille cet extrait de muscles fatigués, on détermine chez l’animal tous les phénomènes de la fatigue, et ses membres ne peuvent faire aucun mouvement sous l’influence de l’électricité.

Ainsi, il se développe par le fait même du travail , dans les muscles, des produits de désassimilation doués de la propriété de faire perdre aux fibres musculaires leur force contractile. Quand ces produits ne sont pas trop abondants, ils sont rapidement balayés par le sang qui afflue au muscle, et, s’ils ne se renouvellent pas, les troubles de nutrition occasionnés par le travail sont promptement réparés. Mais si le travail se continue trop longtemps, ces produits s’accumulent dans le muscle en quantité excessive. Ils peuvent alors abolir momentanément sa contractilité, et occasionner, en outre, des accidents généraux graves, dont nous parlerons au chapitre du Surmenage.

Il faut donc conclure que la douleur ressentie dans un muscle qui a subi des contractions prolongées résulte d’une série de petites lésions, de tiraillements, de froissements des parties sensibles de la région qui a travaillé , et que l’impuissance absolue d’agir qu’on y observe est due à un trouble de nutrition, à la for mation au sein du tissu musculaire des produits de désassimilation dont le contact semble paralyser l’élément contractile.

Il faut dire aussi que l’impuissance du muscle fatigué est cause, par elle-même indirectement, d’un malaise, parce qu’elle occasionne un effort pénible aux centres nerveux.

Les phénomènes qu’on observe dans les laboratoires en électrisant un muscle fatigué sont l’imitation fidèle de ce qui se

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passe dans l’organisme quand la volonté cherche à faire agir un membre devenu impuissant par suite d’excès de travail. De môme qu’un muscle de grenouille fatigué par des décharges successives exige, pour continuer à se contracter, qu’on augmente la force du courant qui l’excite, de même, dans l’organisme vivant, il faut une augmentation de l’influx volontaire pour galvaniser un bras épuisé et en obtenir des mouvements énergiques. Or la volonté manifeste son effort par un ébranlement de la substance grise du cerveau, et cet ébranlement devient douloureux quand il est excessif.

La fatigue locale est donc un phénomène à la fois musculaire et cérébral.

Le muscle fatigué est endolori par les froissements qu’il a subis, et paralysé dans ses propriétés contractiles par le contact des substances chimiques résultant des combustions du travail. Le cerveau ressent les effets de la fatigue par l’ébranlement plus violent que cause à ses cellules l’excitation volontaire, excitation qui doit devenir plus intense à mesure que le muscle y répond plus difficilement.

Pendant l’exercice musculaire, la sensation de fatigue est quelquefois hors de proportion avec les lésions subies par la fibre musculaire, et avec les modifications de nutrition qu’elle a subies au cours du travail. C’est alors le cerveau qui faiblit avant le muscle. L’organe de la volonté semble avoir perdu une partie de son pouvoir excitateur, et éprouve avec exagération la sensation de fatigue. L’homme n’a plus la notion exacte de l’énergie que renferment encore les muscles. — C’est ce que l’on observe dans tous les cas où une émotion dépressive a porté sur les centres nerveux son influence débilitante.

Dans la déroute qui suit une bataille, les soldats, démoralisés autant qu’exténués, se traînent péniblement le long des chemins L’état de dépression où les met la défaite les rend incapables de lutter contre des malaises qu’ils supporteraient aisément dans un autre moment. Leurs pieds gonflés, leurs jamnes rompues, leurs reins courbaturés ne leur permettent plus d’avancer. Des groupes de traînards s’affaissent le long de la route : tout le monde tombe de fatigue. Tout à coup un cri s’élève : — « Voici Tennemi 1 » — Aussitôt chacun retrouve ses jambes. Les reins courbés se redressent, les jarrets se tendent, les pieds fourbus s’appuient vigoureusement sur le sol, et ceux qui ne pouvaient plus marcher se mettent à courir. Leurs muscles n’avaientpas perdu la faculté

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d’agir, mais la Volonté n’était plus un excitant suffisant pour les mettre en action. Il en a fallu un autre plus puissant; la Peur.

Dans certains cas, on peut observer des phénomènes inverses Il peut se faire qu’une violente excitation des centres nerveux vienne en quelque sorte galvaniser les muscles, comme le ferait un très fort courant d’électricité. L’être vivant peut alors en faire sortir toute la force contractile qu’ils contiennent, et pousser le travail jusqu’àl’épuisement complet de la fibre, jusqu’à la fatigue absolue. Il en est ainsi quand un danger pressant oblige l’homme ou l’animal à continuer l’effort musculaire, au mépris de la douleur qu’il occasionne. Un animal chassé fuit jusqu’au moment où ses jambes ne peuvent plus le porter; quand il s’arrête forcé., ses muscles fatigués ., dans le sens physiologique du mot, et les excitants les plus violents ne pourraient y provoquer des contractions. Mais le travail qui a été nécessaire pour produire l’impuissance complète du muscle a produit en même temps des lésions si profondes de l’organe , et des troubles si graves de l’état général, que l’animal ne survit presque jamais à sa fatigue.

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