LA LUTTE
promptement, et l’athlète qui lutte ou le portefaix qui charge de lourds colis doivent s’arrêter souvent pour souffler, bien avant que leurs muscles ne soient fatigués.
Nous avons longuement expliqué, au chapitre de VEssoufflement, le mécanisme de cette gêne respiratoire à la suite des grandes dépenses de force musculaire. Les muscles en action produisent de l’acide carbonique en quantité proportionnelle à l’intensité du travail effectué. Dans les exercices de force il se produit, à chaque mouvement dans l’économie, plus d’acide carbonique que les poumons n’en peuvent éliminer, et la surcharge du sang par l’acide carbonique amène la dyspnée.
De plus, l’effort intervient très puissamment dans les exercices de force pour produire la gêne respiratoire. Cet acte amène la suspension de la respiration pendant toute la durée de la contraction musculaire qui accompagne le travail : il entrave ainsi l’élimination de l’acide carbonique, juste au moment où ce gaz est produit en quantité excessive. Il occasionne en outre une violente compression des grosses veines thoraciques, des grosses artères et du cœur lui-même, et produit, eni’ésumé, des troubles profonds dans la circulation pulmonaire, dont la régularité est la condition essentielle de l’hématose.
Parmi les exercices du corps , il y en a un qui peut être pris pour type de l’exercice de force : c’est la lutte. Pour deux lutteurs consommés faisant devant le public un jeu convenu, la lutte est plutôt un assaut d’agilité et de souplesse qu’un exercice athlétique. Mais si les adversaires, bien décidés à user de tous leurs moyens, cherchent sans ménagement à se terrasser, on assiste à un déploiement énorme de force musculaire. Des efforts musculaires très considérables peuvent être faits, sans travail apparent, c’est-à-dire sans que le corps des adversaires fasse le moindre mouvement. La poussée de l’un des champions est paralysée par la résistance de l’autre jusqu’au moment où le plus fort, en persistant dans sa contraction plus puissante , amène la lassitude du plus faible qui , à bout de force , cède et se laisse tomber.
A ce moment, on peut remarquer que chez les deux champions l’essoufflement est porté à son comble. Un lutteur qui se relève vaincu présente des troubles de la respiration aussi intenses que ceux d’un coureur qui s’arrête hors d’haleine. La lutte n’est pas seulement un assaut de force brutale ; elle a ses feintes , ses attaques, ses parades. Mais ce qui fait le caractère de cet exercice,
LES EXEUCICES DE FORCE
c est la nécessité de mettre dans les mouvements d’attaque ou de résistance toute la force dont on est capable, de sorte que,, même pour les plus savants lutteurs, cet exercice nécessite toujours une très grande dépense de force, et demeure le plus brutal : de tous les exercices du corps. C’est l’exercice dans lequel la masse musculaire forme l’appoint le plus essentiel de succès. ] C’est aussi celui qui tend le plus à développer les muscles et à ;
donner au corps du volume et du poids , car tous les exercices j
tendent à donner au corps la conformation qui le rend plus apte j à les exécuter. i
Les exercices de force exigent une grande dépense musculaire,, mais ils produisent toutes les conditions voulues pour une réparation énergique des tissus. Ils demandent très peu de travail de coordination et n’exigent pas une répétition fréquente des mouvements. Ils occasionnent moins d’ébranlement dans les nerfs que les exercices de vitesse, et n’exigent pas, comme les exercices d’adresse, un grand travail du cerveau.
Un travail de force est presque toujours exécuté à l’aide de contractions lentes et soutenues. La fibre musculaire'd’un homme qui lutte reste tendue quelquefois une minute entière dans la même direction; les muscles d’un homme qui fait des armes passent à chaque seconde par des alternatives de repos et d’action en déplaçant les membres dans les sens les plus divers. Les contractions puissantes et soutenues favorisent la nutrition de la fibre musculaire. La nutrition du muscle est plus intense dans les contractions lentes , parce que l’afflux du sang y est plus régulier et plus prolongé.
Les exercices de force et les travaux de peine, malgré la grande somme de travail qu’ils nécessitent, ébranlent peu le cerveau, et font sentir plutôt leur influence sur les fonctions de nutrition que sur celles d’innervation. Les contractions musculaires énergiques et soutenues qu’ils nécessitent attirent violemment le sang aux muscles et l’y retiennent longtemps. La fibre musculaire bénéficie de ce contact prolongé et augmente de volume. D un autre côté , le sang s’enrichit d’une grande quantité d oxygène , car l’exagération du besoin de respirer est le premier effet des grandes dépenses de force musculaire. Ce besoin trouve sa satis-