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CHAPITRE III

Les quatre types autour desquels on peut grouper tous les hommes de la race caucasique ont été primitivement aperçus par Hippocrate, qui les rapporta aux quatre hu- ^ meurs admises par lui dans le corps humain (sang, bile, pituite, atrabile). Galien, tout en admettant aussi les quatre ^ types, les expliqua par la prédominance de certaines qualités : le chaud, le froid, le sec et Thumide.

Stahl les crut liés à la texture des solides et à la consistance . des humeurs.

Haller les accepta aussi, en les expliquant à sa manière par une dose plus ou moins forte d'irritabilité et en même temps divers degrés de solidité dans les tissus.

Cabanis commence à les considérer comme des physionomies organiques mieux localisées.

En admettant les quatre types hippocratiques, chacun de ces auteurs en avait créé d'autres, et admis des tempéraments mixtes dont je parlerai bientôt.

Tout le monde avait vu et admis les tempéraments. La théorie explicative seule variait suivant les idées du temps. Mais les observateurs, en ne tenant compte que des modes généraux de l'organisme et nullement des organes isolément considérés, étaient embarrassés par un grand nombre de cas

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particuliers, qui rentraient mal dans la loi générale, dans les classes admises. Le premier, Halle vit qu'en dehors des tempéraments généraux, il fallait tenir compte des tempéraments idiosyncrasiqucs, partiels; mais sa classiQcation manque de précision.

Thomas, dominé par les mêmes raisons, tomba dans Terreur opposée à celle des anciens, et, ne tenant aucun compte de la constitution générale, il vit partout des prédominances organiques bien localisées.

Mais sa classification des hommes en crâniens, thoractqueSy abdominaux et mixtes, ne remplace nullement l'utile notion de tempérament que nous ont transmise les pères de la médecine.

Bégin concilia habilement toutes les opinions en reprenant ridée de HalIé, la développant, la précisant. Il donna les traits caractéristiques des quatre tempéraments généraux sur lesquels venaient se greiïer des tempéraments partiels, liés au développement accidentel d'un organe ou d'un groupe d'organes importants.

Cette classification est satisfaisante à tous égards; car tout homme appartient plus ou moins à un des quatre tempéraments généraux. Il est ou sanguin, ou lymphatique, etc.; mais, en outre, il a le cerveau plus ou moins développé, les fonctions génératrices plus ou moins exigeantes, etc. knssï, malgré la conformité du tempérament général, y a-t-il une grande différence entre un sanguin dont le cerveau est vaste et un sanguin microcéphale, etc.

Le seul tort grave de Bégin, ce fut de reléguer parmi les tempéraments partiels le tempérament bilieux, qui a incontestablement un cachet de généralité.

Presque tous les auteurs, qui ont décrit les tempéraments, ont cru devoir ajouter qu'ils donnaient des types n'existant guère dans la réalité, et ils ont admis un très-grand nombre de tempéraments mixtes, sans caractères tranchés, à tort, selon moi ; c'est le tempérament parfaitement équilibré, le temperamentum ad pondus, qui est une chimère. Chez tous les hommes, une des empreintes domine plus ou moins les

autres. Entre le tempérament mixte et le tempérament tranché, il n'y a qu'une différence de degré, et, en examinant attentivement, en tenant compte de toutes les nuances phy siques et morales, pathologiques et physiologiques, il est presque toujours possible de classer un homme dans un des quatre cadres généraux.

Quant au tempérament partiel, son influence est secondaire. L'homme, par exemple, chez qui domine un vaste cerveau, Cuvier, Byron, Cromwell, etc., n'en appartient pas moins à l'un des quatre tempéraments généraux. Quel que soit l'organe ou le système d'organes dominant, cerveau, muscles, organes génitaux, etc., il subit toujours l'influence générale constitutionnelle.

Mais il est bien important de ne point se faire une fausse idée de la valeur du mot tempérament. Cette notion générale donne la qualité du ressort vital et rien de plus. Pour connaître complètement l'individu^ il faut donc tenir compte des organes isolément considérés.

Ainsi, en thèse générale, l'empreinte lymphatique est la plus mauvaise, la moins énergique; cependant le crâne d'un lymphatique peut contenir le cerveau d'un Cuvier, et l'on a alors un homme supérieur, d'autant plus apte aux travaux de l'esprit qu'il n'en est point distrait par une puissante imprcssionnabililé, des besoins impérieux d'ordre secondaire ; mais son tempérament déterminera l'emploi qu'il fera de ses facultés,

A cerveau égal et fortement développé, le lymphatique s'adonnera aux tranquilles spéculations de la philosophie, aux paisibles recherches scientifiques; le nerveux s'occupera d'art, de poésie ; le sanguin dépensera son activité dans les luîtes ordinaires de la vie, aspirant aux honneurs, à la forlune, et il primera souvent des rivaux moins bien doués, tandis que le bilieux s'usera dans les crises perpétuelles des passions morales; il sera amoureux ou fanatique, ou ambitieux. S'il se consacre aux travaux intellectuels, il préférera la littérature aux sciences et excellera à peindre en traits de feu, dans un style imagé, caractéristique, les passions souvent tristes qui l'ont si vivement agité.

C*cst le lempéranicnt qui donne à la pensée sa couleur spéciale. Les pensées du lymphatique bien doué sont justes; celles du nerveux, spirituelles; celles du sanguin, vives, fécondes ; celles du bilieux, énergiques.

Je suppose mes quatre types bien doués et parfaits, chacun dans son genre, car de même qu'un lymphatique peut avoir un cerveau-génie, il n*esl rien moins que rare de trouver un nerveux, un bilieux etc., microcéphales. Le nerveux n'est alors qu'un sot affligé d'une grande mobilité ; le bilieux, qu'un sot ayant des impressions tenaces et durables.

Tant vaut l'organe, tant vaut la fonction. Ce que Ton appelle caractères moraux n'est que l'expression fonctionnelle des organes cérébraux et dépend conséquemment du tempérament général d'abord, puis de la conformation du cerveau, de son volume.

Mais le volume et le poids du cerveau sont des éléments insufiisants pourjuger de son activité fonctionnelle. Comme il y a des tempéraments divers, il y a aussi diverses qualités de système nerveux.

Comparez un Allemand phlegmatique à un Italien. Chez le premier les organes, les muscles par exemple, obéissent plus lentement aux ordres de la volonté. Ou l'impulsion cérébrale est moins énergique ou les conducteurs sont moins sensibles, mais les mouvements de l'un sont beaucoup plus rapides que ceux de l'autre.

Il en est de même pour le travail intellectoel. La pensée naît, germe, mârit plus vite chez le nerveux que chez le lymphatique. Le sanguin et le bilieux se placent dans l'intervalle. C'est presque instantanément que la pensée jaillit chez le nerveux: c'est lentement et par un lent travail d'agrégation qu'elle arrive à maturité chez le lymphatique. L'un est homme d'intuition ; l'autre homme de méthode.

Quelle que soit l'idée que l'on se fasse de l'élrc humain ; qiw l'on y voie une harmonieuse unité ou un composé de

deux principes, cela ne change pas les faits. Certainement on n'arrive à l'idée de dualité que par abstraction, et dans la pratique, spiritualistes et matérialistes sont bien obligés de considérer Thomme comme un être parfaitement un et indî- . visible.

Donc, étant donné le caractère moral d'un homme^ s*il offre les traits saillants d'un tempérament typique, vous pouvez hardiment en conclure qu'il en a les traits physiques et inversement. Étant connu le caractère d'un Loyola, d'un Tibère, d'un Calvin, on peut afiSrmer qu'ils avaient Tempreinte bilieuse fortement accusée. La biographie d'un Louis XV indique nécessairement un sanguin, et Mozart sera toujours le type du nerveux, comme Gibbon celui du lymphatique.

Certes, la grossière et vague description que j'ai donnée des divers types physiques est loin d'être rigoureuse et scientifique. Il faudrait aujourd'hui, au lieu de dédaigner l'antique notion de tempérament à cause de son défaut de précision, déterminer à quel fait général d'anatomie ou de physiologie sont dues les diverses physionomies générales de l'être. C'est au mode de nutrition intime qu'elles doivent se rattacher.

Ainsi un petit nombre d'observations microscopiques font bientôt voir de notables différences entre le sang des capillaires chez un sanguin et un bilieux. Nombreux et rutilants chez l'un, les globules sont plus rares et d'une teinle plus sombre chez l'autre.

Chez le sanguin, les globules ne perdent au contact des tissus qu'une portion de leur oxygène, d'où la couleur rosée de la peau. 11 semble y avoir disproportion entre le nombre, l'activité de ces éléments et les besoins de la nutrition intime (1).

(1) M. Claude Bernard a constaté que le degré d'avidité du sang pour roxy;^ènc, par conséquent la facilité avec laquelle le's %\ftte».\Kî»

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L'alcool OU plu lot les alcooliques, qui ralentissent si manifestement la combustion vitale, engendrent à la longue Fétat dit pléthorique à aspect artériel (1).

Dans les pays chauds où, sous Tinfluence d'une ardente insolation, le mouvement nutritif intime est plus rapide et plus actif, rhomme de race blanche a généralement le teint * pâle, le sang plus pauvre en globules.

Enfin l'exagération du tempérament sanguin, l'état pléthorique longtemps continué s'accompagne évidemment d'un ralentissement du mouvement vital se traduisant par la transformation graisseuse des éléments anatomiques (2).

De tous ces faits on est porté à conclure, sous toutes réserves, qu'un des caractères physiologiques généraux du tempérament bilieux, c'est une rapide consommation d'oxygène. Le type dit sanguin aurait un caractère inverse.

Si la théorie darwinienne n'est pas encore scientifiquement prouvée, elle est tellement vraisemblable qu'on est obligé de l'admettre comme vraie. Car, puisqu'il est hors de doute que la vie n'a pas toujours existé à la surface de notre petit globe terrestre, ou en est réduit, au sujet de l'origine des êtres or-

abandonnent la totalité de leur oxygène aux tissus, est en rapport avec la coloration plus ou moins noire du sang.

Les animaux hibernants ont le sang veineux rouge et consomment peu d'oxygène. Chez un animal qui se refroidit, le sang veineux devient rouge. Même alors la galvanisation des nerfs d'un membre noircit le sang des veines de ce membre. Hunier a vu pendant la syncope le sang des veines devenir rouge.

La section du filet cervical sympathique rend le sang i rouge du même côté, tandis que la galvanisation du bout supérieur.rétabUt la coloration noire. (Claude Bernard, Liquides de rorgainisme,)

(1) Le café doit agir en sens inverse et stimuler le nionfement vital. (

(2) Robin, Étude sur la dégénérescence graisseuse des Jhomilaires cérébraux, — Perrin, Études sur Vaction physiologique dk^ V^lcool:

GÉNÉRALITÉS StR LES TEMPÉRAMENTS. Ûi5

gaujsés, à opter entre Thypothèse d'une innombrable quantité de générations spontanées et la doctrine de ia lente évolution des formes organiques. Or, pas un esprit sensé, acculé dans ce dilemme, n'hésitera à croire plutôt à la transformation lente des êtres organisés qu'à la création ou à l'apparition instantanée et féerique de chacune des espèces vivantes ou éteintes, du trilobite du mammouth ou de Vhomme,

Mais si l'on peut encore contester la doctrine de la modiûcalion des espèces, personne n'osera nier la modiGcation des tempéraments. L'homme n'est point un cristal immuable, et nous voyons la physionomie générale de son être varier incessamment suivant le cours des ans, les variations du genre de vie, le climat surtout, même les causes locales. Ainsi le tempérament lymphatique très-commun dans les ruelles étroites de Gênes, où le soleil ne pénètre jamais, est très-rare dans la banlieue de la même ville. Des faits analogues s'observent chez tous ceux qui émigrent des campagnes dans les grandes villes.

Quant à l'influence plus générale du climat, elle est incontestable, même en Europe. Le Celte espagnol est généralement bilieux, sobre, aux formes sèches. Le Celte de l'Armorique française, qui est à peu près au même degré à l'étiage de la civilisation, est lymphatique ou sanguin, lent, mou et ivrogne.

Dans la race germanique nous pouvons de même comparer l'habitant des humides lagunes de la Hollande, type de tempérament lymphatique, une mobile montagne de tissu cellulo-adipeux, du beurre organisé, suivant une expression citée par Diderot, à l'Allemand du Midi ou à l'Anglo-Saxon.

En général, l'Européen du Nord est lymphatique ou sanguin, l'Européen du Midi est bilieux ou nerveux.

Sous l'influence d'un air dense et très-oxygéné, les globules rouges s'accumulent dans le sang et le mouvement de nutrition intime ne peut tous les utiliser, d'où la coloration vermeille de la peau dans l'âge adulte, et plus tard, quelque chose d'analogue à ce qui se produit dans Talcoolisme, une lente et sourde excitation de tous les tissus pro\oc\w^\!kX^'^i^\^\^\!i^

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production exagérée de noyaux cellulaires, puis la régression graisseuse de tous les éléments histologiques.

La modiûcation du tempérament, et par suite des caractères et des aptitudes passionnelles, se produit aussi dans l'acclimatation. Dans rinde, les rares Anglais qui s'acclimatent acquièrent le tempérament bilieux.

Transportez une tribu de Hollandais lymphatiques sur les conûns du Sahara et soumettez-les au genre de vie des Arabes, mangeurs de dattes!

Il n'est pas besoin d'avoir lu les travaux des docteurs Bertillon et Boudin sur l'acclimatation, pour deviner qu'un grand nombre de nos expatriés, respirant un air rare et chaud, au lieu d'un air condensé et humide, n'ayant qu'une alimentation pauvre au lieu d'une alimentation riche, etc. , ne tarderont pas à succomber. Admettons que la mort en fauche 99 pour 100, et que même la durée de la vie soit abrégée chez les survivants. Mais ces survivants seront ceux dont la constitution était le plus modifiable, et leurs enfants auront l'avantage dans le struggle for life. La sélection continuant à agir à la deuxième, à la troisième, à la n'^""^ génération, on aura dans un temps donné une race qui, tout en conservant les traits généraux des ancêtres, leur squelette, aura des tissus plus secs, une peau plus pigmenteuse, des poumons moins avides d'air, un sang moins globuleux et un tempérament bilieux ou bilioso-nerveux.

Quelle est l'influence du tempérament sur la violence et la durée des passions?

Le développement prédominant de telle ou telle faculté ou propriété fondamentale spécialise la passion.

Ainsi une impressionnabiiité facile à exciter entraîne nécessairement une incessante génération de désirs, selon son mode dominant, nutritif, moral sensitif, intellectuel, et ces désirs sont d'autant plus vifs et durables, c'est-à-dire passionnés, que l'impression qui les engendre est plus forte et plus

GÉNÉftiXITÈS StJB LES tËMPÉRÂMËMtS. 2l7

longue. Après Tanalyse qne nous avons faite de la (Mission, cette proposition n'a pas besoin de démonstration.

Or» en examinant à ce point de vne les divers tempéraments, nous sommes amenés à coiiclare que le tempérament le plus propre aux passions duraUes, c'est le tempérament y bilieux , taàdis que le tempérament Aenrenx est plus apte aux passioos oottrtes et nomtotuses» Entre ces deux extrêmes se place le tempérament sangnin.

Mais chez chaque homme isolément considéré, Timpres- Monnabilité est surtout excitable par un certain ordre d*actes. Ainsi si la sensibilité proprement dite est la propriété fondamentale la (dus parfeite, ce sera le jeu des sens spéciaux qui déterminera lortoul des impressions de plaisir ou de peine, et rittdividn sera {nnéâisposé aux [Missions sensuelles ; tandis ipie si l'entendem^t phMlomine, on prendra de préférence des passions scientifiques.

Maisl'impressioniid>ilité a différents modes. Il va sans dire que rimpressionnabilité nutritive favorise iMtrtônt la génération de passions de méime nuance. Même réflexion pour chacun te autres modes.

Aussi, et toutes réserves ftites pour de nombreuses exceptions, les passions du nerveux et du bilievx seront souvent dans le mode moral; celles du sangum dans le mode sensitif et nutritif, etc.

Un riche développement du système musculaire ix)rtera à se passionner pour les exercices du corps, la chasse, la lutte, etc. Ici les tempéraments qui brilleront le plus seront^ en première ligne, le sanguin; en seconde ligne, le bilieux.

Le rôle des facultés est aussi très-important dans la pré^ disposition [)assionnelIe, mais ici il est difficile de donner des généralités. Cependant, de l'analyse de la passion, on [)eut déduire la proposition suivante :

L'aptitude à la passion est en raison directe de la puissance et de la vivacité de V imagination (pouvoir d'imaginer). Car le désir est d'autant plus énergique que Timagination peint plus vivement le bien désiré. Or, si nous classons les tempéraments au point de vue de rimagination , il faut

LETOUBNfiAU. V^

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mettre en première ligne le nerveux, pais le sanguin, puis le bilieux, enfin le lymphatique.

Ce dernier tempérament ordinairement assez déshérité relativement aux propriétés et facultés que nous venons d'examiner, se relève, quand il s*agit de la volonté froide, plus ou moins bien raisonnée, mais à ce point de vue aussi libre qu'elle peut l'être chez un homme. Mais cette noUe faculté est loin d'inspirer autant d'énergie qu'un désir pas* sionné.

Si l'imagination et l'impressionnabilité sont les nourrices de la passion, la raison et l'entendement en sont les ennemies. Nous exceptons, bien entendu, les passions scientifiques, mais elles sont si rares encore dans le pauvre troupeau des humains? Relativement à elles, le lymphatique aura encore, à cerveau égal, l'avantage; car l'émotion viendra rarement étourdir sa raison.

En résumé, le terrain le plus favorable au développement d'une longue et forte passion, étant celui où se trouvent une impressionabilité vive, et se modifiant lentement, une imagination (pouvoir d'imaginer) ardente, et des désirs durables et puissants, le tempérament le plus favorable à la passion sera, en général, le tempérament bilieux.

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