APHORISMES
DE SAINT HUBERT ‘
Un fusil trop chargé ne lance que du feu, Mais tu ne tûras pas si tu charges trop peu.
Chacun des deux canons au moins tu laveras Après vingt et un coups, ou t’en repentiras.
CA Peu de poudre en septembre, en octobre beaucoup , L’ennemi cuirassé demande un autre coup.
Beaucoup de plomb garnit, mais pique faiblement; Mets-en la moitié moins, voilà mon sentiment.
Trente grains de gros plomb, cent dix degrés de poudre Ont à quatre-vingts pas la vertu de la foudre.
(1) Extrait des Tableites de saint, Hubert, un charmant volume in-16, qui se vend 50 cent., chez Aubert et comp., y lace de la Bourse, 29.
Qui frappe avec sa crosse un ennemi par terre,
Honteux, verra son bois se briser comme un verre. de
Si ton plomb est petit, mets-en le quart d’un coup, Les grains ont plus de force et sont encor beaucoup.
Pour tirer le gibier sans désappointement, | Mets sept fois dix de poudre et de six double cent.
Tire, sur la perdrix qui fuit directement, Le dessus de son dos, c’est trop bas autrement.
Perdrix passe en travers ? tire un pouce devant , Ou tu la manqueras quatre-vingts fois sur cent.
ER Si la perdrix décrit ligne oblique en montant, Il faut viser dessous pour arriver devant.
Perdrix file rez-terre, il faut absolument Tenir le coup très-haut, surtout s’il fait du vent.
Un lièvre vient sur toi ? mais tu le tireras Un demi-pied devant, ou tu le manqueras.
Lièvre fuit devant toi, toujours le tireras Au-dessus de lPoreille, et le ramasseras.
Quand un lièvre lancé de près traversera, Un pouce par devant le tireur visera.
Si le lièvre traverse à cinquante et cinq pas, De quatre pouces pleins tu le devanceras.
ir Dans les conditions d’un grand éloignement Tirez haut, tirez vite, et tirez en devant.
S'il tire un lièvre au gîte, un meurtrier devra Ne viser que la tête, ou le lièvre fuira.
Lorsqu'on manque la caille, au-dessous d’elle on tire ; Il faut couvrir la pièce avec le point de mire.
Toujours le faisan monte, on le tire trop bas ; Il faut hausser le mire, et même à vingt-cinq pas.
Un seul mot pour le poil , heureux qui s’en souvient : Tirez haut ce qui fuit, tirez bas ce qui vient.
DD Le temps fuit, cependant que l’homme est incertain . Pour combattre le doute il faut lever la main.
La bête fuit dans l'herbe? on n’y voit pas ? il faut Vaincre l'incertitude et tirer haut , très-haut !
Pour tuer le poisson , ne cherche pas le centre, Et tire hardiment le dessous de son ventre.
Pointe la bécassine aussitôt son départ , Suis-la dans son zig-zag, et tire un peu plus tard.
Si tu ne peux tuer, ne te mords pas les mains, Mais retranche du plomb un grand nombre de grains.
27% Qui lance un coup trop lourd sur un oiseau rapide Frappe toujours en plein où l’oiseau laisse un vide. Ne sois jamais trop lent, ni trop précipité ; L’exécution ferme est dans la vérité,
Trop tôt, presque jamais le coup ne porte bien. Trop tard, donnât-il juste, il ne trouve plus rien,
30, Ne sois pas orgueilleux si le sort t’a fait roi: Le plus maigre sujet, demain, ce sera toi.
On gagne cent pour cent dans des vêtements vastes, Et tout chasseur busqué compte des jours néfastes.
Nul fardeau n’est trop lourd pour ton ambition, Mais un seul excepté , ta réputation.
Si jamais dans ton cœur entre la jalousie,
Adieu tout le bonheur dont ton âme est saisie.
Jamais un bon tireur ne dispute une pièce,
C’est au riche toujours que le pauvre s'adresse. 35:
Tu rentres fatigué , demi-mort, j’en conviens;
Mais avant de t’asseoir donne à boire à tes chiens.
Primo, la bonne humeur, secundo, le bon vent,
Deux importantes lois qu’on méprise souvent.
La fortune jamais dans les champs ne seconde Le naturel fâcheux qui murmure et qui gronde.
Nete moque jamais d’un chasseur maladroit ,
Enseigne-lui plutôt à faire ce qu’il doit.
Si septembre est brûlant, que le chasseur soit sobre.
Remets tes voluptés aux premiers jours d’octobre.
Le canon de fer aigre, oh! nourri, oh! mais fort,
Est le meilleur de tous ; qui le méprise a tort. hi.
Évite le trop gros, le trop petit calibre :
L’un tonne et l’autre crache; il est un équilibre.
Le canon ne doit pas être en dedans poli.
Apre, il est plus mordant; que sert qw’il soit joli ?
On n’essaye jamais une arme au long du mur ;
Par les champs, par les vents, lexpériment est sûr. LA.
Dans sa course ou son vol tout animal s’enlève , Il faut un tant soit peu que le canon relève.
Crois l'avis précédent d'autant plus précieux Qu'on découvre toujours dans le but d’y voir mieux.
Un habile tireur fait la hausse ou la baisse Parle plomb qu’ilretranche ou parle plomb qu’illaisse.
D'une poudre trop forte, il ne faut que moitié , Ou le bruit est très-beau, mais le coup fait pitié.
Qu’à lPoreille ton plomb très-distinctement sonne En plaque avant le bruit du canon qui résonne.
Sans l’atroce douleur qui vient cinq ans après, Je ne voudrais chanter que la chasse au marais.
Sur l’eau , plus que jamais, haussez le point de mire. Le plomb baisse sur l’eau, cet élément Pattire.
Sur le caillou méplat qui brille au bord de Peau
Le plomb presque mourant prend un essor nouveau. b2.
En tous lieux, comme Argus, incessamment regarde , Car tu seras surpris si tu n’y prends bien garde. 29:
L’âge donne aux canons un pouvoir mortifer, Un long service ajoute aux qualités du fer.
Il en est d’un fusil tout comme de son maître: Plus il va, mieux il vaut tout le temps qu’il doit être. Sois penché sur ton arme alors qué tu fais feu, Ou Paplomb de ton corps est assuré trop peu.
Que le poids d’un fusil ne soit pas sur lé mite, Ou le coup plongera sous ce poids qui le tire. 57:
Si tu tires en air , écarte un peu les piés ; Tu n’as qu’un point d'appui, si tu les tiens liés. S’il faut jeter le coup , n’hésite pas, de grâce ; On ne peut marier le doute avec l’audace.
Si vers la fin du jour on n’y voit presque pas, Tire toujours trop haut , ombre indique trop bas.
Sur le sol qui descend tiens le corps en arrière, Quand on grimpe la côte, on fait tout le contraire.
Tu penches à mi-côte , et dans ce cas il faut Roidir Paplomb du corps sur le pied le plus haut.
Ne livre jamais rien au destin qui te joue,
I] faut fixer ta pièce avant de mettre en joue.
Dans la direction d’une poitrine humaine,
Pas même à trois cents pas, ne tire dans la plaine.
Surtout de la prudence aux alentours des bois :
Quelqu'un est près de l'arbre , ou derrière la croix.
Qui viole le droit se croit un homme babile, Et jamais l’offenseur ne fut qu’un imbécile,
Ne va pas lâchement fouler le bien d’autrui : S'il a souffert de toi, tu souffriras de lui. Si le chien hydrophobe arrive le front bas, Il faut porter la mort; ne tire qu’à trois pas. 68. e Ne t’expose jamais, fût sa mort presque sûre, À toucher un renard, terrible cst la morsure.
Artaban dans son tort t’accable de ses cris, Oppose à sa colère un superbe mépris..
Qui ne sait éviter la dispute en tout point Accorde une importance aux gens qui n’en ont point. !
Salue et poliment messiers, gardes, gendarmes ; Rends-leur beaucoup d’égards, nerends jamais les armes! ph Plus de chasse à tes yeux quand un homme est blessé ;.
Cours , qu’il soit recueilli dans tes bras empressés.
Honte à toi si tu fuis dans cet affreux malheur. Qui donc prend du plaisir auprès de la douleur ?
En dépit des méfaits dont l'envieux l’accuse, Nul n’est plus généreux que l’homme qui s’amuse.
75, Celui qui vend son temps n’en peut détourner rien. est l'homme qui jouit qui doit faire le bien.
Pardonne lanathème aux gens laborieux,
Ils souffrent quand tu viens t’amuser devant eux. DÉFI
Chasse pendant qu’il pleut, si tu peux t’y résoudre; : Mais charge dans ce cas moins de plomb que de poudre
Charge plus, charge moins , mais fais toujours la part De l'ombre, de la pluie, ou de l’épais brouillard. Si tu blesses toujours , tu connais le remède > Ote dix grains de plomb, et tu vas tuer raide. Pour doubler coup manqué, sans aucun doute il faut Pour la seconde fois viser l’objet plus haut. Sur vingt-cinq coups manqués à fort bonne distance .Vingt-cinq sont en arrière , aucun n’a pris avance. | 82.
Je dis et je redis, revenant sur mes pas:
Presque toujours on tire ou derrière ou trop bas.
Pour bien faire un croisé, que la pièce avancée Soit, sans égard à l’autre , uniquement visée.
De la droite à la gauche, ou l'inverse, ou tout droit, Le coup double dépend du calme et du sang-froid.
Quant au coup dit du roi, qu’on tire sur sa tête, Qui vise avant le bec frappe au cœur de Ja bête. Q Le,
Au-dessus des décrets de l'éducation Il est un don du ciel, c’est l'inspiration. Nr L'étude aura toujours , comme elle a , son mérite ; On n’est pas inspiré quatre-vingts fois de suite. Le chasseur inspiré tire bien, mais de près ; Son talisman meurt là , tout est mécompte après. Le mal veut que souvent, avant d’entrer en lice, Le choix de ton fusil appartienne au caprice. Pour choisir un fusil, si tu n’es pas un fou, Consulte la longueur de tes bras, de ton cou.
L'expérience dit que la chose est mieux faite, Lorsque le feu se trouve éloigné de la tête.
La culasse qui tient un coup de poudre entier, Est , et l’on n’en: sait rien, d’un effet meurtrier,
De deux balles sur vingt, le canon qu’on étrangle . Lance un coup plns mordant qui ramasse et qui sangle.
Les canonniers font bien, mais veux-tu faire mieux ? Prends pour tes canons neufs du fer de canons vieux.
Un canon de vieux fer forgé deux ou trois fois À tout pour lui, hormis la routine et ses lois.
Ainsi de l’air au feu, du repos au combat, Autant que dans le Styx on trompe un bon soldat.
Puis, ce canon sorti des laves de la houille, Je le voudrais encor baptisé par la rouille.
D'un feu qui détruit tout à jamais révolté,
Je voudrais enflammer toujours sur le côté.
Conservateur jaloux d’une bonne matière,
Je ne veux pas d’un feu qui brûle le tonnerre.
Ce canon , sur lequel j'appelle le contrôle,
Tout chasseur sera fier de lavoir à l'épaule.
Un canon précieux est l'âme de la chasse; Prévois tout accident qui de loin le menace,
Quant au chasseur brutal, aux cheveux hérissés ,
Le diable le condamne à des travaux forcés.
Bénis le sort, bénis ses caprices nombreux,
La peine du plaisir fait le droit d’être heureux.
Un amant de la chasse , épris de sa maîtresse , Compose le bonheur de fatigue et d’ivresse.
Ta poudre enfermeras dans un bocal de verre Et non dans un métal, dont l’oxyde l’altère.
Dans un flacon très-sec tiens ta poudre endormie . Qu'il soit bouché , bouché, comme l'académie !
Le ressort de ta poire a-t-il cessé de battre? Prendsgarde! au lieu d’un coup tu peux en verser quatre.
Je dis au grand veneur, qui tire grande bête : Tu ne dois ajuster que l’épaule ou Ja tête.
Charger par la culasse est ici ton métier j Et, ton feu toujours prêt, fais tête au sanglier.
110, Honneur donc au système ! encor bien que j’admette L’admirable vertu de ma simple baguette.