‹ Physiologie du médecin. Vignettes de TrimoletChapitre 15 sur 16 · VI · texte numérisé non relu

VI

(|iic , combiné avec un peu de réglisse , le caoutchouc fait des tablettes économiques (|ui peuvent être sucées à perpétuité.

Oi- , vous conviendrez avec moi ([uc si cela ne fait pas de bien, cela ne peut pas non j)lus faire de mal. Est-il beaucoup de drogues dont il soit ])ermis de faire le même éloge ?

Après le cœur du garde du commerce , du ciocodilc et du propriétaire parisien , il n’est pas de cœur plus dur, plus féroce que celui de

riinoiUcur de pâle pectorale ! Cet homme, (pii (lu reste (>st excellent père de famille , et (pii vendrait ses culottes pour acheter un polichinelle à son petit garçon , n’adresse des prièi’es an ciel, soir et niatin, ((ne |)onr lui insinuer de faire attra|)er à tons les mortels une foule d’iniranspirations , de rhumes et de coquelnclies ! (]et homme barbare court ouvrir sa fenêtre en se levant, aj)rès avoir en toutefois la précaution de s’entortiller dans mie bonne robe de chambre bien ouatée; et, consultant l’horizon , il se frotte les mains avec joie (piand il voit (pie lèvent vient du nord, et que le baromètre dirige son aiguille vers le teni|)s des llnxions de (loilrine.

A ré|)0((ue du dégel , quand les mes de l’aris ressemblent exactement aux canaux de Venise , moins les flots biens et les gondoles , notre homme bénit le nom de ^1. Gabriel I)elessert.

An j)rinteni|)s, à cette é()oqne charmante on llorissent les giboulées, il les voit fondre sur les Parisiens avec un (ilaisir sans (‘gai. Cette giboulée est jionr lui une manne céleste. — Il |)i’é|)are trois cents (letites b(nt(>s pectorales.

Kt tout dernièrement, lors d('s funérailles

\-2li

(.le rEmj)ereur, le marchand de pâle pectorale, ia tête couverte d’iine excellenle perruque , suivait partout le cortège en criant : Chapeau has ! — Dans chaque tête découverte , notre calculateur voyait le débit assiu’é d’au moins quinze boîtes de pâte îS!cscar(]ol, animal qui , comme chacun le sait, possède une coquille excessivement balsamique, lorsqu’on la fait infuser convenablement. . . dans la quatrième page des journaux !

I>’inventeur de la pâte pectorale serait un homme parfaitement heureux s’il ne lui fallait pas continuellement lutter avec ses rivaux ; car , bien que tous les hommes soient frères , les pharmaciens sont cependant bien loin d’être cousins. Ils emploient toute la force de leurs poumons balsamifiés à se dire continuellement des choses désagréables, et à dénigrer leurs drogues mutuelles. A peine l’im a-t-il dépensé trente mille misérables fiancs d’annonces pour établir convenablement dans la société la nouvelle pâte du iczavd , pâte éminemment amie de riiomme, qu’un rival dépense , le lendemain, quarante mille francs pour arracher le lézard du piédestal qu’on lui a dressé , pour prouver que ledit lézard n’est qu’un intrigant

(lui a volé sa i épiitalioii d’ami de l’homme , ei (jue la seule véritable amie de l’homme est la limace.

>Iais, hélas! la limace elle-même ne jouit pas long-temps de son triomphe; le surlendemain un audacieux coléoptère vient se dérouler à l’admiration du public , et le cloporte prouve dans ces mêmes journaux (lue lui seul possède une qualité (lui s’est transmise de père en fils depuis la création du monde et des pâtes pectorales; que lui seul facilite l’expectoration de tout un chacun , calme la toux , guérit les maux de nerfs, arrête les engelures et fait couper les rasoirs.

O pharmaciens! pharmaciens! — vous êtes bien dignes de donner la main aux médecins, car vous êtes réellement leurs confrères , — en charlatanisme!

Page 1