‹ Physiologie du goût (volume 2)Chapitre 106 sur 179 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

107. — Toute cure de l'obésité doit commencer par ces trois préceptes de théorie absolue : discrétion dans le manger, modération dans le sommeil, exercice à pied ou à cheval.

Ce sont les premières ressources que nous présente la science : cependant j'y compte peu, parce que je connais les hommes et les choses, et que toute prescription qui n'est pas exécutée à la lettre ne peut pas produire d'effet.

Or, 1° il faut beaucoup de caractère pour sortir de table avec appétit; tant que ce besoin dure, un morceau appelle l'autre avec un attrait irrésistible; et, en général, on mange tant qu'on a faim, en dépit des docteurs, et même à l'exemple des docteurs ;

2° Proposer à des obèses de se lever matin, c'est leur percer le cœur : ils vous diront que leur santé s'y oppose ; que quand ils se sont levés matin, ils ne sont bons à rien toute la journée ; les femmes se plaindront d'avoir les yeux battus ; tous consentiront à veiller tard, mais ils se réserveront de dormir la grasse matinée ; et voilà une ressource qui échappe ;

3° Monter à cheval est un remède cher, qui ne convient ni à toutes les fortunes ni à toutes les positions.

Proposez à une jolie obèse de monter à cheval, elle y consentira avec joie, mais à trois conditions : la première, qu'elle aura à la fois un beau cheval, vif et doux ; la se-

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tonde, qu'elle aura un habit d'amazone frais et coupé dans le dernier poût; la troisième, qu'elle aura un écuyor d'accompagnement complaisant et beau garçon. 11 est assez rare que tout cela se trouve, et on n'équite pas.

Jj'oxercice à pied donne lieu à bien d'autres objections : il est fatigant à mourir, on transpire et on s'expose à une fausse pleurésie; la poussière abime les bas, les pierres percent les petits souliers^ et il n'y a pas moyen de persister. Enlin si, pendant ces diverses tentatives, il survient le plus léger accès de migraine, si un bouton gros comme la tète d'une épingle perce la peau, on le met sur le compte du régime, on l'abandonne, et le docteur enrage.

Ainsi, restant convenu que toute personne qui désire voir diminuer son embonpoint doit manger modérément, peu dormir et faire autant d'exercice qu'il lui est possible, il faut cependant chercher une autre voie pour arriver au but. Or, il est une méthode infaillible pour empêcher la corpulence de devenir excessive, ou pour la diminuer quand elle en est venue à ce point. Cette méthode, qui est fondée sur tout ce que la physique et la chimie ont de plus certain, consiste dans un régime diététique approprié à l'effet qu'on veut obtenir.

De toutes les puissances médicales, le régime est la première, parce qu'il agit sans cesse, le jour, la nuit, pendant la veille, pendant le sommeil ; que l'effet s'en rafraîchit à <'liaque repas, et qu'il Unit par subjuguer toutes les parties de l'individu. Or, le régime antiobésique est indiqué par la €iiuse la plus commune et la plus active de l'obésité, et puisqu'il est démontré que ce n'est qu'à force de farines t't de fécules que les congestions graisseuses se forment, tiuit chez l'homme que chez les animaux ; puisque, à l'égard de ces derniers, cet effet se produit chaque jour sous nos yeux, et donne lieu au commerce des animaux engraissés, on, peut en déduire, comme conséquence exacte, quîune abstinence plus ou moins rigide de tout ce qui est farineux ou féculent conduit à la diminution de l'embonpoint,

« 0 mon Dieu ! allez-vous ious vous écrier, lecteurs et » lectrices, ô mon, Dieu! mais voye^; donc comme le pro- >' fesscur est barbare! voilà que d'uu seul mot il proscrit » tout ce. que nous aimons^ ces pains si blancs de Limet,

TllAITEMEXT DE l'OBÉSITÉ 1'.)1

•> CCS biscuits d'Aclmrd, ces galettes de et tant de

» bonnes choses qui se font avec des farines et du beurre, « avec des farines, et du sucre, avec des farines du sucre et » des œufs! Il ne fuit grâce ni aux pommes de terre, ni » aux macaronis ! Aurait-on dû s'attendre à cela d'un ama- - tour qui paraissait si bon ?

» (Ju'est-ce que j'entends là? ai-je répondu en prenant ma » physionomie sévère, que je ne mets qu'une fois l'an; eh » bien! mangez, engraissez; devenez laids, pesants, asthma » tiques, et mourez de gras-fondu ; je suis là pour en » prendre note, et vous figurerez dans ma seconde édition... » Mais que vois-je? une seule phrase vous a vaincus; vous >• avez peur, et vous priez pour suspendre la foudre... » Rassurez-vous; je vais tracer votre régime, et vous » prouver que quelques délices vous attendent encore sur » cette terre où l'on vit pour manger.

« Vous aimez le pain : eh bien, vous mangerez du pain » de seigle : l'estimable Cadet de Vaux en a depuis long- » temps préconisé les vertus; il est moins nourrissant, et » surtout il est moins agréable : ce qui rend le précepte » plus facile à remplir. Car pour être sûr de soi, il faut » surtout fuir la tentation. Retenez bien ceci, c'est de la >> morale.

» Vous aimez le potage, ayez-le à la julienne, aux lé- » gumes verts, aux choux, aux racines; je vous interdis » pain, pâtes et purées.

« Au premier service, tout est à votre usage, à peu d'cx- » ceptions près : comme le riz aux volailles et la croûte de " pâtés chauds. Travaillez, mais soyez circonspects, pour » ne pas satisfaire plus tard un besoin qui n'existera plus. » Le second service va paraître, et vous aurez besoin de » philosophie. Fuyez les farin(;ux, sous quelque forme « qu'ils se présentent; no vous reste-t-il pas le rôti, la sa- » lade, les légumes herbacés? et puisqu'il faut vous passe » quelques sucreries, préférez la crème au chocolat et les » gelées au punch, à l'orange et autres pareilles.

» Voilà le dessert. Nouveau danger : mais si jusque-là » vous vous êtes bien conduit, votre sagesse ira toujours » croissant. Défiez-vous des bouts de table (ce sont toujours « des brioches plus ou moins parées); ne regardez ni aux » biscuits ni aux macarons; il vous reste des fruits de toute

» espèce, des confitures, et bien des choses que vous saurez » choisir si vous adoptez mes principes.

» Après dîner, je vous ordonne le café, vous permets la '. liqueur, et vous conseille le thé et le punch dans l'oc- » casion.

» Aa déjeuner, le pain de seigle de rigueur, le chocolat >> plutôt que le café. i:epoiidant je permets le café au lait un » peu fort; point d'anifs. tout le reste à volonté. Mais on ne •' saurait dt\jeuner de trop bonne heure. Quand on déjeune » tard, le dîner vient avant que la digestion soit faite; on n'en » mange pas moins; et cette mangerie sans appétit est une » cause de l'obésité très-active, parce qu'elle a lieu sou- » vent. »

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