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L INSOLATION DES TROUPES EN MANŒUVRES

il faut l’intervention de deux facteurs pour amener le coup de chaleur auquel succombe le jeune soldat en marche sur une route exposée au soleil d’août. Le soleil est assurément l’un des facteurs de l’accident, mais le travail en est un autre et de beaucoup le plus important des deux.

On se rappelle comment le corps se débarrasse de l’excès de chaleur que développe en lui le travail musculaire. On sait que l’appareil vaso-moteur amène le sang' à la peau à mesure qu’il s’échauffe , par le travail ; le corps se refroidit ainsi par rayonne* ment avec d’autant plus de rapidité qu’il y a plus de différence entre la température de sa surface extérieure et celle du milieu ambiant, ce milieu étant supposé plus froid que le sang, ainsi qu’il arrive dans les climats tempérés. Si l’air ambiant est beaucoup plus froid que le sang, ce liquide, à mesure qu’il arrive à la peau, se rafraîchit presque instantanément; si, au contraire, la température extérieure dépasse celle de l’organisme, la surface cutanée, au lieu de perdre de la chaleur par rayonnement, doit en gagner.

Malgré ce résultat si défavorable au refroidissement du sang, le corps , dans l’état de repos, se défend victorieusement contre l’invasion de la chaleur extérieure , grâce à la réfrigération produite par la sueur qui s’évapore et par la vapeur d’eau qui s’échappe du poumon; c’est ainsi qu’on peut, sans inconvénient grave, séjourner pendant quelques minutes dans une étuve dont la température dépasse de beaucoup celle du soleil le plus ardent. Mais si à l’action de la température élevée vient s’ajouter celle de l’exercice musculaire, l’organisme n’a pas à lutter seulement contre la chaleur du milieu ambiant, il doit se défendre encore contre le surcroît de chaleur développée dans ses organes. Il est privé, dans celte lutte inégale , du concours de l’appareil vaso-moteur, dont l’action lui devient inutile. Le sang, amené constamment à la peau, ne peut plus perdre sa chaleur par rayonnement dans un milieu ambiant déjà plus chaud que lui, et le sang retournera aux organes internes en leur rapportant la presque totalité du calorique dû au travail.

Il y a une nuance très accusée entre notre manière de comprendre l’insolation dans nos pays , et la façon dont on l’explique d’ordinaire. Pour nous, le soleil ne tue pas l’homme en lui donnant un surcroît de chaleur, mais simplement en l’empêchant de se défaire de sa chaleur intérieure qui s’est développée avec excès —Qui ne voit du premier coup l’importance pratique de cette

l-A FATIGUE

üistinclion ? L homme qui succombe pendant une marche forcée au grand soleil n’est pas tué par le soleil , mais par la marche forcée. Il ne meurt pas d’insolation, mais de surmenage, et par conséquent, s il n’est pas surmené, le soleil à lui seul ne peut le tuer. Le soleil n’est plus la cause essentielle de l’accident, il n en est qu’une condition accessoire.

On ne voit jamais dans nos climats tempérés aucun cas d’insolation mortelle chez des hommes exposés aux ardeurs du soleil , quand ces hommes ne se trouvent soumis à aucun travail fatigant. Un homme qui stationne au grand soleil de juillet prendra peut-être un coup de soleil si sa peau est délicate ; il pourra se congestionner le cerveau s’il n’est pas suffisamment garanti par la coiffure ; il pourra éprouver des malaises très variées dus à I excès de température : une syncope , une indigestion , etc. , mais jamais d’accidents mortels, à moins de complication d’une autre maladie ou d’un vice de constitution qui n’auraient rien de commun avec l’insolation proprement dite.

Les officiers de cavalerie savent tous que leurs hommes sont très rarement atteints d’insolation, tandis que les chevaux qui les portent succombent très fréquemment à cet accident. C’est dans l’infanterie que le coup de chaleur s’observe presque exclusivement, de préférence dans les marches forcées et quand les hommes sont chargés du poids maximum. L’officier d’infanterie qui ne porte pas de sac est beaucoup plus rarement atteint que ses hommes, et, parmi ceux-ci, la prétendue insolation s’adresse toujours à ceux qui se trouvent moins accoutumés à la fatigue. Dans les accidents d’insolation qu’on signale chaque année au moment des grandes manœuvres, les soldats qui succombent sont toujours des réservistes ayant passé sans préparation et sans transition de l’oisiveté musculaire complète au travail excessif, et se trouvant, par conséquent, dans les conditions les plus favorables au développement des accidents de surmenage.

Les mêmes constatations ont été faites maintes fois pour les animaux. Il est d’observation vulgaire qu’un cheval est d’autant plus sujet à tomber frappé d’insolation qu’il est plus chargé de. graisse et moins entraîné par le travail de tous les jours

Les hommes endurcis à la fatigue, ceux qui journellement font des travaux pénibles sont rarement victimes des accidents dont nous parlons. On ne voit jamais à la campagne un paysan mourir d’insolation. Jamais, pourtant, aucune troupe en manœuvre n’a supporté les ardeurs du soleil d’été plus longtemps que les

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