PROMPT EFFET DES BOISSONS
Les boissons s'absorbent dans l'économie animale avec une extrême facilité; leur effet est prompt, et le soulaa:ement qu'on en reçoit en quelque sorte instantané. Servez à un
1. Suresnc, village fort agréable, à deux lieues de Paris. Il est renommé par ses mauvais vins. On dit proverbialement que, pour boire un verre de vin de Suresne, il faut être trois, savoir : le buveur, et deu.x arolytes pour le soutenir et empêcher que le cœur ne lui manque. On en dit autant du vin de Perieux ; ce qui n'empêche pas qu'on ne le boive.
"î. Ce chapitre est purement philosophique : le détail des diverses boissons conn jes n<' pouvait pa- entrer dans le plan q"e je me suis orme : c'eût éle à n'î^n plus finir.
homme fatigué les aliments les plus substantiels, il manfïera avec peine et n'en éprouvera d'abord que peu de bien. Donnez-lui un verre de vin ou d'eau-de-vie, à l'instant même il se trouve mieux et vous le voyez renaître.
Je puis appuyer cette théorie sur un fait assez remarquable que je tiens de mon neveu, le colonel Guigard, peu conteur de son naturel, mais sur la vérité duquel on peut compter.
Il était à la tète d'un détachement qui revenait du siège de Jalïa, et n'était éloigné que de quelques centaines de toises du lieu où l'on devait s'arrêter et rencontrer de l'eau, quand on commença à trouver sur la route les corps de quelques soldats qui devaient le précéder d'un jour de marche, et qui étaient morts de chaleur.
Parmi les victimes de ce climat brûlant se trouvait un carabinier qui était de la connaissance de plusieurs personnes du détachement.
Il devait être mort depuis plus de vingt-quatre heures, et le soleil, qui l'avait frappé toute la journée, lui avait rendu le visage noir comme un corbeau.
Quelques camarades s'en approchèrent, soit pour le voir une dernière fois, soit pour en hériter, s'il y avait de quoi, et ils s'étonnèrent en voyant que ses membres étaient encore flexibles et qu'il y avait même encore un peu de chaleur autour de la région du cœur.
« Donnez-lui une goutte de sacré-chien^ dit le lustig de la » troupe; je garantis que, s'il n'est pas encore bien loin » dans l'autre monde, il reviendra pour y goûter. >>
Effectivement, à la première cuillerée de spiritueux le mort ouvrit les yeux; on s'écria, on lui frotta les tempes, ou lui en fît avaler encore un peu, et au bout d'un quart d'hc^ure il put, avec un peu d'aide, se soutenir sur un âne.
On le conduisit ainsi jusqu'à la fontaine; ou le soigna pendant la nuit, on lui fît manger quelques dattes, on le nourrit avec précaution; et le lendemain, remonté sur un âne, il arriva au Caire avec les autres.