PUISSANCE DU GOUT
4. — On a vu que l'amour physique a envahi toutes les sciences : il agit en cela avec cette tyrannie qui le caractérise toujours.
Le goût, cette faculté plus prudente, plus mesurée, quoi que non moins active, le goût, disons-nous, est parvenu au même but avec une lenteur qui assure la durée de ses succès.
Nous nous occuperons ailleurs à en considérer la marche ; mais nous pourrons remarquer que celui qui a assisté à un repas somptueux, dans une salle ornée de glaces, de peintures, de sculptures, de fleurs, embaumée de parfums, enrichie de jolies femmes, remplie des sons d'une douce harmonie, celui-là, disons-nous, n'aura pas besoin d'un grand eflbrt d'esprit pour se convaincre que toutes les sciences ont été mises à contribution pour rehausser et encadrer convenablement les jouissances du goût.
BUT DE l'action DES SENS
5. — Jetons maintenant un coup d'oeil général sur le système de nos sens pris dans leur ensemble, et nous verrons que l'auteur de la création a eu deux buts, dont l'un est la conséquence de l'autre, savoir : la conservation de l'individu et la durée de l'espèce.
Telle est la destinée de l'homme, considéré comme être sensitif : c'est à cette double fm que se rapportent toutes ses actions.
L'œil aperçoit les objets extérieurs, révèle les merveilles dont l'homme est environné, et lui apprend qu'il fait partie d'un grand tout.
L'ouïe perçoit les sons, non-seulement comme sensation agréable, mais encore comme avertissement du mouvement des corps qui peuvent occasionner quelque danger.
La sensibilité veille pour donner, par le moyen de la douleur, avis de toute lésion immédiate.
La main, ce serviteur fidèle, a non-seulement préparé sa
retraite, assuré ses pas, mais encore saisi, de préférence, les objets que l'instinct lui l'ait croire propres à réparer les pertes causées par l'eutretieu de la vie.
L'odorat les explore, car les substances délétères sont presque toujours de mauvaise odeur.
Alors le poût se décide, les dents sont mises en action, la langue s'unit au palais pour savourer, et bientôt l'estomac commencera l'assimilation.
Dans cet état, une langueur inconnue 'se fait sentir, les objets se décolorent, le corps plie, les yeux se ferment ; tout disparait, et les sens sont dans un repos absolu.
A son réveil, l'homme voit que rien n'a changé autour de lui; cependant un feu secret fermente dans son sein, un organe nouveau s'est développé ; il sent qu'il a besoin de partager son existence.
Ce sentiment actif, inquiet, impérieux, est commun aux deux sexes; il les rapproche, les unit, et quand le germe d'une existence nouvelle est fécondé, les individus peuvent dormir en paix : ils viennent de remplir le plus saint de leurs devoirs en assurant la durée de l'espèce '.
Tels sont les aperçus généraux et philosophiques que j'ai cru devoir olîrir à mes lecteurs, pour les amener naturellement à Texamen plus spécial de l'organe du goût.