TRAVAUX ANALYTIQUES
27. — Le rèsrne animal et le rèpne végétal sont ceux qui, jusqu'à présent, ont fourni des aliments au ^enre humain. On n'a encore tiré des minéraux que des remèdes ou des poisons.
Depuis que la chimie analytique est devenue une science certaine, on a pénétré très-avant dans la double nature des éléments dont notre corps est composé, et des substances qu ' ia nature semble avoir destinées à réparer les pertes.
(les études avaient entre elles une grande analosfie, puisqu ' l'homme est composé en prande partie des mêmes substances que les animaux dont il se nourrit, et qu'il a bien fallu chei"cher aussi dans les vépfétaux les affinités par suite desquelles ils deviennent eux-mêmes animalisables.
On a fait dans ces deux voies les travaux les plus louables et en môme temps les plus minutieux, et on a suivi, soit le corps humain, soit les aliments par lesquels il se répare, d'abord dans leurs particules secondaires, et ensuite dans leurs éléments, au delà desquels il ne nous a point encore été permis de pénétrer.
Ici, j'avais l'intention de placer un petit traité de chimie alimentaire, et d'apprendre à mes lecteurs en combien de millièmes de carbone, d'hydrogène, etc., on pourrait réduire eux et les mets qui les nourrissent; mais j'ai été arrêté par la réllexion que je ne pouvais cuère remplir cette tâche qu'en copiant les excellents traités de chimie qui sont entre les mains de tout le monde. J'ai craint encore de tomber dans des détails stériles, et me suis réduit à une nomencla-
trouve le th des Grecs et des Anglais, et, dans le mot jrocu et autre semblables, une diphihongue qui n'existe en aucune langue, et dont on ne peut peindre le son par aucun caractère connu. (Voyez le 3e volume des Mémoires de la Société des Antiquaires de France.)
ture raisonnée, sauf à faire passer par-ci par-là quelques résultats chimiques, en termes moins hérissés et plus inteUigibles.
OSMAZÔME
28. — Le plus grand service rendu par la chimie à la science alimentaire est la découverte ou plutôt la précision de l'osmazôme.
L'osmazôme est cette partie éminemment sapide des viandes, qui est soluble à Feau froide, et qui se distingue de la partie extractive en ce que cette dernière n'est soluble que dans l'eau bouillante.
C'est l'osmazôme qui fa i le mérite des bons potages c'est lui qui, en se caramélisant, forme le roux des viandes; c'est par lui que se forme le rissolé des rôtis; enfin c'est de lui que sort le fumet de la venaison du gibier.
L'osmazôme se retire surtout des animaux adultes à chairs rouges, noires, qu'on est convenu d'appeler chairs faites; on n'en trouve point ou presque point dans l'agneau, le cochon de lait, le poulet, et même dans le blanc des plus grosses volailles : c'est par cette raison que les vrais connaisseurs ont toujours préféré l'entre-cuisse; chez eux l'instinct du goût avait prévenu la science.
C'est aussi la prescience de l'osmazôme qui a fait chasser tant de cuisiniers, convaincus de distraire le premier bouillon : c'est elle qui ht la réputation des soupes de primes, qui a fait adopter les croûtes au pot comme confortatives dans le bain, et qui fit inventer au chanoine Chevrier des marmites fermant à clef; c'est le même à qui l'on ne servait jamais des épinards le vendredi qu'autant qu'ils avaient été cuits dès le dimanciic, et remis chaque jour sur le feu avec une nouvelle addition de beurre frais.
Enfin, c'est pour ménager cette substance, quoique encore inconnue, que s'est introduite la maxime que, pour faire de bon bouillon, la marmite ne devait que sourire, expression fort distinguée pour le pays d'où elle est venue.
ij osmazôme, découvert après avoir fait si longtemps les délices de nos pères, peut se compai-er à l'alcool, tiui a grisé bien des générations avant qu'on ait su ({u'oii pouvait le mettre à nu par la distillation.
A l'osmazôme succède , par le traitement à l'eau bouil-
lante, ce qu'on entend plus spécialement par matière extractive : ce dernier produit, réuni à l'osmazôme, compose le jus de viande.